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"Convoi de la liberté" : 5 questions sur le mouvement qui débarque à Paris

Charlotte ANGLADE
Publié le 11 février 2022 à 18h07, mis à jour le 11 février 2022 à 18h45
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Des centaines de véhicules appartenant aux "convois de la liberté" doivent converger samedi sur Paris.
Une mobilisation qui s'invite dans la campagne présidentielle.
LCI dresse les contours de ce mouvement de contestation.

Malgré l'interdiction de manifester, les "convois de la liberté" se dirigent vers Paris. Dès le lever du jour ce vendredi, des cortèges de plusieurs dizaines de voitures, camping-cars et camionnettes se sont constitués à Strasbourg, Lille ou Vimy (Pas-de-Calais). Dans l'ouest, 280 véhicules selon la gendarmerie, plus de 400 selon l'AFP, sont partis dans la matinée de Châteaubourg (Ille-et-Vilaine). Au total, quelque 1800 véhicules feraient route vers la capitale, selon une source policière. Alors que ce mouvement fait beaucoup parler de lui, LCI fait le point sur ce qui le définit.

Qu'est-ce que le "convoi de la liberté" ?

Le mouvement des "convois de la liberté" actuellement observé en France est directement inspiré par la mobilisation des routiers canadiens. Ces derniers assiègent depuis plus d'une semaine la capitale du pays, Ottawa, dans le but de protester contre l'obligation vaccinale imposée par le gouvernement pour franchir la frontière américaine.

En France, cette mobilisation n'émane pas des camionneurs. Elle s'inscrit dans la lignée des Gilets jaunes, qui, avant la pandémie, dénonçaient la précarité et exprimaient le sentiment de ras-le-bol d'une partie de la population face au coût de la vie. Dans leur viseur encore une fois : la politique du président Emmanuel Macron avec l'occupation de la voie publique comme mode d'action. La page Facebook consacrée à ce mouvement "made in france" était suivie par 360.000 personnes ce vendredi en fin de journée.

La première opération des "convois de la liberté", qui consiste à monter en voiture, camion, camping-car à Paris puis à Bruxelles, s'est mise sur pied en seulement quelques jours. 

Qui sont les manifestants ?

Comme pour le mouvement des Gilets jaunes, il est impossible de classer sous une unique étiquette tous les participants à cette mobilisation. Toutes les classes d'âges et tous les bords politiques sont représentés."Tant pis pour l'agglomérat d'opinions diverses, en apparence contre-nature. On n'est jamais trop nombreux pour atteindre nos objectifs", affirme ainsi à l'AFP Sand, "militante du quotidien" qui "navigue entre plusieurs causes".

Pour Paul Larrouturou, reporter pour LCI, qui a rencontré les manifestants du convoi niçois, "trois grands groupes" se dégagent parmi les personnes rencontrées sur place. "Le premier tiers, ce sont des personnes plongées dans la pauvreté et la misère sociale, d'ailleurs beaucoup d'entre eux n'ont pas l'argent pour monter à Paris, entre les péages et les pleins d'essence", rapporte-t-il. Selon lui, les antipass-antivax représenteraient un autre tiers des participants. "Et enfin, parmi des antipass qu'on a interrogés, on reconnait chez beaucoup le discours complotiste qui se répand souvent chez les personnes âgées, instruites, qui ont lu des choses auxquelles elles croient fermement", ajoute-t-il.

"Convoi" : ils défileront malgré l'interdictionSource : TF1 Info
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Beaucoup de participants aux convois sont par ailleurs d'anciens Gilets jaunes. Des figures centrales de ce mouvement appellent d'ailleurs à rejoindre la caravane. Selon l'une d'elles, Jérôme Rodrigues, les "convois de la liberté" seraient même composés "à 80% de Gilets jaunes". L'expérience des Gilets jaunes, qui comptait au départ environ 40% de primo-manifestants, a pour certains "transformé leur vie" au point qu'ils poursuivent cet engagement, analyse auprès de l'AFP Emmanuelle Reungoat, chercheuse au Centre d'études politiques et sociales à Montpellier.

Contrairement aux convois canadiens, ceux qui se sont formés en France comptent peu de routiers. Selon une note des renseignements territoriaux en date du 7 février, que nous avons pu consulter, les rares qui rejoignent le mouvement le font davantage pour dénoncer la flambée des coûts du carburant et la hausse du prix au péage que la politique sanitaire.

