Covid-19 : le défi de la vaccination

Covid-19 : faut-il déjà craindre une reprise de l’épidémie à l'automne ?

par Audrey LE GUELLEC
Publié le 8 juin 2021 à 15h55
Covid-19 : faut-il déjà craindre une reprise de l’épidémie à l'automne ?

Source : Christophe ARCHAMBAULT / AFP

INCONNUE - Le président du Conseil scientifique a expliqué mardi 8 juin s'attendre à un rebond de l'épidémie de Covid-19 au sortir de la période estivale. D'autres spécialistes redoutent ce cas de figure, et ce, à plusieurs titres.

Le bout du tunnel est-il si proche qu'il y parait en France ? À la veille d'une nouvelle levée des restrictions en France qui marquera la troisième et avant-dernière phase du déconfinement, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a fait part de ses craintes. 

Selon lui, "une reprise" de l'épidémie de Covid-19 est à redouter "en septembre ou octobre". Une quatrième vague ? On peut l'appeler ainsi, a-t-il estimé sur RTL même si "elle sera très différente des premières". D'autres spécialistes appuient cette hypothèse, et ce, pour plusieurs raisons.

Quid du taux de vaccination cet été ?

"La période qui m'inquiète, ce n'est pas tant octobre, où on sera vaccinés", expliquait notamment il y a peu le Pr Gilbert Deray, médecin à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, sur LCI, se montrant lui aussi beaucoup plus nuancé, voire "inquiet", sur la période qui va s'écouler d'ici là et la rentrée. "Ce que j'attends, c'est cette boite noire dans les deux ou trois prochains mois, c’est-à-dire entre maintenant et septembre. Et je ne sais pas ce qu'il va se passer parce que c'est une course de vitesse entre vaccination et épidémie", avait-il ajouté. Et de rappeler : "Attention, l'immunité collective, on dit que c'est 80%... Si on stagne à 60%, comme certains pays, on risque d'avoir une nouvelle vague".

Quelle stratégie avec quel vaccin ?

L'épidémiologiste Martin Blachier est aussi de cet avis. "Ce qui est déterminant, c'est la stratégie, le taux de vaccination et aussi le vaccin utilisé" a-t-il expliqué à 20 Minutes la semaine dernière. "Cet été, comme l’année dernière avec la couverture estivale, on va connaître une accalmie dans la propagation du virus", a-t-il détaillé, ajoutant que "les deux vaccins ARN ont des taux d’efficacité supérieurs en particulier sur la transmission, même si sur les cas graves ils sont tous très efficaces." 

Et d'insister : "la vraie question, c'est ce qu’il va se passer en septembre octobre. C’est là que les stratégies à mettre en place doivent se réfléchir. Quel que soit le variant qu’on aura à la rentrée, c’est la manière dont on aura vacciné qui sera déterminante. Et si on se plante, ça ne sera pas à cause d’un variant, mais d’une mauvaise couverture vaccinale."

Quid de la réouverture des frontières ?

En marge de cette "course de vitesse entre vaccination et épidémie", le Pr Gilbert Deray avait également évoqué le 19 mai comme autres inconnues pour les mois à venir, le risque de diffusion, selon bien réel, dans les écoles, mais aussi réouverture des frontières. Si à l'été 2020, très peu de vacanciers se sont risqués à voyager hors de leurs frontières, il pourrait en être autrement cet été alors que les Européens s'organisent pour accueillir les touristes, entre tests PCR, pass sanitaire, mesures à respecter sur place.

Pour rappel, les Européens vaccinés contre le Covid-19 pourront entrer en France sans test PCR à partir du 9 juin alors qu'une preuve de test négatif (PCR ou antigénique) sera toujours exigée pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni et des États-Unis notamment, qu'ils soient vaccinés ou non, selon un document publié vendredi 4 juin par le gouvernement.

Quid de la levée du port du masque ?

"Il faut être raisonnable, les gens qui sont à la campagne, qui vont être sur les plages, qui vont se balader, vont dire bon, attendez les experts, arrêtez, on est capables de porter le masque là où il faut", présage aussi Jean-François Delfraissy, estimant qu'"il sera très difficile de garder le masque après le 30 juin." Or, pour l'heure selon lui, le port du masque, y compris à l'extérieur, reste de rigueur. "Jusqu'à maintenant on était à l'extérieur et maintenant on va ouvrir à l'intérieur. Et c'est bien là où ça va se jouer", a encore dit le président du Conseil scientifique. Et de poursuivre : "Je n'ai pas d'inquiétude si les Français sont raisonnables, si on arrive à maintenir le respect des gestes barrière, le port du masque, y compris à l'extérieur, au moins jusqu'au 30 juin (...) il faut qu'on le fasse en particulier dans les très grandes villes. Ça va se jouer à Paris, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux". 

Alors que plusieurs villes ont déjà fait le choix de lever l'obligation de porter le masque à l'extérieur, le ministre de la Santé Olivier Véran a confirmé ce dimanche 6 juin que la règle pourrait être amenée à évoluer cet été selon où l'on se trouve. Mais cette perspective ne fait pas l'unanimité parmi les experts, d'aucuns estimant que l'intérêt du port du masque obligatoire à l'extérieur est de simplifier le message à destination du public : si le risque de contamination à l'air libre est moindre, il n'est pour autant pas nul.

Quid de la météo

Reste l'inconnue autour d'un éventuel impact de la météo sur l'épidémie. Il y a quelques semaines, la théorie selon laquelle le coronavirus suivrait le cycle des saisons avait notamment ressurgi quand le retour des beaux jours s'est accompagné d'une diminution de la circulation du virus en France et vice-versa. Le ministre de la Santé Olivier Véran avait lui-même fait référence aux saisons le 20 mai dernier interrogé sur LCI par Ruth Elkrief. Se voulant "prudent pour dire si c'est complètement derrière nous", il avait expliqué que, s'agissant du Covid, "il faut suffisamment de recul". Notamment parce qu',"on sait que la période automnale est propice à la diffusion du virus et est à risque de déclencher des vagues épidémiques". 

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C'est d'ailleurs entre autres la météo estivale qui fait dire à Jean-François Delfraissy que l'"on devrait, avec cette dynamique de vaccination, avoir un été qui devrait se passer dans des conditions plutôt satisfaisantes". 


Audrey LE GUELLEC

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