Agriculture : fin du Salon... et retour des mobilisations ?

par Emma FORTON
Publié le 4 mars 2024 à 19h18

Source : JT 13h WE

Le Salon de l'agriculture 2024 s'est achevé ce dimanche, après avoir accueilli un peu plus de 603.000 visiteurs en neuf jours.
L'occasion pour les agriculteurs de faire le point sur la mise en œuvre des mesures annoncées par le gouvernement.
Face à un bilan qu'ils jugent en demi-teinte, de nombreux syndicats agricoles envisagent de nouvelles mobilisations.

Un coup d'envoi chaotique et une fréquentation en léger recul. La 60ᵉ édition du Salon de l'agriculture s'est terminée dimanche soir, après avoir accueilli 603.652 visiteurs, soit un peu moins que l'édition précédente qui avait rassemblé 615.204 personnes. Pas de quoi abattre les syndicats agricoles, qui dressent un bilan globalement positif de l'événement, organisé en plein cœur de la crise que traverse le secteur. 

"Il y a eu beaucoup de visiteurs. Nous ne pouvons que nous réjouir que les Français continuent de venir échanger avec nous dans ce moment si important", réagit Rémi Dumas, vice-président de Jeunes Agriculteurs (JA), auprès de TF1info.

Le Salon a permis de recréer de la confiance avec le monde politique

Au-delà du grand public, le Salon aura aussi permis de multiplier les échanges avec les responsables politiques. Des rencontres en forte hausse cette année, avec 83 visites d'élus recensées contre 52 l'an dernier. 

"Nous voulions être entendus, nous avons été entendus", affirme un autre représentant des JA. "Nous avons eu la chance de recevoir toutes les têtes de liste des élections européennes, de tous les horizons, mais aussi les groupes marchands. Le Salon a permis de recréer de la confiance avec le monde politique. C'était très enrichissant." Constat similaire pour Sophie Lenaerts, vice-présidente de la Coordination rurale : "Nous avons pu réellement discuter de nos problématiques", estime-t-elle.  

Encore du chemin à parcourir

Inscription de la souveraineté alimentaire dans la loi pour les JA, promesse d'un "plan de trésorerie d'urgence" pour la Coordination rurale... Les syndicats interrogés se félicitent d'avoir obtenu quelques avancées, se disant également satisfaits de la mise en place annoncée d'un rendez-vous mensuel avec le Premier ministre. Tous sont cependant unanimes : de la simplification administrative aux problèmes de compétitivité à l'international, il y a encore beaucoup à faire. 

"On est encore loin du compte", juge Sophie Lenaerts, qui attend que "la classe politique parle vrai". Même son de cloche chez les JA, pour qui la situation va "dans le bon sens" mais doit encore se concrétiser. "Les annonces sont faites. Maintenant, il faut qu'elles se mettent en route et qu'elles soient palpables dans les exploitations", relève Rémi Dumas. "La principale difficulté, c'est que toutes les filières et tous les territoires sont concernés, et avec des problématiques très différentes."

Au centre des préoccupations, la question de la rémunération, à laquelle Emmanuel Macron a répondu en proposant l'instauration de prix planchers. Une mesure qui suscite déjà des crispations. "La notion est encore maladroite", regrette le vice-président des JA. "Tout ce que nous voulons, c'est arrêter de vendre à perte", rappelle-t-il. Sa consœur de la Coordination rurale considère, elle, qu'"une remise à niveau est nécessaire" et que "tous les intermédiaires doivent faire des efforts". Et de souligner : "Ce ne sont pas uniquement les producteurs et les consommateurs qui doivent être pénalisés."

Les mesures évoquées ces dernières semaines devraient être discutées dès le 20 mars prochain, dans le cadre de la concertation sur le pacte et la loi d'orientation et d'avenir agricoles (PLOAA). Une phase de travail au cours de laquelle les syndicats resteront vigilants. "Nous allons retranscrire tout ce que nous avons entendu au Salon, bien vérifier que nous nous sommes compris avec le gouvernement", prévient la Coordination rurale. Pour les JA, qui appellent à "poursuivre ce travail de coconstruction des solutions", l'enjeu sera que "le texte ne soit pas trop dénaturé par rapport aux demandes de départ"

De nouvelles actions envisagées

Face à ce bilan en demi-teinte, certains agriculteurs ont d'ores et déjà retrouvé le chemin de la mobilisation. "C'est la base qui est meneuse du terrain", lâche Sophie Lenaerts. "Dès cette semaine, il y a des actions dans les régions et départements, notamment pour revendiquer l’aspect inadmissible de la garde à vue des agriculteurs qui ont déposé une simple gerbe alors que d'autres jettent des œufs sur les ministres et n'ont rien..." 

"Nous resterons sur des actions pacifistes pour ne pas se faire oublier et pour maintenir une pression jusqu'aux élections européennes", poursuit la représentante syndicale, qui réclame "un calendrier" de la part du gouvernement. "Il n'y pas de mot d'ordre national, mais nous restons vigilants."

On ne s'interdit rien

Un point de vue largement partagé par Arnaud Rousseau, le président de la puissante FNSEA. "Les braises sont encore brûlantes", a-t-il mis en garde dimanche sur BFMTV. "On continuera à avoir des actions sur le terrain dans les quinze jours qui viennent et au-delà. Penser que d'ici à quinze jours tout s'achèvera est une erreur, ce ne sera pas le cas."

Plus nuancés, les Jeunes Agriculteurs considèrent quant à eux que, "tant que le travail prend la bonne direction, il n'est pas question de repartir sur des manifestations d'ampleur sur le terrain". Si Rémi Dumas assure être "dans une démarche de cohésion", un autre syndicaliste avertit néanmoins que, "dans quelques semaines, si rien ne bouge, peut-être qu'il y aura des petits coups de pression". Avant de conclure : "On ne s’interdit rien, tout dépend de la capacité de travail des gouvernants et administrations."


Emma FORTON

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