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Contrôle technique des deux-roues : les défaillances ne causent-elles que 1% des accidents mortels ?

Publié le 5 juin 2023 à 20h07, mis à jour le 6 juin 2023 à 11h27
JT Perso
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Source : JT 20h Semaine

L'instauration d'un contrôle technique pour les deux roues, maintes fois repoussée, est imminente.
Les opposants à cette mesure assurent que les défauts d'entretien des motos et scooters sont responsables d'à peine 1% des accidents mortels.
Les études d'accidentologie viennent en partie contredire cet argument.

Mise à jour du 6/06/23 : une mauvaise interprétation des données du Cerema a conduit à sur-évaluer l'implication des défauts d'entretien dans les accidents impliquant des 2RM. La version initiale de cet article a été modifiée pour ajuster les éléments chiffrés et les proportions initialement relayées.

Une mesure "purement financière", au caractère "technocratique". Voici comment le sénateur Alain Houpert décrit l'instauration à venir d'un contrôle technique obligatoire pour les deux roues, que le Conseil d'État demande à voir déployé dans un délai de deux mois. "Moins de 1% des accidents mortels sont causés par une défaillance", avance l'élu, qui reprend à son compte un argument régulièrement utilisé par les associations de motards. "Le manque d’entretien est mortel et les motards ne sont pas suicidaires" poursuit le représentant des Républicains. Ce n'est pourtant pas tout à fait ce que nous apprennent les études basées sur les données d'accidentologie.

Le défaut d'entretien, un risque accentué pour les 2RM

Du côté d'associations comme la Fédération française des motards en colère (FFMC), on se réfère à un rapport dit "MAIDS" (pour "Major Accidents In Depth Study") datant... de 2009. Il s'agirait selon la FFMC de l'un des seuls "organismes vraiment indépendants" à s'être penché sur la question, et il met en avant que moins d'un accident sur 100 est lié à un défaut d'entretien. Outre le fait que ce rapport soit désormais très ancien, il ne concernait pas uniquement la France, englobant cinq pays différents à travers l'UE. 

Des éléments plus récents sont disponibles, partagés par un organisme indépendant. À travers deux rapports successifs présentés en 2020 et 2021, le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) a proposé une étude approfondie des "facteurs d’accidents mortels en 2015". Avec, à chaque fois, un gros plan sur les deux-roues motorisés.

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Ces travaux nous apprennent que, sur la base de 712 accidents mortels "impliquant au moins un véhicule à deux ou trois roues motrices"  les 2RM et 3RM, on n'en observe que 1% uniquement lié à un facteur dit "véhicule". Des facteurs qui "tiennent compte des caractéristiques des véhicules et de leur état", tel que les résume le Cerema.

Ces données permettent de nuancer les arguments d'Alain Houpert ou des associations de motards, puisque l'organisme public constate que les accidents mortels qui impliquent des 2RM/3RM sont très rarement "mono-factoriels". En d'autres termes, la plupart d'entre eux sont en effet liés à une conjonction de facteurs, humains ou matériels. Si des éléments déclencheurs sont souvent identifiés, des facteurs aggravants sont, eux, très régulièrement mis en avant. Il ressort des analyses d'accidentologie que si le facteur humain est présent dans 94% des accidents, le facteur véhicule l'est quant à lui dans 35%, soit plus d'un tiers. Si de multiples cas de figure sont rassemblés sous cette dénomination, on peut noter qu'une "absence de signalisation lumineuse", un "mauvais état du véhicule ayant favorisé une rupture mécanique" ou un mauvais "état des pneus" est impliqué dans 7% de tous les accidents mortels (voitures et 2RM inclus). 

Les données du Cerema montrent que le facteur "véhicule" (en orange) est impliqué de manière beaucoup plus fréquente dans les accidents mortels qui impliquent des 2RM/3RM.
Les données du Cerema montrent que le facteur "véhicule" (en orange) est impliqué de manière beaucoup plus fréquente dans les accidents mortels qui impliquent des 2RM/3RM. - Rapport Cerema

Il faut souligner que le soin apporté à l'entretien des véhicules se révèle prépondérant pour les conducteurs de 2RM/3RM. En effet, "les facteurs en lien avec le véhicule et l’infrastructure sont plus présents dans les accidents de 2RM (respectivement 2,3 et 1,3 fois plus)", ajoute le Cerema, en comparaison avec ceux qui impliquent les voitures et autres camionnettes. 

La sécurité n'est pas le seul argument

Si l'on s'en tient à un strict examen des données d'accidentologie, il apparaît donc assez nettement que les accidents mortels impliquant des deux roues motorisés sont plus fréquemment liés à des problèmes d'entretien que ceux qui concernent des voitures. Si ces défauts d'entretiens ne sont que très rarement la cause unique des accidents, ils n'en constituent pas moins des facteurs aggravants venant se cumuler à des facteurs humains ou extérieurs (comme l'état de la chaussée).

Par ailleurs, ces statistiques ne peuvent être avancées comme les seuls éléments permettant de justifier l'instauration d'un contrôle technique pour les 2RM/3RM. Si les modalités et critères des contrôles n'ont pas encore été définis, ils pourraient également servir à veiller à la conformité des véhicules aux diverses normes en vigueur, environnementales d'une part, mais aussi en matière de pollution sonore. 

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Thomas DESZPOT

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