Mayotte : cinq chiffres pour comprendre la pression migratoire qui s'exerce sur l'île

Publié le 12 février 2024 à 18h32

Source : JT 20h WE

Depuis trois semaines, une partie de la population à Mayotte se mobilise.
Les manifestants dénoncent notamment une immigration massive vers l'île.
Voici cinq chiffres pour comprendre la situation.

Mayotte est traversée par de nombreuses crises et l'une d'entre elles serait l'immigration incontrôlée. Depuis trois semaines, c'est notamment pour cette raison que des collectifs de citoyens se mobilisent et bloquent la circulation à différents points de l'île. Une situation qui n'est pas nouvelle et qui est en partie liée à la situation géographique de l'archipel de l'océan Indien. Alors que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé une révision constitutionnelle afin de supprimer le droit du sol, voici cinq chiffres pour expliquer la pression migratoire qui s'exerce sur le territoire français.

Trois quarts des habitants sous le seuil de pauvreté

Mayotte est considéré comme le département le plus pauvre de France. En 2018, selon l'Insee, 77% de la population vivait sous le seuil de pauvreté national, soit plus de 200.000 personnes. En 2022, 42% de la population y vivait avec moins de 160 euros par mois et seuls 30% des 15-64 ans avaient un emploi, selon l'Insee. Par ailleurs, 30% de l'habitat de l'île est "informel", souvent composé de bidonvilles insalubres, a aussi estimé récemment Matignon. Des lieux où la délinquance et le sentiment d'insécurité sont particulièrement présents : les habitants de Mayotte sont trois fois plus victimes de vols avec ou sans violences que ceux de métropole, selon des données de l'Insee portant sur 2018 et 2019.

Pour autant, l'archipel de l'océan Indien est considéré comme un territoire riche par rapport à ses voisins immédiats, Madagascar, à 350 km, mais surtout l'Union des Comores, dont la proximité facilite l'immigration clandestine. Anjouan, l'une des trois grandes îles qui composent cet État indépendant depuis 1975, est situé à moins de 70 km et le pays est considéré comme l'un des plus pauvres au monde.

48% d'étrangers à Mayotte

Mayotte est le département où l'accroissement de la population est le plus élevé en France, devant la Guyane. Selon une estimation de l'Insee parue en janvier 2023, cet espace de 375 kilomètres carrés compte 310.000 habitants. Mais, selon la Chambre régionale des comptes, ce chiffre serait "fortement sous-estimé". Parmi les habitants, 48% seraient des immigrés comoriens ou d'autres pays d'Afrique, selon une étude de l'Insee datant de 2019.

La tendance est à l'accélération puisque toujours selon l'Insee, la croissance de la population est particulièrement dynamique. De 2012 à 2017, elle s'accroissait de 3,8% par an en moyenne. Or cette croissance démographique pose problème, car elle pèse sur les ressources limitées de l'île. Ainsi, depuis le mois d'août, le territoire est confronté à une importante crise de l'eau.

Un tiers des étrangers à Mayotte sont nés sur l'île

La forte croissance démographique de l'île provient donc en partie des flux migratoires, mais surtout des naissances. Or, celles-ci sont principalement portées par des parents d'origine étrangère. Le bilan démographique 2022 de l'Insee consacré à l'île souligne que comme chaque année depuis 2016, 75% des mères ayant des enfants sont de nationalité étrangère (68% de naissances de mères comoriennes, 6% de mères malgaches et 1% du reste du monde, majoritairement d’Afrique de l’Est). La moitié des pères ayant un enfant sont de nationalité étrangère, essentiellement comorienne. 

Au final, 55% des nouveau-nés de 2022 ont au moins un parent français et naissent ainsi français. Pour autant, avec la suppression du droit du sol proposée par Gérald Darmanin, les enfants nés de deux parents étrangers ne pourront plus obtenir la nationalité française, comme cela était possible précédemment, même avec la condition que l'un des parents ait, au jour de la naissance, été présent de manière régulière depuis trois mois.

90,5% des admissions sont familiales

Selon l'entourage du ministre de l'Intérieur, l'admission au séjour à Mayotte est principalement familiale et représente 90,5% des titres de séjour délivrés par la préfecture en 2019. "En 2020, disposer de liens privés et familiaux avec une personne française ou être mère d’un enfant français représentaient 93% des motifs de délivrance de titre", explique-t-on.

Or la dernière loi immigration vise à rendre plus difficiles les conditions de regroupement familial. Jusqu'ici, un étranger en situation régulière pouvait faire venir sa famille après 18 mois de résidence régulière. Désormais, il faudra qu'il attende 24 mois. Des conditions de ressources de la part de la personne qui fait venir sa famille et la maîtrise d'un certain niveau de français pour les personnes qui arrivent seront par ailleurs demandés. Pour le ministère de l'Intérieur, ce durcissement des conditions devrait par conséquent diminuer l'émission de titres de séjour.

22.000 personnes expulsées en décembre 2023

Avant même les annonces de Gérald Darmanin, des mesures dérogatoires étaient déjà en vigueur à Mayotte, dans le but de contrôler l'immigration sur ce territoire. En matière d'expulsion notamment, les recours devant les tribunaux administratifs ne sont pas suspensifs. Les OQTF sont appliquées, même en cas de recours. Cela conduit à placer massivement les étrangers en situation irrégulière en centre de rétention administrative (CRA). 

Cela a concerné 26.020 personnes en 2022, ce qui signifie que le CRA de Mayotte a concentré à lui seul 60% des placements en rétention de l'ensemble des 25 centres de métropole et d'outre-mer (43.000 personnes), selon un rapport associatif. En 2023, un nombre record d'expulsions ont aussi été poursuivies, bien que l'opération Wuambushu, lancée au printemps 2023 et destinée à lutter contre la criminalité, l'immigration illégale et l'habitat insalubre à Mayotte, n'a pas eu les résultats escomptés sur son volet migratoire. En décembre 2023, on comptait malgré tout l'expulsion de 22.000 personnes vers les Comores.

Mais si les expulsions sont poursuivies dans le but de réduire l'immigration illégale, elles conduisent aussi à accroître le nombre de mineurs isolés à Mayotte. Il y en avait près de 4500 en 2016, selon un rapport du Sénat. Une partie d'entre eux intègrent alors des bandes dans une délinquance de survie, entraînant dans leur sillage tous types de profils dans des guerres de territoire. Une situation qui contribue à la hausse de l'insécurité, constatée dans l'archipel de l'océan Indien.


Aurélie LOEK

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