Colère des agriculteurs : pourquoi l'accord avec le Mercosur pose un problème ?

Publié le 26 janvier 2024 à 20h17, mis à jour le 4 mars 2024 à 12h02

Source : TF1 Info

Les agriculteurs français font pression sur le gouvernement pour que cet accord ne soit pas signé, arguant qu'ils sont soumis à des réglementations bien plus strictes.
Ils redoutent aussi un afflux de produits en provenance de ces quatre pays au détriment de leur propre production.
Ce vendredi 26 janvier, le Premier ministre, Gabriel Attal, a rappelé l'opposition d'Emmanuel Macron à la signature de cet accord.

Sa simple évocation fait bondir les agriculteurs français. Signé en 2019, après vingt ans de négociations complexes, le traité de libre-échange entre le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) et l'Union européenne cristallise les craintes du monde agricole. À travers cet accord commercial qui n'a toujours pas été ratifié, en partie en raison des préoccupations européennes en matière d'environnement, l’Union européenne (UE) prévoit de libéraliser 82% des importations de produits agricoles en provenance de ces pays vers l'Europe et ses 450 millions de consommateurs, sur une période de transition maximale de 10 ans. Le Premier ministre, Gabriel Attal a déclaré ce vendredi 26 janvier que la France "s'oppose" à la signature de cet accord, rappelant une position déjà formulée par Emmanuel Macron. 

Ce que prévoit l’accord commercial

Avec cet accord, les quotas qui régulent très étroitement les échanges de produits entre les deux rives de l’Atlantique vont être largement assouplis et les droits de douanes payés par les pays exportateurs réduits drastiquement. Viandes bovine (55.000 tonnes) et porcine (25.000 tonnes), volaille (180.000 tonnes), riz (60.000 tonnes), maïs doux (45.000 tonnes) pour consommation humaine, soja pour l'alimentation du bétail, mais aussi miel (45.000 tonnes), fromage (30.000 tonnes), sucre (180.000 tonnes) poudre de lait (10.000 tonnes), figurent dans la liste des produits agricoles concernés.

Pourquoi les agriculteurs s’y opposent ?

Pour les éleveurs, cet accord risque de mettre en péril le modèle agricole français, car on n'est pas du tout sur les mêmes échelles d'exploitations. Ils dénoncent la concurrence déloyale d'immenses exploitations sud-américaines, de 5.000 à 10.000 têtes de bétail, contre quelques centaines en France. Cet accord intervient dans un contexte difficile. Les éleveurs français ont déjà du mal à toucher un revenu malgré les aides européennes de la Politique agricole commune (PAC), tandis que le cheptel bovin français a diminué de 10% ces six dernières années. 

Autre point de crispation, cet accord va faciliter, selon eux, l'entrée de produits qui ne respectent pas les mêmes règles qu'on impose aux producteurs français, notamment en ce qui concerne l'utilisation d'engrais chimiques et la traçabilité de la viande. Le mois dernier, les interprofessions françaises du sucre, de la volaille, des céréales et de la viande ont dénoncé l’absence "de clauses miroirs visant à conditionner l'accès des produits sud-américains à notre marché au respect des normes de production environnementales et sanitaires" qui sont en vigueur sur le sol européen.

"Le poulet dopé aux antibiotiques, le bœuf engraissé en (parc) de 30.000 animaux, le maïs traité à l'atrazine [un herbicide interdit en Europe, NDLR] et autres produits phares des exportations brésiliennes accèderaient sans restriction aux quotas d'importation à droits de douane nuls ou réduits tels que prévus dans l'accord conclu en 2019", déploraient-ils, dans un communiqué commun. 

Emmanuel Macron s'y oppose

Certes, il existe des contrôles aux frontières limitant par exemple les résidus de pesticides sur un fruit. Des viandes importées doivent être accompagnées d'un certificat sanitaire. Mais les garanties sur la protection de l'environnement et des animaux, sur les conditions de travail ne sont pas forcément les mêmes.  "Je ne peux pas demander à nos agriculteurs, à nos industriels (..), de faire des efforts, de s'appliquer de nouvelles normes, pour se décarboner (...), et dire d'un seul coup, 'j'enlève tous les tarifs pour faire rentrer des produits qui n'appliquent pas du tout ces règles, et ça va être formidable'", avait déclaré à l’époque le président Emmanuel Macron. "C'est complètement incohérent", avait-il ajouté.


Matthieu DELACHARLERY

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