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Crise de l'énergie : des prix de l'électricité multipliés par 30 pour les collectivités ?

Thomas Deszpot
Publié le 5 octobre 2022 à 19h03
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le maire de Neuilly-sur-Marne, 36.000 habitants, doit renégocier les contrats d'énergie de sa ville et dénonce des tarifs exorbitants.
Les prix de l'électricité sont aujourd'hui multipliés par 32 par rapport à ceux des précédents contrats, assure-t-il dans une vidéo.
Si ces ordres de grandeur sont à nuancer, de multiples collectivités se trouvent actuellement en difficulté.

Si les Français sont très attentifs à la hausse des prix de l'énergie et redoutent que leur facture explose dans les mois à venir, les élus sont également nombreux à être préoccupés au sein des collectivités territoriales. C'est le cas du maire (DVD) de Neuilly-sur-Marne en Seine, Zartoshte Bakhtiari, qui a alerté sur la situation de sa ville (36.000 habitants) à travers une vidéo sur les réseaux sociaux. 

L'élu explique que les contrats d'électricité et de gaz souscrits par la ville arrivent à leur terme à la fin du mois, et que leur renouvellement s'avère très délicat. Un appel d'offre n'a abouti à aucune proposition, si bien que la ville se trouve contrainte, dixit le maire, de s'approvisionner "au prix du marché". Les montants se révèlent "scandaleux et délirants", assure Zartoshte Bakhtiari, puisque pour l'électricité, "on passerait de 65 euros du mégawatt, à 2068 euros du mégawatt, le prix serait donc multiplié par 32". Son message d'alerte fait écho à celui d'élus bretons, à Morlaix notamment, qui relaient leurs difficultés dans les médias locaux.

Les collectivités pas toutes logées à la même enseigne

S'agit-il de "la faillite de toutes les communes", comme l'écrit le maire de Neuilly-sur-Marne sur les réseaux sociaux ? Pas tout à fait. En pratique, sa ville se trouve la plus délicate des situations : en effet, elle ne peut pas bénéficier de mesures gouvernementales telles que le bouclier tarifaire, récemment étendu par le gouvernement. Le cabinet de la ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, Caroline Cayeux, souligne auprès de TF1info que sont concernées les communes dont le budget "ne dépasse pas 2 millions d'euros" et qui "emploient moins de 10 agents". Cela représente une aide apportée à 28.000 communes, nous assure-t-on, soit "plus de 80%" d'entre elles. 

Neuilly-sur-Marne aura peut-être accès à un autre dispositif, dont la reconduction vient d'être actée. En début d'année, "la mise en œuvre du filet de sécurité voté dans la dernière loi de finance rectificative" est attendue. Il prévoit entre autres une "compensation de 70% des surcoûts énergie" et concerne les "communes et groupements de communes éligibles". En pratique, pourront y prétendre les collectivités dont l'épargne brute aura subi une chute d'au moins 25% au cours de l'année. L'enveloppe totale avoisine les 430 millions d'euros.

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Le 22 septembre, Emmanuel Macron incitait les élus à la patience. Les contrats d'énergie ? "Ne les signez pas aujourd'hui !", conseillait le chef de l'État, estimant plus judicieux d'attendre l'issue des discussions à Bruxelles cherchant à mieux réguler le marché. Pour autant, à Neuilly-sur-Marne, on explique n'avoir pas vraiment le choix. Ne pas signer de nouveau contrat reviendrait à la coupure par Enedis de tout approvisionnement en électricité. Une situation inconcevable. Que faire, dès lors ? TF1info a contacté Vincent Maillard, co-fondateur et président de Plüm Énergie, fournisseur qui compte notamment la mairie de Paris parmi ses clients. Il indique que "toutes les collectivités ne se trouvent pas aujourd'hui dans des situations comparables, puisque certaines ont signé des contrats l'an passé et sont donc assurées de bénéficier de tarifs fixes et raisonnables dans les mois à venir". En revanche, "c'est bien plus compliqué pour celles qui doivent renégocier, dans une période où les prix du marché de gros sont très élevés. On a des écarts de prix qui sont monstrueux", par rapport à 2020 par exemple, glisse le dirigeant.

Les écarts sont-ils vraiment de 1 à 32, comme le déplore l'édile ? Vincent Maillard tempère cette analyse, puisque les prix démentiels énoncés par Zartoshte Bakhtiari sont sur le marché de gros pour la période de novembre-décembre. "Si vous cherchez à souscrire un contrat de deux ans, les prix qui seront proposés baisseront de manière significative." Ici, "c'est en partie de la com' selon moi", juge le représentant de Plüm Énergie. Pour évaluer l'ampleur des hausses, on peut se tourner vers les organisations qui regroupent les collectivités. "Selon l'association des petites villes de France (APVF), les dépenses énergétiques de certaines communes ont bondi de 50%", note le site Vie Publique. "Pour l'association des maires de France (AMF) et la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), ces hausses varieraient entre 30 et 300%. Pour sa part, Intercommunalités de France considère que la facture énergétique des 3/4 des intercommunalités a doublé, voire triplé ou quadruplé."

Repenser le marché et son fonctionnement

EDF, en tant que fournisseur historique, propose aux collectivités un "tarif réglementé", mais celui-ci n'est accessible qu'aux plus petites communes. Impossible donc pour les plus grosses municipalités d'y prétendre. Les représentants de l'entreprise, sollicités, admettent que la situation est délicate à aborder. "On n'a jamais connu ça", souffle le fournisseur d'énergie. "La situation demeure très délicate à prévoir et la structuration du marché interroge." Entre autres, l'indexation des prix de l'électricité sur ceux du gaz révèle ses limites. Un sujet qui sera nécessairement au menu de futures discussions à l'échelle de 27.

L'Association des maires de France (AMF), en ce début octobre, a sollicité une rencontre entre "l’État, les collectivités, les syndicats de l’énergie et les autres opérateurs de l’énergie, notamment les fournisseurs", afin que "soient prises les décisions à la hauteur des enjeux financiers devant lesquels les collectivités sont placées par leurs fournisseurs". Alain Chrétien, maire de Vesoul, coprésident de la commission Développement économique, Tourisme et Commerce de l’AMF, note auprès de TF1info les efforts du gouvernement, en particulier ceux en direction des plus petites communes. Il note néanmoins que les situations sont aujourd'hui "très hétérogènes", les plus délicates étant celles des collectivités "déjà fragiles avant cette crise de l'énergie ou qui se retrouvent à négocier au pire moment".

Il souligne par ailleurs que les villes moyennes doivent assumer ce qu'il nomme des "charges de centralité", à savoir des infrastructures qui profiteront à un large territoire, mais que seule l'agglomération contribuera à financer. Palais des congrès, piscine olympique, théâtres... "Il est certain que des élus seront contraints de fermer certains équipements cet hiver", glisse l'élu de la préfecture de Haute-Saône. 

En résumé, on constate aujourd'hui une très forte disparité entre les collectivités territoriales, qui n'abordent pas la crise actuelle de l'énergie dans des situations semblables. Les plus petites communes, très majoritaires, bénéficient de nombreux dispositifs d'aide, si bien que les villes moyennes apparaissent potentiellement plus vulnérables. Néanmoins, il ne faut pas oublier de souligner que les collectivités qui ont renouvelé leurs contrats d'énergie avant que la situation n'empire ces derniers mois se trouvent désormais relativement protégées. Au contraire de celles qui doivent actuellement renégocier des contrats sous peine d'être plongées dans le noir.  

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