L'info passée au crible

Prévu dans un calendrier, référence à Macron… 5 "fake news" sur le variant Omicron passées au crible

Caroline Quevrain
Publié le 1 décembre 2021 à 20h42
Image d'illustration

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Source : MAURO PIMENTEL / AFP

INFODÉMIE - Depuis que le variant baptisé Omicron a été signalé en Afrique du Sud, les commentaires sur son émergence fleurissent sur la toile… Et les fausses nouvelles circulent à toute allure. Décryptage.

Pour les complotistes, le nouveau variant qui inquiète la planète n’est pas apparu sans raison. Des démocrates américains à la campagne présidentielle, en passant par un calendrier des variants, les explications données à la découverte variant B.1.1.529 en Afrique du Sud sont variées sur les réseaux sociaux. Souvent, elles ne s’appuient sur aucun fait scientifique - les propriétés de ce variant étant en cours d’analyse par les chercheurs de l'OMS. Nous avons passé au crible cinq théories sur Omicron, classé comme "préoccupant" par l’OMS.

Créé pour détourner l’attention du procès Epstein

On l’a vu en début de semaine, la découverte de cas de ce nouveau variant a monopolisé l’attention médiatique. Et certains internautes ont vu dans cette actualité un moyen d’en dissimuler une autre : l’ouverture du procès de Ghislaine Maxwell, l’ancienne compagne et associée du milliardaire Jeffrey Esptein, pour des faits de crimes sexuels. "Aujourd’hui débute un procès aux USA. À la barre, Ghislaine Maxwell la fille du patron du Mossad très proche des élites mondiales impliquées dans l’affaire Epstein ! Il faut éloigner les caméras. Fabrication d’un méchant ‘variant Omicron’ pour populariser l’attention de la planète (sic)", explique par exemple un utilisateur de Twitter en citant justement… un article de presse relatant l’affaire. 

De fait, les médias n’ont pas manqué de couvrir l’ouverture de ce procès de taille, alors que Ghislaine Maxwell est l’une des seules protagonistes du dossier depuis le suicide du milliardaire, deux ans plus tôt dans sa cellule. Pour la seule presse américaine, les plus grands titres (CNN, Fox News, le New York Times, le Washington Post…) ont pu traiter de l’affaire en assistant aux débats. En France aussi (ici par notre rédaction ou là par Le Monde), le début du procès n’a pas été masqué par le variant Omicron, ces actualités n’ayant d’ailleurs rien à voir l'une avec l'autre.

Créé pour les élections américaines de mi-mandat

Restons aux États-Unis avec les propos d’un élu du Texas. Sur Twitter, Ronny Jackson, du camp républicain, a mis la découverte d’Omicron sur le compte des démocrates : "Voici la VEM - la variante des élections de mi-mandat. Ils ont BESOIN d’une raison pour pousser les bulletins de vote postal non sollicités à l’échelle nationale. Les démocrates feront n’importe quoi pour TRICHER pendant une élection -mais nous n’allons pas les laisser faire !" Autrement dit, ce nouveau variant servirait de prétexte aux démocrates pour instaurer de nouvelles consignes de votes et notamment celle du vote par correspondance lors des élections de mi-mandat, prévues en 2022 aux États-Unis. Mais comme l’explique MSNBC, cette théorie ne repose sur aucune preuve tangible. Et elle est régulièrement avancée par les fervents défenseurs de Donald Trump, qui avait lui-même crié à la fraude lors des élections de 2019 et demandé à recompter les bulletins par correspondance dans plusieurs États.

Créé pour favoriser la troisième dose de vaccin

En France, l’apparition du premier cas du variant Omicron, lundi à la Réunion, coïncide avec l’ouverture de la dose de rappel à toute la population. Une occasion en or pour les plus méfiants envers la vaccination de voir une stratégie du gouvernement en faveur de la campagne de rappel. "La vague est mensonge ils disent cela pour aller faire votre 3ème injection… Omicron est virulent… Des conneries… (sic)", prétend par exemple cet internaute. Or, l’élargissement de la dose vaccinale de rappel à tous les adultes a été annoncée par Olivier Véran jeudi 24 novembre. 

