Des manifestants ont-ils été empêchés de rejoindre le cortège parisien lors de la manifestation du 10 décembre ?

par Claire CAMBIER
Publié le 12 décembre 2019 à 20h31
Des manifestants ont-ils été empêchés de rejoindre le cortège parisien lors de la manifestation du 10 décembre ?
Source : Capture d'écran Twitter

A LA LOUPE - Rues bloquées par des camions de gendarmes, des panneaux recouvrant la largeur des artères ou encore des barrages de forces de l'ordre, les manifestants ont parfois connu des difficultés pour rejoindre le cortège de la manifestation parisienne ce mardi 10 décembre.

"Manif déclarée ! Laissez-les passer !" scandent en coeur des dizaines de manifestants. Ces derniers sont séparés de leurs "camarades" par une rangée de camionnettes de la gendarmerie. Les forces de l'ordre bloquent tout passage. "Des ordres ont été donnés afin d’empêcher de venir grossir le cortège pour ensuite se targuer d’une baisse de la mobilisation", analyse la page Facebook Gilets jaunes Infos, qui publie une vidéo de la scène.

"Incompréhensible, a réagi de son côté le compte Twitter Cerveaux non disponibles, la police bloque des centaines de manifestants dans les axes perpendiculaires".

Que s'est-il passé exactement ? L'auteur de la vidéo nous indique qu'un groupe de manifestants tentait de rejoindre le début de la manifestation. Il est alors 14h. "Les gendarmes les ont empêchés de passer, cela a duré entre 10 et 15 minutes. Plus le temps passait, plus du monde arrivait, des deux côtés, notamment du côté du parcours de la manifestation pour demander aux forces de l'ordre de laisser passer les manifestants."

La scène se déroule "à l'angle de la rue de Sèvres et du boulevard des Invalides", ajoute-t-il, ce que confirme la carte ci-dessous.

Google Maps

Ce croisement est situé à 800 mètres du point de départ de la manifestation. Le parcours de cette manifestation autorisée débutait place Vauban et finissait place Denfert Rochereau. Entre les deux, le cortège devait emprunter l'avenue de Villars, les boulevards des Invalides, du Montparnasse et Raspail.

GoogleMaps

Un manifestant a filmé cette même scène de l'autre côté du "barrage". Contacté par LCI, ce professeur de sciences économiques et sociales nous explique être l'un des premiers à avoir été bloqué à ce croisement, vers 13h45. Il nous raconte comment il est arrivé là. 

Après avoir rejoint des collègues grévistes au niveau de la pyramide du Louvre dans le centre de Paris, il cherche à "rejoindre le cortège éducation au niveau de l'église Saint François-Xavier", soit à proximité de la place Vauban. Un point de rendez-vous qu'ils s'étaient fixés au préalable. "Mais il nous était impossible d'y accéder. La rue du bac (perpendiculaire au boulevard des Invalides et faisant face à l'église, ndlr) était fermée. Nous avons donc continuer d'avancer pour trouver un passage." Au niveau de la rue de Sèvres, des gendarmes bloquent là encore l'accès au parcours de la manifestation dont le départ était prévu à 13h30. 

"Les gendarmes nous ont dit qu'ils allaient nous laisser passer dans quelques minutes mais cela s'est éternisé, rapporte Yohann. A la base, nous n'étions que quelques enseignants, puis d'autres manifestants sont arrivés, notamment des cheminots." Au bout d'une demi-heure d'attente et alors que les manifestants qui s'étaient élancés sur le parcours s'approchaient et chantaient des slogans demandant à libérer leurs camarades, les gendarmes ont finalement ouvert le barrage.

Ce professeur du lycée parisien Bergson ne comprend toujours pas : "Je ne vois pas l'intérêt de nous avoir bloqués, à part nous dissuader de rejoindre le cortège et de manifester." La suite s'est heureusement déroulée sans encombres. 

Contactée par LCI, la préfecture de police n'a pas répondu à nos interrogations. S'il semble logique que les forces de l'ordre aient déployé des moyens au niveau des artères perpendiculaires au cortège, pour éviter tout débordement voire toute infiltration de casseur, Yohann souligne qu'ils n'étaient au départ que "quelques professeurs". "Nous n'avions rien de menaçant". 

Notre confrère de Libération a constaté les mêmes difficultés : "Certains manifestants tournent dans le quartier depuis plusieurs minutes pour atteindre le parcours de la manif, sans succès", écrit-elle dans un billet d'ambiance.

D'autres artères étaient quant à elles bloquées par de larges panneaux, comme le rapporte, photos à l'appui, un responsable d'Amnesty France (cf. tweet ci-dessus). Ces images ont été saisies dans le 8ème arrondissement, rue d'Astorg, rue de Miromesnil ou encore le long des quais de Seine. Leur point commun : leur proximité avec l'Elysée et le ministère de l'Intérieur.

Un arrêté de la Préfecture de police interdisait ce 10 décembre "tout rassemblement de personnes se revendiquant des Gilets jaunes avenue des Champs-Elysées, dans un périmètre comprenant la présidence de la République et le ministère de l'Intérieur", mais aussi "dans les secteurs de l'Assemblée Nationale, de l'hôtel Matignon et de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris".

Mesure radicale, des rues ont donc été "condamnées", un dispositif qui a déjà été mis en place lors de précédentes manifestations.

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Claire CAMBIER

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