L'écologiste Sandrine Rousseau souhaiterait l'interdiction pure et simple de la chasse en France.
Soutien de Yannick Jadot, elle déplore qu'un féminicide sur 4 soit "lié à une arme de chasse".
Mis en avant par des associations, ce chiffre permet de compléter des statistiques publiques peu détaillées sur le sujet.

Ralliée à Yannick Jadot dans le cadre de la campagne présidentielle, l'écologiste Sandrine Rousseau était ce mardi invitée de France 2, où elle a réagi à l'accident de chasse mortel survenu il y quelques jours dans le Cantal. Ce drame, qui a coûté la vie à une jeune femme de 25 ans, doit nous alerter selon Sandrine Rousseau. Elle se dit notamment favorable à l'interdiction pure et simple de la chasse, qui ne peut constituer à ses yeux une activité comme une autre.

"Je pense que ce n'est pas un loisir que d'aller tuer des animaux le week-end avec un fusil, et par ailleurs le reste de la semaine on peut aussi le braquer contre sa femme", a-t-elle lancé. "On a vu qu'un féminicide sur 4 est lié à des armes de chasse", a ajouté l'ancienne porte-parole d'EELV. Un chiffre dont on retrouve la trace dans le travail d'associations.

Pas de données publiques précises

Pour mieux comprendre dans quelles circonstances ont lieu les féminicides commis en France, on peut se tourner vers l’étude annuelle sur les morts violentes au sein du couple, document publié par les services du ministère de l'Intérieur et dont la dernière version porte sur l'année 2020. Celle-ci précise qu'elle "intègre les morts violentes survenues au sein des relations "non officielles" (petit ami, relation extra-conjugale, relation non stable, non suivie), ces dernières étant désormais considérées légalement comme un couple". Des relations comptabilisées "au même titre que les couples "officiels" (à savoir les conjoints ou ex-conjoints, les partenaires ou ex-partenaires de PACS et les concubins ou ex-concubins)".

Rappelons qu'en 2020, les autorités déploraient la mort de 102 femmes, chiffre en recul par rapport à l'année précédente. Outre l'âge et le profil socio-économique des auteurs des faits, le document nous renseigne également sur le mode opératoire retenu. "Les auteurs masculins adoptent des modes opératoires plus diversifiés" que les femmes, apprend-on, "à savoir l’utilisation d’une arme (65 %), l’asphyxie de la victime (19 %), ou encore les coups (9 %)". Deux tiers de ces drames impliquent donc une arme, tandis que les armes à feu concernent au total 41 des 125 (soit près d'un tiers) des morts violentes enregistrées dans des couples (femmes et hommes compris). Dans ce total, il n'est pas précisé la part des armes de chasse par rapport aux armes à feu plus traditionnelles.

Si l'on souhaite disposer d'éléments plus détaillés, c'est vers les articles de presse qu'il faut se tourner. Rédigés par les médias à la suite des drames qui surviennent sur le territoire, ils permettent généralement de connaître les circonstances des faits et la nature de la potentielle arme utilisée par l'auteur. Cette méthode de recensement est celle adoptée par le collectif "Féminicides par compagnons ou ex". Fondé en 2016, il nous apprend qu'un fusil de chasse a été employé pour au moins 27,54% des 102 féminicides de 2020, et pour 25,44 % des 106 qui étaient comptabilisés en 2021. On retrouve ici le chiffre avancé par Sandrine Rousseau. Notons que la mort de chaque victime est documentée sur le site du collectif, un article de presse étant chaque fois ajouté pour apporter une contextualisation. À défaut de comptage plus précis des autorités, il s'agit ici d'une évaluation assez fiable à laquelle se référer.

Une étude portant sur "l'homicide conjugal", conduite par la légiste Alexia Delbreil et le spécialiste en criminologie clinique Jean-Louis Senon, évoquait en 2018 au sujet des armes à feu "des armes d’opportunités, que l’on retrouve fréquemment dans les foyers". Et glissait que "parmi les armes blanches, quasiment les trois quarts sont des couteaux de cuisine. De même, parmi les armes à feu, les fusils de chasse représentent 71% des cas". Le site Reporterre, par ailleurs, a exhumé un article scientifique de 2003 mettant en lumière un risque de meurtre d’une femme "cinq fois plus élevé dans un foyer pourvu d’une arme à feu". Joint par le média écologiste, son auteur Jean-Louis Terra (chef de service au centre hospitalier psychiatrique du Vinatier de Lyon) jugeait son constat toujours d'actualité près de 20 ans plus tard.

En résumé, le chiffre avancé par Sandrine Rousseau apparaît donc fiable au regard de données dont nous pouvons disposer publiquement. Notons que s'il reste évidemment trop élevé, le nombre assez faible d'actes commis est susceptible de conduire à des évolutions statistiques assez importantes d'une année sur l'autre. Une série de drames impliquant des armes de chasse pourrait ainsi modifier leur part au sein du décompte global de morts violentes survenues au sein de couples sur une année. Et vice versa.

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Thomas DESZPOT

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