Covid-19 : le défi de la vaccination

Covid-19 : recul, utilité, dosage... 6 questions sur la vaccination des enfants

Audrey LE GUELLEC
Publié le 17 décembre 2021 à 16h02, mis à jour le 17 décembre 2021 à 16h40
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

EN BREF - Le comité français d'éthique s'est prononcé vendredi en faveur de l'ouverture de la vaccination anti-Covid à tous les 5-11 ans, en insistant sur le fait de laisser le choix aux parents. Or, plusieurs points concentrent les doutes de ces derniers, comme des experts, sur la question.

C'est un nouveau pas vers la vaccination des enfants français. L'ouverture à tous les 5-11 ans apparaît proche ce vendredi après un avis favorable du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), y posant toutefois de nombreuses conditions à commencer par l'exclusion de toute obligation, et de mise en place de pass sanitaire comme c'est le cas pour les adultes et les adolescents.

Mais le sujet est sensible, plus des deux tiers des parents étant opposés à l'idée de faire vacciner leurs enfants, selon un sondage Elabe pour L'Express, BFMTV et SFR publié jeudi. Du côté des scientifiques, la question de la balance bénéfice-risque fait aussi l'objet de vifs débats. 

A-t-on assez de recul ?

Pour beaucoup, c'est le recul sur les effets de la vaccination sur les plus jeunes qui manque pour sauter le pas. Du côté des parents, Laurent Zameczkowski, administrateur de la fédération de parents d'élèves Peep, précise que l'inquiétude porte "essentiellement sur les effets à long terme". Certains "craignent de prendre une décision qui impacte lourdement l'avenir de leurs enfants alors qu'ils semblent ne pas être en danger avec le Covid sauf pathologique particulière comme l'HAS le souligne" détaille-t-il. 

Et de poursuivre : "On sent que les scandales comme le Distilbène, même s'il s'agit d'un traitement, ont encore un poids comme les doutes qui existent encore sur le vaccin hépatite B ou même papillomavirus." Auprès du Télégramme, Christèle Gras-Le Guen, cheffe des urgences pédiatriques du CHU de Nantes et présidente de la Société française de pédiatrie, estime, elle aussi, qu'"on n’a pas encore le recul suffisant".

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"Le recul en matière de tolérance de la vaccination des jeunes enfants est très limité puisque, dans les essais cliniques, il n'y a quand même pas beaucoup d'enfants", abonde auprès de Franceinfo, Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations de la HAS. "Nous aurons bientôt les données de l'expérience américaine puisque les Américains auront vacciné plusieurs millions d'enfants donc, s'il y a des problèmes particuliers de tolérance, cela apparaîtra dans les essais cliniques", précise-t-il.

Quels effets secondaires ?

Le 9 novembre dernier, The New England journal of medicine publiait les résultats d’une étude réalisée sur 1 517 enfants avec le sérum de Pfizer, et présentant l’administration de ce vaccin comme "sûre", avec 90 à 96 % d'efficacité. Selon cette étude, les effets secondaires concernent principalement des douleurs dans le bras à la suite de l’injection (71% des cas), de la fatigue (39% des cas) et des maux de tête (dans 28% des cas). Si l’échantillon a été un peu élargi à la demande des autorités de contrôle américaines (FDA), le nombre d’enfants inclus dans cette étude reste toutefois trop peu élevé pour se prononcer sur les effets secondaires graves, plus rares, notamment les risques cardiaques de péricardite et de myocardite. 

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À noter qu'avant d’avoir ouvert la vaccination aux 5-11 ans, le Canada a de son côté effectué un "examen scientifique approfondi et indépendant" des "données probantes", concluant à des résultats similaires. Ce sont d'ailleurs sur ces derniers que s'est appuyée l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour approuver le vaccin américain le 25 novembre. "Les effets secondaires, qui peuvent durer quelques jours, ont été jugés légers ou modérés", a rassuré Marco Cavaleri, chef de la stratégie vaccinale de l’EMA. Les retours de différents pays, s'étant lancés depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois dans la vaccination des enfants, semblent aller dans ce sens. Reste à savoir désormais si les données de pharmacovigilance recueillies à partir de la vaccination des enfants à grande échelle dans les pays l'ayant déjà autorisée confirmera également l'absence d'effets secondaires plus rares.

Quelle utilité ?