Le même jour, un premier cas d’Omicron était bien signalé par les autorités sud-africaines mais les médias du monde entier, y compris en France, n’ont commencé à s’y intéresser que deux ou trois jours plus tard. À la rédaction de LCI, nous en avons parlé le 26 novembre pour la première fois. Considérons maintenant le nombre important de variants du virus découverts chaque jour à travers la planète : rien qu'en février dernier, plus de 4000 mutations avaient déjà été identifiées, d'après les autorités de santé britanniques. Dans ce contexte, personne ne pouvait prévoir que ce variant précis allait plus inquiéter qu’un autre en raison de sa contagiosité supposée. 

Créé pour faire penser à Emmanuel Macron

Et si l’appellation donnée à ce variant avait été taillée sur mesure ? C’est ce qu’a laissé entendre Christine Boutin, faisant référence à… Emmanuel Macron, dont le nom laisse vaguement penser à celui du variant signalé en Afrique du Sud. "Je m’interroge sur la dénomination du nouveau variant : Omicron ? Est-ce une blague ou un mot proche du patronyme de notre président pour que ce mot soit seriné plusieurs fois par jours à nos oreilles jusqu’aux présidentielles ? Rassurez-moi ! J’ai mal compris ?", s’est interrogée l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy dans un tweet qui a engendré quelques moqueries sur les réseaux sociaux. 

Cette dernière s’est rapidement rattrapée, effaçant son tweet et le mettant sur le compte de l’humour : "S’il n’est plus possible de rire maintenant, ça devient vraiment infernal ! Je vais retirer mon twitt !". Ceci étant, le choix du nom de ce variant par l’OMS, qui n'a pas l'élection présidentielle française pour principale préoccupation, s'explique assez logiquement.  En réalité, il fait référence à la 15e lettre de l’alphabet grec, après que les 13e et 14e lettres ont été sautées, comme nous l’expliquions ici plus en détail. 

Créé et prévu à l’avance dans un calendrier

Et si tous les prochains variants du virus étaient prévus à l’avance et même compilés dans un calendrier ? Cette théorie a également fleuri sur les réseaux sociaux, à partir d’une image représentant un tableau censé prévoir les dates de lancements des prochaines mutations. Or, comme nous le décryptions plus tôt cette semaine, ce prétendu calendrier parait particulièrement suspect et les dates inscrites ne correspondent pas aux découvertes des précédents variants, comme le variant Delta signalé en Inde dès décembre 2020 et annoncé ici pour juin 2021. L’origine du document n’est quant à elle pas claire, l’OMS et le Forum économique mondial ayant démenti auprès de la presse américaine en être les auteurs.

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Un variant présent depuis des mois

Dans la même veine, certains réseaux complotistes n’ont pas résisté à répandre l’information selon laquelle le variant Omicron circulait depuis des mois. Si la surveillance des variants du virus s’est accrue ces derniers mois (par le criblage et le séquençage des tests positifs), rien ne dit qu’Omicron n’a pas pu échapper au radar des chercheurs et qu’il n’a pas pu circuler bas bruit. Mais rien ne dit non plus qu’il a bien circulé : à ce jour, le premier cas officiel de ce variant a été identifié et signalé le 24 novembre en Afrique du Sud. Les scientifiques de l'OMS et de divers organismes travaillent actuellement à évaluer la menace que pourrait représenter ce variant mais vont aussi probablement étudier d'anciens échantillons positifs afin de vérifier son ancienneté. 

De plus, certains internautes appuient leur théorie d’une publication du Forum économique mondial, datant de juillet et mentionnant déjà le cas d’Omicron, sous son nom scientifique (variant B.1.1.529). Si cet article a bien été écrit le 12 juillet dernier, il a été mis à jour "le 26 novembre pour inclure des informations sur le nouveau variant B.1.1.529", précise l’auteur en début de sujet. Une pratique courante dans le traitement des articles web et qui explique assez simplement cette mystérieuse mention du variant Omicron dans un sujet datant de cet été.

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Caroline Quevrain

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