ANXIÉTÉ - Une étude québécoise révèle que les personnes les plus inquiètes face à la crise sanitaire ont davantage de difficultés à traiter et retenir une information, mais aussi à évaluer une situation. Elles prennent donc plus facilement des risques.

Sans avoir été contaminé par le virus, nous serions susceptibles de voir nos capacités cognitives altérées, seulement à cause des inquiétudes suscitées par la crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongées depuis près de deux ans. C’est ce que révèle une étude canadienne publiée le 1er décembre, réalisée par deux centres de recherche de Montréal, l’Université McGill et l’Institut-hôpital neurologique. 

Les scientifiques ont observé que les personnes les plus anxieuses face à l’épidémie sont plus lentes pour traiter une information et leur mémoire est moins performante. Des accrocs d’autant plus inquiétants à l’heure où des décisions capitales sont à prendre en matière de santé notamment, comme sur la vaccination, souligne cette analyse. 

"Nos capacités à réfléchir, à planifier et à évaluer les risques diminuent"

"Alors qu'une série de travaux récents ont documenté les effets directs de la pandémie sur la santé mentale, on en sait moins sur les conséquences qu'elle pourrait avoir sur le fonctionnement cognitif", souligne dans son introduction l’étude, publiée dans la revue américaine PLOS ONE. C'est désormais chose faite : plus de 1500 Américains ont été interrogés en ligne entre avril et juin 2020 au sujet du "risque perçu de contracter le Covid-19, le stress financier et le stress général"

Il leur a été demandé notamment à quelle fréquence ils se sentaient nerveux ou stressés, s’ils suivaient en continu les informations sur l’épidémie, mais aussi s’ils s’inquiétaient pour eux et leurs proches d’un "manque de logement, de nourriture ou de médicaments" dans les semaines suivant le questionnaire, détaille le journal québécois La Presse

Les sondés ont aussi rempli une batterie de tests psychologiques "pour mesurer leurs capacités cognitives de base", indique ce communiqué. Bilan : les performances dans des "tâches cognitives simples" ont diminué par rapport à l’avant crise, avec notamment une baisse des capacités de concentration. 

"Les déficiences associées à l’inquiétude, observées dans ce cas, laissent penser qu’en période de stress élevé, comme une pandémie mondiale, nos capacités à réfléchir, à planifier et à évaluer les risques diminuent", alerte ainsi dans un communiqué Kevin da Silva Castanheira, diplômé du département de psychologie de l’Université McGill et principal auteur de l’étude. 

Les personnes anxieuses plus enclines à prendre des décisions à risque

L’étude relève aussi que les individus les plus inquiets étaient ceux qui avaient "une perception faussée des niveaux de risque décrits" : ils surestiment les éventualités improbables et sous-estiment celles qui sont plus réalistes. Autrement dit, plus les participants étaient anxieux, plus ils étaient susceptibles de prendre des décisions risquées, car leur capacité de jugement s'altère, notamment dans le champ de la vaccination, relève La Presse

L’attitude face au risque des participants a en effet été mesurée, à l’aide d’une simulation leur demandant de faire "une série de choix hypothétiques" entre une option "certaine", qui promettait par exemple de gagner une certaine somme d’argent, et une option "risquée", où il existait une chance de ne rien gagner. 

Chez les personnes les plus angoissées, les scientifiques ont observé que "leur sensibilité augmentait face aux probabilités qu’elles avaient de prendre des risques". Et ces individus sont susceptibles d'entrer dans un cercle vicieux, en étant d'autant plus à l'affût d'informations sur l'épidémie et la vaccination, poursuit l'étude.

"À l’avenir, il importera de comprendre pourquoi certaines personnes réagissent plus fortement au stress que d’autres pour proposer des stratégies d’adaptation afin d’en atténuer les effets", lance dans le communiqué la Dr Madeleine Sharp, chercheuse et neurologue à l’Institut-hôpital neurologique. 

L’étude estime également que davantage de travaux devraient être menés pour déterminer en quoi ce niveau de stress peut jouer sur l’adhésion aux mesures de santé publique, en particulier au sujet de "l’acceptation loin d’être universelle de la vaccination" - tout en prenant en compte les "différences individuelles" en sus des circonstances de l’épidémie.


Maëlane LOAËC

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