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Quelles sont leurs motivations ?

Une grande majorité des manifestants roule pour protester contre des mesures sanitaires jugées liberticides. "Si le monde ne change pas là, on va avoir droit au modèle chinois partout", assure ainsi un manifestant interviewé par TF1. "Vous ne pouvez pas aller au restaurant si vous n'êtes pas vaccinés, vous ne pouvez pas voyager si vous n'êtes pas vaccinés. Donc c'est comme une obligation déguisée", reproche une autre.

D'autres participants aux convois, qui arborent des gilets jaunes, avancent des revendications plus politiques.  "Pourquoi on est encore là ? Parce qu'il n'y a rien qui a été fait, on ne nous a pas encore écoutés", reproche un homme. "Il y a des gens de tous horizons, pas du tout que des fachos. On est des citoyens, on a des familles, on travaille, on est juste solidaires contre le gouvernement", résume auprès de l'AFP, depuis Vimy (62), Sarah, une tatoueuse de 40 ans venue de Lens saluer le convoi.

Doit-on s'attendre à ce que les "convois de la liberté" prennent de l'ampleur en France ?

D'après la note des renseignements territoriaux, le mouvement semble pour le moment trouver davantage écho en ligne que sur le terrain. "Profitant de la médiatisation de l'opération canadienne, les projets français connaissent un succès qui reste virtuel à ce stade", écrivent les auteurs du rapport, qui fait mention d'un sondage mené sur le compte Telegram "Le Grand Réveil". Sur plus de 13.200 participants, 69% ont indiqué soutenir ce mouvement, mais seuls 4% ont dit leur intention d'y participer.

Autre point rassurant pour le gouvernement : pour le moment, la mobilisation n'est soutenue par aucun syndicat, qu'il soit patronal ou salarial. La mouvance ultradroite n'a, quant à elle, pas lancé non plus d'appel massif, à l'exception du groupe catholique intégriste "Civitas", font remarquer les renseignements. "La mouvance d'ultra gauche dans son ensemble n'appelle ni ne relaie aucun message relatif à l'organisation d'un 'Convoi de la Liberté' les 12 et 14 février prochains", indique également leur note. Seul le groupe "Bloc Lorrain", composé de "Gilets jaunes radicalisés du Grand-Est", relaie depuis le début du mois de février "des messages de soutien relatifs à l'organisation de cet événement sans toutefois mentionner de participation".

En raison de ce manque de gouvernance notamment, le mouvement est "loin d'être solidement structuré", assurent les renseignements. Ainsi, quand certains soutiens veulent un blocage complet qui implique des "ruptures d'approvisionnement en carburant et nourriture" et des affrontements avec les forces de l'ordre, d'autres souhaitent que le mouvement reste pacifique.

Que pense le gouvernement de ce mouvement ?

Sans doute marqué la crise des Gilets jaunes, le gouvernement joue la fermeté. "Je ne peux pas en aucun cas laisser associer ces attaques virulentes contre la vaccination et le mot liberté" car "la liberté, ce n'est pas celle, je l'ai déjà dit dix fois, de contaminer les autres", a averti le chef du gouvernement au JT de France 2. "J'ai demandé au ministre de l'Intérieur, au préfet de police, de prendre des mesures pour ne pas bloquer Paris comme c'était, semble-t-il, l'intention des manifestants", a rappelé Jean Castex. "S'ils bloquent la circulation ou s'ils tentent de bloquer la capitale, il faut être très ferme", a-t-il insisté.

"Il y a une instrumentalisation d'une fatigue, une lassitude des Français, en tout cas une tentative d'instrumentalisation", a dénoncé vendredi matin le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur Europe 1. "Vous avez des responsables politiques - je ne sais pas si je peux employer ce terme - qui cherchent à capitaliser politiquement sur cette lassitude et cette fatigue en essayant de lancer des mouvements", a-t-il accusé en citant nommément Florian Philippot.

"Ce n'est pas le convoi de la liberté ce convoi-là, c'est le convoi de la honte et de l'égoïsme, ce ne sont pas des patriotes, ce sont des irresponsables", avait dénoncé mercredi sur LCI le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune. Il avait également décrit le mouvement comme un "énième épisode des antivax, qui sont pour certains cas complotistes, qui croient que le vaccin consiste à insérer des puces dans les bras des gens".


Charlotte ANGLADE

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