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Covid, Syrie, présidentielle "truquée"... Jean Lassalle multiplie les sorties aux accents conspirationnistes

par Thomas DESZPOT
Publié le 11 octobre 2022 à 19h03
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Jean Lassalle, candidat à la présidentielle au printemps, affirme avoir souffert d'effets secondaires graves liés aux vaccins Covid.
Dans le même temps, il assure qu'Emmanuel Macron et les membres du gouvernement ont menti sur leur vaccination.
Ces récentes sorties s'ajoutent à une rhétorique conspirationniste observée depuis plusieurs années chez l'ancien député.

Candidat à la présidentielle au printemps dernier, Jean Lassalle a abandonné son siège de député des Pyrénées-Atlantiques lors des législatives qui ont suivi. Désormais à la tête du mouvement "Résistons", dont il est le fondateur, il a donné ces derniers jours une interview dont certains extraits sont très largement repris sur les réseaux sociaux. Il pointe notamment du doigt les vaccins contre le Covid, qu'il juge responsables de plusieurs opérations du cœur qu'il a eu à subir depuis le début de l'année.

Dans le même temps, l'ancien élu assure qu'Emmanuel Macron a menti aux Français, en ne se faisant en réalité pas vacciner. Pas plus, continue-t-il, qu'une bonne partie de ses ministres et des députés à l'Assemblée nationale. Des propos qui ont été relayés et salués par des militants hostiles à la vaccination, très mobilisés sur les réseaux sociaux. Ces déclarations, qui ne sont étayées d'aucun élément de preuve, confirment un virage entamé depuis plusieurs années déjà par Jean Lassalle. Il a en effet multiplié les prises de positions aux accents conspirationnistes.

Les vaccins dans le viseur de l'ancien député

Jean Lassalle explique avoir subi 4 opérations depuis janvier et met en cause un vaccin qui a failli le tuer, lui ayant "déforme le cœur". Alors que les maladies cardiovasculaires sont malheureusement très communes en France (il s'agit de la deuxième cause de mortalité après les cancers), l'ex-élu assure sans l'ombre d'un doute que ses problèmes de santé sont imputables à sa vaccination. S'il est impossible de lui donner tort sans avoir accès à son dossier médical, notons que lors de l'entretien, il ne fournit aucun élément permettant de justifier le rôle du vaccin. Par ailleurs, il faut souligner que les très rares problèmes cardiaques observés par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) suite à des vaccinations sont des myocardites et péricardites : il s'agit ici d'inflammations et pas de "déformations" du cœur. Or, Jean Lassalle évoque bien une "déformation"

Le passage relatif à la vaccination d'Emmanuel Macron ou de ses ministres est tout aussi flou : le président de Résistons n'étaye d'aucune preuve ses accusations et laisse simplement planer l'idée selon laquelle le pouvoir politique aurait largement menti aux Français en prônant une vaccination qu'il refusait très largement. Dans le même temps, Jean Lassalle tient des propos confus : il assure ainsi qu'on lui a injecté le vaccin Janssen, mais évoque des "vaccins que vous ne maîtrisez pas, qu'on envoie dans le génome", laissant entendre qu'il s'agit de technologies mal maîtrisées. Problème : le vaccin Janssen n'est pas similaire à celui de Pfizer ou Moderna, et n'utilise pas la technologie ARNm. Il est dit "à vecteur viral", une technologie connue et éprouvée dont l'ANSM explique qu'elle n'entraîne aucune modification du génome des cellules et ne forme pas de cellules génétiquement modifiées.

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L'interview, dont seule la première partie a pour l'heure été mise en ligne, est disponible sur la chaîne YouTube "NTD Français". Il s'agit de la déclinaison française de la chaîne NTD, basée aux États-Unis et qui se présentait à ses débuts comme un média traitant essentiellement de l'actualité chinoise, n'hésitant pas à se pencher sur des thématiques faisant l'objet d'une censure par les autorités de Pékin. La ligne éditoriale a pourtant évolué avec le temps, si bien que le Parisien, qui a réalisé une enquête sur cette structure, rapporte que NTD s'est imposé en France "en publiant des contenus destinés aux anti-vaccins, aux covidosceptiques et à l’extrême droite complotiste". La chaîne YouTube francophone, qui héberge l'entretien avec Jean Lassalle, compte en cette mi-octobre un peu plus de 200.000 abonnés. Parmi les autres interviews récentes, on retrouve celle de Fabrice Di Vizio, avocat sulfureux pointé du doigt à de multiples reprises pour avoir relayé des fake news autour de l'épidémie de Covid-19. Il faut souligner que NTD est lié à un mouvement spirituel nommé Falun Gong, interdit et réprimé en Chine.

Jean Lassalle, un pas de plus vers le conspirationisme

Ce n'est pas la première fois que des propos de Jean Lassalle sont assimilés à des positions conspirationnistes. Au cours du même entretien, il ne nie pas le réchauffement climatique mais estime que celui-ci fait l'objet d'une instrumentalisation pour "effrayer toute la population". Il déplore aussi la décrépitude du système de santé en assurant, très sérieux, que dans les campagnes, "la plupart, la moitié au moins des enfants naissent au bord des routes" faute de maternités à proximité.

Ces dernières années, l'ancien responsable du MoDem assurait lors d'un débat portant sur les Gilets jaunes que "c’est la CIA entièrement qui a voulu lancer ces Printemps arabes pour mieux neutraliser et foutre en l’air des gens de façon à mettre le chaos absolu". La rhétorique de l'ex-député a par ailleurs évolué avec le temps, le voyant multiplier les références aux "puissants", au "système" ou aux "élites", des termes qui sont notamment repris largement dans l'un de ses ouvrages, paru en juin 2020, dans un chapitre qui porte sur ce qu'il nomme le "totalitarisme mou". Ces expressions sont reprises très largement à travers les théories conspirationnistes, qui cherchent à décrédibiliser les pouvoirs politiques établis et à les accuser de manipulations massives des populations. La défiance de Jean Lassalle envers les institutions s'était également manifestée lors de la dernière élection présidentielle, qui était "complètement truquée" selon ses mots. 

Durant la pandémie, notons que Jean Lassalle a reçu le soutien de l'ancienne députée Martine Wonner, accusée à de multiples reprises de désinformation et figure des opposants à la vaccination. Il a aussi relayé le très controversé "documentaire" Hold-Up, condensé de fake news autour de l'épidémie.

Enfin, France Inter rappelle qu'il y a quelques années, l'ancien député des Pyrénées-Atlantiques avait mis en doute le fait que Bachar-al-Assad ait bombardé son peuple. Sur la plateau de France 2, il expliquait avoir rencontré le dictateur syrien avec un groupe de parlementaires français et avoir pu échanger avec lui. Une discussion qui aurait fait vaciller ses certitudes. "Moi aussi, j'ai cru qu'ils étaient avérés", glissait Jean Lassalle au sujet des bombardements du régime sur sa propre population, mais "aujourd'hui, je n'en suis pas sûr", poursuivait-il. 

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