Selon la Haute autorité de la Santé française (HAS), les enfants restent 25 fois moins susceptibles de développer une forme grave de la maladie. D’un point de vue médical et individuel, l’intérêt de la protection vaccinale apparait donc bien plus limité que pour les adultes, et a fortiori que pour les seniors et les personnes à risque. "Pour que ce soit efficace à protéger des formes graves, il faut trois doses, les enfants ne font pas de formes graves, et avant qu'ils aient trois doses, on aura un autre vaccin", s'interroge par exemple un parent se décrivant comme "pro vax" sur la Toile, quand un second écrit : "Ne vaut-il pas mieux que les enfants se chopent ce virus tant qu'il ne leur fait rien, leur immunité sera a priori meilleure qu'avec un vaccin qui ne code que la Spike ?".

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Si bénéfice il y a, il est en fait essentiellement collectif, une telle mesure visant à éviter que les enfants deviennent les principaux vecteurs de l'épidémie. Les enfants contribueraient ainsi à protéger leurs parents, et leurs grands-parents. Sur ce point, les sociétés savantes de pédiatrie ont publié, le 15 novembre, un communiqué dans lequel elles estiment que le "bénéfice collectif" serait "incertain", compte tenu de l’efficacité relative du vaccin contre la transmission du virus.

Des bénéfices directs ?

Le CCNE a affirmé s'être décidé bel et bien en fonction de l'intérêt individuel pour les enfants, bien plus que du bénéfice collectif pour l'ensemble de la société. "Le risque de forme sévère existe (même s')il est faible", note l'obstétricienne Alexandra Benachi, membre du CCNE. "Pourquoi devrait-on accepter que les enfants soient hospitalisés ou aient des séquelles du Covid long ? Aux États-Unis, plus de 3 millions d’enfants ont reçu le vaccin, et il n’y a aucun cas de myocardite déclaré", avance l’épidémiologiste Dominique Costagliola qui s’inquiète aussi des conclusions d'une étude récente, menée dans dix pays européens. "Cette enquête confirme que les taux d’hospitalisations sont très faibles, mais que, parmi celles-ci, 83 % des enfants n’avaient pas de facteurs de risque. Est-ce qu’on considère que c’est grave ou pas ? ".

Outre l'aspect purement médical, celle-ci évoque l'importance d'éviter des fermetures de classes alors que les contaminations s'envolent chez les enfants. Mais du point de vue des sociétés savantes de pédiatrie, le bénéfice "social" est moins important qu’aux États-Unis, par exemple, où les classes avaient été fermées pendant quarante-sept semaines, contre dix seulement en France . Plus généralement, elles considèrent dans leur communiqué du 15 novembre que le "bénéfice individuel direct " pour les enfants serait "très modeste", compte tenu du faible nombre de cas graves dans cette population, à savoir 3 décès, 226 séjours en soins intensifs, 351  syndromes inflammatoires pédiatriques et 1 284 hospitalisations recensés, selon Santé publique France.

Quid des enfants déjà infectés sans le savoir ?

Pour éviter que les enfants atteints par le Covid ces derniers mois reçoivent deux doses, le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale préconise de systématiser les tests sérologiques. Objectif : déterminer en quelques minutes, via une goutte de sang, si vous avez été précédemment contaminé par le virus. Si c'est le cas, une seule dose suffit pour conférer la protection optimale. Dans le cas contraire, deux injections restent nécessaires.

À titre de repère, le COSV, présidé par Alain Fischer, estime en effet qu'une part importante des moins de 12 ans a contracté le Covid-19 depuis le début de la pandémie. "Un taux de séropositivité de 18% a été recensé en juin chez les enfants de cette classe d'âge", indique-t-il dans un avis rendu public ce mercredi. "Il est probable que ce chiffre soit nettement plus élevé dans le contexte de la cinquième vague", alors que le taux d'incidence des jeunes est l'un des plus importants du pays.

Quel dosage le cas échéant ?

"Les données des essais cliniques ont montré qu'avec une dose réduite d'un tiers de quantité d'ARN, on peut bien protéger les enfants et apparemment ça se passe bien", a bien précisé sur LCI le Président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale anti Covid-19, Alain Fischer, insistant sur le fait qu'il s'agit du même vaccin que pour adultes "mais à dose diminuée". "10 microgrammes de Pfizer au lieu de 30 pour être très précis", a-t-il détaillé. 

À ce titre, la couleur des bouchons des flacons destinés aux jeunes enfants, orange comme la bordure d'étiquette, permet de les distinguer de ceux contenant une dose plus élevée, pour rappel aux bouchons violets.


Audrey LE GUELLEC

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