Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Masques dès la maternelle, à 6 ou 11 ans... Quelles recommandations scientifiques pour les enfants ?

Vincent Michelon
Publié le 31 août 2020 à 16h41, mis à jour le 31 août 2020 à 18h22

Source : TF1 Info

PROTOCOLE - Des médecins français préconisent dans une tribune d'imposer le port du masque aux enfants dès 6 ans à l'école, contre 11 ans actuellement. Ils citent les exemples de la Grèce, de l'Espagne et de l'Italie. Que disent les recommandations scientifiques sur le sujet ?

Imposer le port du masque à 11 ans, c'est-à-dire à partir du collège, est-il suffisant ? Dans une tribune publiée par Le Parisien, des médecins français, parmi lesquels l'infectiologue Karine Lacombe, jugent que le risque de voir naître de nouveaux clusters à la rentrée au sein des établissements scolaires nécessite d'élargir les règles actuelles aux enfants de 6 ans et plus. 

"Compte tenu du protocole en vigueur en France, rien ne semble empêcher les écoles de devenir des clusters", jugent les médecins dans cette tribune, pointant des insuffisances en matière de masque, mais aussi d'aération des espaces, d'enseignement à distance et d'allègement des effectifs dans les classes. 

Ces professionnels de santé égrènent quatre propositions : le masque dès l'âge de 6 ans, des mesures d'aération selon les normes des lieux clos professionnels, des allègements de classe dans les zones de forte circulation du virus et une amélioration du système de remontée d'information si des cas positifs sont détectés à l'école. S'agissant des masques, ils citent les exemples de la Chine, de la Corée du Sud et de la Grèce (dès la maternelle), de l'Espagne, de l'Italie et de certains Länder allemands (dès l'école primaire, soit 6 ans).

Règles disparates

Parmi les exemples cités, l'Espagne a annoncé jeudi 27 août que l'ensemble des enfants de plus de 6 ans devraient porter le masque à l'école. "L'utilisation du masque sera obligatoire de façon générale à partir de 6 ans, indépendamment du maintien de la distance", a énoncé la ministre de l'Education Isabel Celaa. La mesure devait mettre fin à une forme de cacophonie, les régions d'Espagne ayant opté pour des règles différentes. Ainsi, la province de Cantabrie avait décidé d'imposer le port du masque dès 3 ans.

En Italie, le masque s'impose à 6 ans dès lors que la distanciation sociale ne peut être respectée, ce qui est souvent une réalité à l'école primaire. En Grèce, le masque imposé aux enfants dès l'école maternelle a été comparé par la ministre de l'Education au fait de "porter la ceinture à bord d'une voiture". Une mesure drastique associée dans ce pays à des allègements de classe, avec le recours à l'enseignement à distance. 

Inversement, en Belgique, le masque n'est obligatoire qu'à partir de 12 ans, tandis que la Suède ne fait du port du masque qu'une exception à l'échelle même de la population générale. 

Quelles sont les recommandations ?

Les dernières recommandations émises par l'OMS en la matière, le 24 août, fixent à 12 ans l'âge à partir duquel les enfants devraient porter le masque dans les mêmes conditions que les adultes. Elles se basent sur les conclusions des travaux d'un groupe d'experts international, qui avaient été chargés de passer en revue les données actuelles sur la transmission du virus chez les enfants. L'OMS préconise tout particulièrement cette mesure lorsque les règles de distanciation ne peuvent pas être respectées, et dans les zones de forte circulation du virus. 

Sur son site, l'OMS précise que la décision éventuelle d'imposer le masque dès 6 ans doit reposer sur plusieurs facteurs : la transmission intense du virus dans la zone concernée, l'accès suffisant aux masques, la supervision par un adulte afin de faire respecter leur bonne utilisation, la prise en compte des effets psychiques sur l'enfant, ainsi que ciblage de ceux présentant un risque de santé plus élevé.

En l'état actuel, "les enfants âgés 5 ans et moins ne devraient pas être obligés de porter un masque", souligne l'OMS. "Cette indication est fondée sur la sécurité et l'intérêt global de l'enfant, et sur sa capacité à utiliser un masque correctement avec une assistance minimale." Le cas échéant, le port du masque à cet âge nécessite la surveillance constante d'un adulte. Dès le printemps, les autorités sanitaires avaient pointé le risque d'étouffement ou les difficultés respiratoires que pourraient engendrer le port du masque chez les enfants en bas âge, c'est-à-dire en dessous de 2 ans. 

En France, dans son avis du 24 avril, le Conseil scientifique avait recommandé le port du masque "pour tous les enfants à partir du collège". Il avait en revanche jugé "impossible" le port du masque en maternelle. Il existait une zone grise s'agissant de l'école primaire. Pour les enfants de 6 à 11 ans, "il existe un continuum de compréhension en fonction de l’âge sans que l’on puisse précisément fixer un âge où la compréhension serait suffisante pour recommander le port du masque de façon adaptée, d’autant qu’ils apparaissent comme faiblement transmetteurs", avait en effet jugé le Conseil scientifique. 

Dans un avis actualisé du 30 août, la Société française de pédiatrie (SFP) a recommandé le port du masque dans la situation spécifique des enfants présentant des pathologies chroniques comme les cardiopathies congénitales et les pathologies respiratoires (insuffisance chronique, asthme sévère, bronchopathie). Dans un autre avis du 27 août, la SFP a jugé "utile" le port du masque à partir du collège. 

Débat sur la transmission

La question de l'obligation de porter le masque à l'école fait écho au débat, déjà amorcé au printemps dernier, sur le risque de transmission chez les enfants. Plusieurs sociétés savantes de pédiatrie ont alerté ces derniers jours sur le risque "réel" de contamination dans les écoles à la rentrée. En Allemagne, où celle-ci s'est effectuée dès le mois d'août, quelques écoles ont été contraintes de fermer en raison de cas positifs. "Il y aura des contaminations à l’école, des enfants vont se contaminer, probablement quelques enseignants aussi mais on va le gérer", a toutefois tempéré le professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, dans une interview à Franceinfo. 

En l'état actuel des connaissances, les enfants de moins de 11 ans apparaissent beaucoup moins touchés par la transmission du Covid-19. Comme l'a rappelé la SFP, sur la base d'une série d'études internationales, "les enfants, et en particulier ceux de moins de 10 ans, ne contribuent pas significativement à la transmission" et les clusters "à point de départ pédiatrique" restent rares. Ainsi, il est "très probable que l’enfant exposé à un cas contaminant s’infecte moins qu’un adulte". En outre, "l’enfant infecté est plus souvent asymptomatique, et les formes sévères hospitalisées sont rares". La SFP en conclut plus généralement que "les bénéfices éducatifs et sociaux apportées par l’école sont très supérieurs aux risques d’une éventuelle contamination par SARS-CoV2 de l’enfant en milieu scolaire". 

Pour les enfants de moins de 11 ans, la SFP recommande, plutôt que les masques, un strict respect des mesures d'hygiène (dont le lavage des mains). Elle ne recommande pas de test généralisé, compte tenu du faible nombre de cas positifs ainsi détectés, et préconise des exclusions ciblées en cas de cas positif, estimant que la fermeture d'une classe ne devrait pas intervenir en dessous de trois cas détectés. 


Vincent Michelon