Colère des agriculteurs : des points communs avec le mouvement des Gilets jaunes ?

Publié le 26 janvier 2024 à 13h44, mis à jour le 26 janvier 2024 à 14h07

Source : TF1 Info

Depuis plus d'une semaine, des agriculteurs se mobilisent, un peu partout en France, s'en prenant parfois à des symboles de l'État comme à de grandes surfaces.
Des images qui rappellent la mobilisation des Gilets jaunes, qui a éclaté en 2018.
Si d'autres ressemblances peuvent être observées, pour le sociologue Jean-Noël Jouzel, le mouvement actuel reste surtout corporatiste.

Des pneus usagés déversés sur la route puis brûlés devant la préfecture d'Agen. Cela ne s'est pas passé en 2018, au plus fort du mouvement des Gilets jaunes. Elle est l'expression de la colère d'agriculteurs, qui, ce jeudi 25 janvier, s'en sont pris au bâtiment officiel à la suite d'une réunion avec le préfet qui n'a pas satisfait leurs attentes. 

Depuis une semaine, le secteur agricole se mobilise. Les tracteurs défilent et des barrages routiers s'organisent, un peu partout en France, afin de manifester leur malaise face à des normes européennes toujours plus nombreuses et des revenus insuffisants pour vivre. Des formes de protestation spectaculaires qui font penser à autre mouvement, survenu quatre ans plus tôt. Les agriculteurs seraient donc les nouveaux "Gilets verts" ?

Une mobilisation qui n'est pas inédite

Si les formes de protestation ont été multiples, le mouvement des Gilets jaunes a effectivement marqué les esprits par son occupation des ronds-points et ses rassemblements en périphérie des villes. Le 1ᵉʳ décembre 2018, la préfecture au Puy-en Velay avait même été partiellement incendiée. Pour autant, à la différence des Gilets jaunes, la mobilisation et la manière dont manifestent les agriculteurs sont loin d'être inédites, rappelle le sociologue Jean-Noël Jouzel. "Régulièrement, il y a des mouvements de ce type-là, émanant d'agriculteurs en colère. Et de manière systématique, quand il y a des manifestations de grande ampleur d'agriculteurs, ça prend toujours des formes assez violentes sur le plan symbolique", estime le directeur de recherche au CNRS et co-auteur du livre L'agriculture empoisonnée (Éditions Presses De Sciences Po).

Entre les deux mouvements, le motif de mobilisation est similaire. D'un côté comme de l'autre, la colère est en partie liée à une taxe sur le carburant. Pour les Gilets jaunes, il s'agit de l'augmentation de la taxe carbone. Si leurs revendications sont multiples, les agriculteurs, de leur côté, ont commencé à se mobiliser contre la fin de la défiscalisation de la taxe sur le gazole non-routier, réservée à ces professionnels. Par ailleurs, les deux mouvements se sont rapidement étendus partout en France.

Les agriculteurs sont-ils les nouveaux gilets jaunes ?Source : TF1 Info

Un mouvement "corporatiste"

Pour autant, le mouvement des agriculteurs se distingue du premier par son aspect "corporatiste", selon Jean-Noël Jouzel. "Les Gilets jaunes étaient porteurs d'un projet politique très flou, mais néanmoins à tendance, sinon révolutionnaire, au moins dans la volonté de faire évoluer les choses sur le plan des institutions politiques. Ce n'est pas du tout le genre de revendications que portent les agriculteurs et la FNSEA, qui sont quand même dans une forme de conservatisme politique", estime-t-il. Un "corporatisme" qui tranche avec la grande diversité qui caractérisait le mouvement des Gilets jaunes.

La place qu'ont les syndicats dans ces mobilisations les distingue enfin. Du côté des Gilets jaunes, le mouvement s'est formé totalement en dehors des réseaux syndicaux, dépassés par la mobilisation. Ce n'est pas le cas des agriculteurs. "Sans doute, localement, il y a des formes de débordement par la base", reconnaît Jean-Noël Jouzel, mais les actions restent très encadrées. Jusqu'ici du moins : selon une note des renseignements que TF1/LCI a pu consulter jeudi, "plus les jours passent, plus les risques de dérapages s'accentuent", avec "de réels risques de troubles à l'ordre public". La même note relève que les participants sont essentiellement liés à la FNSEA, aux Jeunes agriculteurs et à la Coordination rurale, mais que l'on compte aussi des agriculteurs non syndiqués. 

Une forme de "concurrence syndicale" se jouerait par ailleurs, Coordination rurale et la Confédération paysanne tentant de rivaliser avec la main mise de la FNSEA sur les négociations avec le gouvernement. "Mais si la FNSEA obtient à peu près satisfaction sur ses revendications, je pense que le mouvement s'arrêtera rapidement", annonce Jean-Noël Jouzel. À l'inverse, le mouvement des Gilets jaunes s'était poursuivi pendant plusieurs mois, même après une série de mesures prises par le gouvernement. 

Les réponses de Gabriel Attal, très attendues par la profession ce vendredi, pourraient à ce titre déterminer les suites du mouvement. 


Aurélie LOEK

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