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Covid-19 : avec la crise, les inégalités dans l'accès aux droits explosent

La rédaction de LCI
Publié le 28 mai 2021 à 15h17
Covid-19 : avec la crise, les inégalités dans l'accès aux droits explosent

CONSÉQUENCE - Des chercheurs grenoblois ont lancé un appel à témoignages qui permet de "rendre visibles les effets" de la crise du Covid-19 sur l'accès aux droits. En voici une illustration.

Démarches administratives compliquées, versements de prestations retardés, voire bloqués, fracture numérique accrue...  des témoignages recueillis via l'intermédiaire de chercheurs grenoblois de l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) ont permis de "rendre visibles les effets" de la crise du Covid-19 sur l'accès aux droits. 

Il en ressort, notamment, que la crise sanitaire a renforcé les inégalités dans l'accès aux droits sociaux, fragilisant davantage les populations précaires. Les témoignages, accessibles sur https://odenore.msh-alpes.fr/temoignages/temoignages-covid-19, révèlent "des populations déjà exposées pour lesquelles la situation s'est complexifiée", selon Héléna Revil, responsable scientifique de l'Odenore. Ces personnes se sont alors souvent tournées "vers des acteurs sociaux de proximité qui se sont trouvés à faire le couteau suisse, à dépanner pour faire avancer les demandes", explique cette politologue.

"Un non-recours aux droits par non-information"

L'analyse de Joanie Cayouette-Remblière qui a co-dirigé l'ouvrage d'enquête L'explosion des inégalités. Classes, genres et générations face à la crise sanitaire (Éditions de L'Aube, 2021) est sensiblement la même. "Durant le premier confinement, la fermeture des guichets sociaux, des structures d'aide de première nécessité pour les populations les plus fragiles a eu des effets dramatiques, mettant certaines familles dans des situations de dénuement absolu", détaille la sociologue auprès de l'AFP. 

"La crise a contribué à dénuder encore plus certaines situations qui étaient proches du dénuement total. Mais, pour les familles les plus précaires, ce n'était qu'une épreuve de plus dans une longue série d'épreuves", poursuit-elle, soulignant que "leur situation est tellement difficile qu'on ne peut pas dire que cela déstabilise leur trajectoire, cela provoque un temps d'attente supplémentaire".

Et d'ajouter : "En revanche, il y a des populations qui étaient en sortie de précarité et ce sont elles qui ont été le plus déstabilisées par la crise sanitaire : des travailleurs en fin de contrat, en insertion professionnelle, en instabilité résidentielle ou conjugale. C'est la déstabilisation des instables. Une partie de ces personnes n'étaient pas habituées à recourir aux aides d'urgence, aux services sociaux, elles n'imaginaient pas en avoir besoin et n'ont pas accès aux circuits d'information pour y avoir droit. Il y a dans ces cas un non-recours aux droits par non-information." 

"Une rupture pour des personnes fragilisées psychologiquement"

L'un des témoignages recueillis via l'Odenore émanant du CCAS de Saint-Martin-d'Hères (Isère) évoque notamment la crise sanitaire comme "une rupture pour des personnes fragilisées psychologiquement n'ayant plus la force d'effectuer certaines démarches faites habituellement en autonomie", "un renoncement de leurs droits chez des personnes qui s'essoufflent lorsqu'il n'y a pas de réponse des administrations ou lorsque leurs délais de traitement sont très longs"

Un éducateur depuis cinq ans dans une maison relais de l'association Alsa (Association d'aide au logement des sans-abri) à Mulhouse estime lui que "le confinement ainsi que la crise sanitaire n'ont fait que rendre davantage invisible la situation de certaines personnes que nous accompagnons". 

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"La gestion des attestations et des amendes pour non-respect du confinement a été très rude pour les bénéficiaires et pour nos accompagnants. Certains ne comprennent pas le but d'écrire sur une feuille de papier qu'ils vont acheter du pain", confie ce travailleur social, qui a dû "apprendre à créer de la distance alors que le cœur de notre métier est la création de lien".


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