La France touchée par une cinquième vague de Covid-19

"J'étais tétanisée" : appelée pour prêter main forte, Rose remplace les profs absents malades du Covid-19

Léa COUPAU
Publié le 4 janvier 2022 à 17h48

Source : JT 13h Semaine

TÉMOIGNAGE - Depuis décembre, le ministère de l'Éducation nationale accélère le recours aux contractuels pour remplacer les professeurs malades ou en garde d'enfants en raison du virus. Rose, qui n'avait jamais enseigné auparavant, fait partie de ces contractuels.

"J’en ai pleuré en rentrant le soir tellement c’était dur". Comme un peu plus de 12 millions d’élèves, Rose* a fait sa rentrée ce lundi 3 janvier, mais derrière le bureau du professeur. Dans l'ouest de la France, cette diplômée en master de patrimoine, âgée de 25 ans, fait partie des contractuels appelés pour remplacer les professeurs absents des écoles. 

Pourtant, la jeune femme, habituée des monuments historiques, n’avait jamais enseigné avant la pandémie. Il a fallu attendre le mois d'avril 2021, en pleine troisième vague, pour qu'elle connaisse sa première expérience devant le tableau. "Un enfer” pendant deux mois, décrit-elle. Cette nouvelle année 2022, sans alternative financière, recommence pour elle.

"Mais qu'est-ce que je fous là ?"

"Je ne trouvais plus d’emploi dans mon secteur (la culture, NDLR) alors j’ai envoyé un mail à l’académie de mon secteur en novembre. Ils m’ont appelée en décembre et deux jours plus tard, j’étais devant la classe", témoigne-t-elle à LCI, avouant n’avoir jamais passé de réel entretien d’embauche. 

Après sa première expérience, la jeune bretonne s’était pourtant juré de ne jamais y retourner. À cette époque, sans formation, elle s'est retrouvée devant une vingtaine d'enfants sans savoir par où commercer. "Au tout début, j’étais tétanisée. Personne ne m’avait indiqué les bases : quel ton avoir ? Comment faire la leçon, en la projetant ? En corrigeant les cahiers des petits ?, se souvient-elle. À ce moment-là, je me suis dit, mais qu’est-ce que je fous là ?"

La veille de son premier remplacement printanier, Rose avait tenté de rattraper son incommensurable retard en se formant sur internet. Sans appui, elle "s’est retrouvée noyée. J’étais hallucinée", souligne la jeune femme. "Le soir, j’ai pleuré toute la nuit. Je me sentais nulle et incapable de gérer les enfants. J’avais même peur des parents qui venaient chercher leurs gosses", souffle-t-elle.

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Par la force des choses, la contractuelle s’est habituée au rythme, "sur le terrain et avec les conseils de certains instituteurs" rencontrés. "Mais tous ne savaient pas que j’arrivais dans leur école pour un remplacement", lâche dans un rire la Bretonne.

Ainsi, pour cette nouvelle année, Rose a préféré prendre les devants. "Dès que je sais quelle classe je vais avoir, j’appelle les enseignants responsables. Ils m’indiquent les leçons à faire, c’est beaucoup plus simple comme ça", plante-t-elle, enthousiaste. Puis viennent les petites astuces et les réflexes. "Je sais maintenant qu’avoir le silence, c’est mission impossible. Avoir une classe, c’est toujours du bruit", assure la contractuelle qui déplore cependant "son manque d’autorité. Ça, on ne vous l’apprend nulle part."

Toutefois, la jeune femme l'assure, elle ne compte pas tout plaquer pour l’Éducation nationale. Une fois son contrat terminé, elle espère retourner sur ce qu’elle connaît le mieux : l’animation du patrimoine. "Mais en attendant, je me rends utile plutôt que de ne rien faire. Les enfants ont besoin d’être à l’école. Au moins, on les fait travailler et je suis contente de ce que je fais", conclut-elle pendant sa pause du midi.

Invité sur LCI ce lundi, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a, une nouvelle fois, appelé tous les contractuels, "qui n’ont pas réussi leurs concours, mais qui ont des aptitudes à l’enseignement" à prêter main forte dans les écoles. Le mois passé, le conseil scientifique s’inquiétait que près d’un tiers des professeurs seraient absents d'ici à la fin du mois de janvier en raison du Covid-19.

*Le prénom a été changé


Léa COUPAU