L'info passée au crible

Le programme en médecine enseigne-t-il de ne pas vacciner en pleine épidémie ?

Caroline Quevrain
Publié le 5 janvier 2022 à 21h34, mis à jour le 6 janvier 2022 à 16h59
Image d'illustration

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Source : DAMIEN MEYER / AFP

FAKE - Une publication sur Twitter sous-entend que les étudiants en médecine apprennent que les campagnes de vaccination sont contre-indiquées en période d’épidémie. C’est faux et totalement contraire à ce qui est recommandé par les autorités de santé.

Autour des vaccins, les rumeurs vont bon train. En particulier sur les réseaux sociaux, où tout peut être avancé et repris, sans forcément apporter de preuve. "Dans le programme en faculté de médecine, il est enseigné qu’il ne faut pas vacciner en pleine ‘épidémie’ !!"

Cette publication soutenue par plus de 6000 personnes et publiée par L’Infirmier, un compte particulièrement actif sur la pandémie, laisse donc entendre que la vaccination est incompatible avec une période de circulation intense d’un virus ou d’une bactérie. Et que cela est contenu dans le programme enseigné aux étudiants en médecine, sans aucune autre précision. 

Aucune information n’est apportée sur la vaccination (contre le Covid ou vaccination de routine), ni sur l’enseignement en question. Car s’il existe un programme commun, celui-ci se décline de plusieurs manières par les enseignants dans les facultés. L’existence d’un seul programme en fac de médecine ne veut donc rien dire. Pour y voir plus clair, nous avons interrogé plusieurs protagonistes, directement concernés par la question : tous démentent cette affirmation, dénaturée de tout contexte, et insistent sur la nécessité au contraire de poursuivre un calendrier vaccinal pendant une épidémie. Par ailleurs, aucun des différents cours d’immunologie que nous avons pu consulter ne contre-indique de vacciner lors d’une épidémie.

Contacté dans un premier temps, le président de l’Anemf, l’Association nationale des étudiants en médecine de France, assure n’avoir jamais vu un tel principe enseigné dans les programmes actuels. L’étonnement est le même dans le monde enseignant. "Il n’a jamais été enseigné dans la faculté de médecine de Sorbonne Université la notion qu’il ne fallait pas vacciner en période d’épidémie. Ceci n’a aucun sens et va contre tous les principes de prévention que nous enseignons", nous assure le doyen de la faculté de médecine de la Sorbonne, le Pr Bruno Riou, pour qui ce type de discours "ne repose sur aucune base scientifique et pourrait avoir des effets délétères pendant la crise sanitaire que nous traversons". 

La poursuite des vaccins de routine en Afrique

Le Pr David Boutoille, président du Collège des universitaires de Maladies Infectieuses et Tropicales, réfute lui aussi une affirmation "sortie comme souvent de son contexte pour des visées douteuses" : "Au contraire, il est indispensable de continuer le calendrier vaccinal pendant la période actuelle, afin que les enfants ou toute autre personne relevant de vaccinations ne courent pas en plus un risque de développer d'autres infections". 

En Afrique par exemple, où des maladies infectieuses sévères continuent de se propager vu la faible couverture vaccinale, les organismes de santé incitent à poursuivre les vaccinations dites de routine chez les enfants pour des raisons de santé publique. Gavi, l’Alliance du vaccin, s’est penchée sur leur balance bénéfices/risques pour les enfants pendant l'épidémie de Covid-19. Il apparait clairement que la poursuite de la vaccination est avantageuse. "Dans notre ‘pire’ scénario, nous avons constaté que le fait de vacciner comme à l’accoutumée permettrait d’éviter environ 700.000 décès d’enfants. La rougeole et la coqueluche seraient à l’origine de la plupart de ces décès", d'après l’organisme chargé de financer la vaccination de millions d’enfants de pays pauvres. Dans son "meilleur scénario", le bénéfice est là aussi plus grand que le risque de contracter la maladie, avec 3000 enfants sauvés par la vaccination.

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Mais revenons en France, où il peut cependant exister un cas très particulier de report d'un vaccin au cours d'une épidémie : "Ce qu'on enseigne aux étudiants est que, chez un patient en pleine infection, il est préférable de différer une vaccination, non pas parce qu'elle est dangereuse mais parce que la réponse immunitaire est moins bonne de la part d'un système immunitaire déjà occupé à combattre une infection en cours. Cela ne s'applique qu'à un patient clairement symptomatique", détaille le Pr David Boutoille. Concrètement, le patient devra attendre que son système immunitaire soit renforcé pour se faire vacciner et non pas la fin de l'épidémie. 

C'est particulièrement le cas pour les enfants, chez qui la vaccination peut être retardée pour ces raisons, comme l’avance le Pr Bruno Riou. Cette recommandation, faite depuis de nombreuses années, se justifie pour éviter un risque de coïncidence, qui attribuerait au vaccin un symptôme lié à la seule maladie et non au vaccin lui-même. Mais ces consignes, qui avaient surtout pour effet de retarder les vaccins de routine chez les nourrissons, ont été modifiées en 2019 pour se limiter aux infections sévères. D’après le calendrier vaccinal de 2021, "l’existence d’une maladie fébrile ou d’une infection aiguë modérée à sévère ne contre-indique pas la vaccination mais peut conduire à la différer de quelques jours".

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