Doubler le nombre de toilettes dans le métro : la solution pour mettre fin aux "odeurs" et aux "malaises" ?

Sibylle LAURENT
Publié le 3 septembre 2018 à 16h31, mis à jour le 3 septembre 2018 à 16h39
Doubler le nombre de toilettes dans le métro : la solution pour mettre fin aux "odeurs" et aux "malaises" ?

Source : JACQUES DEMARTHON / AFP

DECRYPTAGE - "Il faut au moins doubler les toilettes dans le métro." C’est ce qu’a annoncé ce lundi matin la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse. Mais est-ce faisable ?

Est-ce LA solution pour qu’enfin le métro devienne un "moment de grâce", comme le chantait Nathalie Kosciusko-Morizet, alors candidate UMP à la mairie parisienne? Pour que le métro soit un "lieu de charme à la fois anonyme et familier" ? En tout cas, ça peut aider. 

Ce lundi sur France Bleu Paris, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse – elle-même moquée en son temps pour avoir parlé "d’immersion" dans le métro parisien - a détaillé son plan, pour "donner envie aux Franciliens des transports en commun". Et pour leur "donner envie", elle pense avoir trouvé la clé : que les transports soient "confortables", "à l'heure" et "propres". "Pardon de vous parler des odeurs, du malaise qu’on peut ressentir le matin, je veux aujourd’hui le doublement des toilettes, nous lançons cette rentrée un grand plan propreté dans le métro", a-t-elle annoncé à la radio. "II nous faut au moins doubler le nombre de toilettes dans le métro, pour que les voyageurs soient un peu moins indisposés quand ils le prennent. C’est très concret, mais cela fait partie de donner envie d’être ensemble."

L’annonce est plutôt saluée sur Twitter, les internautes évoquant surtout les grosses lacunes en la matière.

Car oui, des toilettes dans le métro, il y en a déjà. Mais où ? D’après les données trouvées sur le site de la RATP, on recense actuellement 45 toilettes publiques, souvent situées près des points vente-information, et auquel le voyageur peut accéder s’il est muni d’un titre de transport. Une quinzaine pour le métro, la ligne 14 étant la mieux dotée (des toilettes sont signalées aux arrêts Bercy, Bibliothèque François-Mitterrand, Cours saint Emilion, gare de Lyon, Madeleine, Pyramides, et Saint-Lazare), ou encore sur la ligne 6 (Trocadéro), ou ligne 13 (les Agnettes et Asnières Genevilliers), ou encore ligne 1 (Charles de Gaulle-Etoile).  Une trentaine de toilettes sont disponibles sur les RER A et B. Bien peu face aux 358 stations de métro. Alors sur son site, la RATP renvoie aussi aux sanisettes en surface, environ 450 mises à disposition par la Ville de Paris.

Il y en a peu, donc, mais il y en a. Sur Twitter, d’autres internautes ne manquent pas de rappeler que les toilettes dans le métro ont, à une époque, existé. 

Car oui, il fut un temps où l’on pouvait faire pipi dans le métro. "Il y avait des toilettes dans le métro entre les deux guerres", détaille Claude Lussac, auteur de "Pisser à Paris, guide pratique et culturel des WC gratuits", paru en 2012 aux éditions du Palio. "C’étaient même des toilettes plutôt luxueuses, avec de la marqueterie et tenues par des dames-pipi. Elles étaient souvent couplées avec d’autres choix de services, comme la possibilité de se faire cirer les chaussures. Elles ont disparu peu à peu, mais il en restait encore quelques-unes dans les années 1960-70, à Palais-Royal, Madeleine ou Trocadéro."

 

Mais ces toilettes coûtent cher en entretien, sont difficile à entretenir, et "posent des questions  d’ordre public", indique Claude Lussac. En 1981, l'opérateur JC Decaux installe les premières sanisettes en surface, qui prennent le pas sur les souterraines. Quelques toilettes de métro font bande à part : en 2012, un Point WC a réapparu à l’arrêt Cluny-Sorbonne, mais... où le pipi est à un euro. Le point WC est en effet tenu par Promométro, une filiale de la RATP. 

Journée mondiale des toilettes : il est aujourd'hui plus facile d'accéder à un téléphone portable qu'à des toilettes sur TerreSource : Sujet JT LCI
Cette vidéo n'est plus disponible

Un problème mondial ?

"De manière générale, petit à petit, toutes les toilettes ont disparu, il n’y en a quasiment plus dans le métro parisien", résume Claude Lussac. "Les quelques-unes qui restent sont dans un état pitoyable. Alors forcément, tout ce qui peut relancer le dispositif est intéressant. Il en faudrait de façon systématique dans les stations."

Si l’idée de Valérie Pécresse peut donc paraître louable, reste à voir la forme que cela prendra, car pour l’instant, aucun détail ne filtre, hormis des annonces très floues et la confirmation que la Présidente d’Île-de-France Mobilités a bien passé cette commande à la RATP. Pour le reste, tout est à voir. "Il n’est pas mauvais que la présidente de la Région se pose la question de savoir comment améliorer ces questions d’hygiène public", dit Claude Lussac. "Mais le diable est dans les détails et il ne faut pas sous-estimer les difficultés pratiques d’une mise en oeuvre, avec le réseau souterrain, ni la logistique importante que cela nécessite, ainsi que la surveillance et l’entretien. C’est beaucoup plus lourd que ce que l’on peut imaginer."

De manière générale, que les Parisiens se rassurent (ou pas), d’après l’essayiste, le problème des pipis dans le métro est "entier dans toutes les grandes villes du monde, Londres, New-York" : "Le problème des toilettes est un problème auquel on n’a jamais trouvé de bonne solution dans les temps modernes. Etrangement, c’était beaucoup plus pratique autrefois, avec les vespasiennes, et des politiques publiques qui étaient plus actives. Les sanisettes ont un temps réglé le problème mais se sont elles-mêmes dégradées, et depuis on n’a pas vraiment trouvé d’autres solutions."


Sibylle LAURENT

Tout
TF1 Info