CentraleSupélec : les grandes écoles assistent à la libération de la parole face aux violences sexuelles

Caroline Quevrain
Publié le 8 octobre 2021 à 19h19, mis à jour le 8 octobre 2021 à 23h09
JT Perso

Source : JT 20h WE

TÉMOIGNAGES - Avec Centrale Supélec, une nouvelle grande école est confrontée à des accusations de violences sexuelles. Une étudiante sur dix déclare avoir été victime d’agression sexuelle au cours de ses études, d’après un questionnaire national mené l’an dernier.

Des témoignages de viols et d’agressions sexuelles secouent aussi les murs des grandes écoles. Dans l’ère actuelle où ces violences ne sont plus tues, l’enseignement supérieur n’échappe pas au phénomène, dans le sillage de Me Too. Et les directions assistent, souvent impuissantes, à des dénonciations en cascades de la part d’étudiants et d’étudiantes. La dernière petite révolution en date se déroule à Centrale Supélec, deuxième école d’ingénieurs après Polytechnique.

Les Mines et Sciences Po en début d'année

Après une enquête menée par l’association de lutte contre le sexisme Çapèse auprès de 2386 élèves, ce ne sont pas moins d’une centaine de cas d’agressions sexuelles et de viols qui sont rapportés pour la seule année scolaire 2020-2021. "Il n’y avait aucune raison que cela s’arrête à nos murs", a confié alors Ibtissam Hamich, présidente de Çapèse, à Libération. Mais Centrale Supélec n'est pas la seule école à assister à cette libération de la parole et de l'écoute. Avant elle, il y a eu Les Mines. Et puis Sciences Po. Ces derniers mois, des témoignages de violences sexistes et sexuelles ont bousculé la réputation de plusieurs grandes écoles, mais ont aussi permis de briser l’omerta sur ces faits commis dans l’enseignement supérieur. 

Souvent, la publication de ces témoignages a été rendue possible par l’existence de groupes privés, où des élèves ont commencé à se livrer, à l’abri des regards. Ça a été le cas à l’école d’ingénieurs IMT Mines d’Alès, dans le Gard, où des dizaines de jeunes filles ont commencé à raconter au printemps 2020, via une page Facebook, ce qu’elles avaient subi sur le campus. Depuis, le collectif féministe Clitoliste a sondé les étudiantes des trois dernières promotions et reçu à ce titre 49 témoignages anonymes, attestant d’agressions sexuelles pour la majorité et de viols pour 7 d’entre eux, comme le raconte cette enquête de France 2

Un sondage national et des chiffres édifiants

Une poignée de jours plus tôt, c’était aux instituts d’études politiques (IEP) et de Sciences Po Paris d’être secoués par des affaires semblables. La polémique ayant pris sa source dans l’affaire Olivier Duhamel, et la connivence supposée de Frederic Mion, directeur de l’école de Paris, a alors fait émerger une multitude de témoignages visant à dénoncer "la culture du viol" dans les IEP, sous le mot-dièse #Sciencesporcs. Le branle-bas de combat au sein des différentes administrations a donné lieu à la démission de Frédéric Mion dans un premier temps, puis à une enquête du ministère dans un second temps, qui a fait état de 89 faits de violences sexuelles au sein des dix IEP, connus des institutions et commis entre janvier 2019 et juin 2021. 

Mais en réalité, très peu d’élèves font remonter l’agression dont ils ont été victimes à leur établissement. C’est en tout cas ce que constate un rapport d’octobre 2020, conduit par l’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur au terme d’une enquête nationale. Et ses résultats sont édifiants : parmi les 10.000 élèves interrogés, une étudiante sur dix déclare avoir été victime d’une agression sexuelle et une étudiante sur vingt rapporte avoir subi un viol au cours de ses études. 

Lire aussi

Mettant des chiffres sur des faits encore tabous, cette enquête a aussi contribué à décrire l’ambiance pouvant y régner et généralement propice à ce type de violences. Mais aussi à mettre en lumière la carence des institutions dans la sensibilisation autour des violences sexistes et sexuelles, ou en tout cas leur méconnaissance par les élèves eux-mêmes : ainsi, plus d'un quart des répondants indiquent ne pas savoir s’il existe dans leur établissement des structures prenant en charge ce type de situations. 


Caroline Quevrain

Tout
TF1 Info