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Deux influenceurs "rentrés de Syrie" étaient-ils au Stade de France samedi soir ?

Caroline Quevrain
Publié le 31 mai 2022 à 18h52
Une vue aérienne du Stade de France avant la finale de la Ligue des champions, le 25 mai 2022.

Une vue aérienne du Stade de France avant la finale de la Ligue des champions, le 25 mai 2022.

Source : COLIN BERTIER / AFP

Marion Maréchal (entre autres) affirme que "deux hommes rentrés de Syrie il y a quelques jours" étaient au Stade de France, samedi, pour la finale de la Ligue des champions.
Si rien ne permet de certifier que ces "influenceurs" se seraient effectivement rendus en territoire syrien, l'un d'eux se trouvait bien à Saint-Denis à l'occasion du match Liverpool-Real Madrid.

Après avoir circulé sur les réseaux sociaux, ces publications n’ont pas tardé à être récupérées par l’extrême droite. Surfant sur la polémique autour des incidents du Stade de France, Marion Maréchal et Gilbert Collard ont dénoncé la présence, lors du match, de deux jeunes hommes qui seraient récemment revenus de Syrie.

Une vidéo prise avec Cyril Hanouna

"Bonjour Gérald Darmanin, comment deux hommes rentrés de Syrie il y a quelques jours, après avoir tiré à la Kalachnikov et au lance-roquettes, ont pu se rendre au stade de France librement ?", s’est interrogée l’ancienne députée RN, tandis que Gilbert Collard s’est indigné de la même manière en reprenant deux vidéos d’un même homme : sur l’une, il tient une Kalachnikov entre les mains, tout sourire et répète : "Ça tire comment, ça fait comment ? À la Kalachnikov mes frères." Sur l’autre, il se filme accédant dans l’enceinte du Stade de France en plaisantant avec Cyril Hanouna.

À la différence de son acolyte, Rayan, le jeune homme a bien assisté à la finale de la Ligue des Champions, samedi 28 mai. Prénommé Ibrahim, alias "Challenger 67" sur les réseaux sociaux, il semble être un grand fan de foot, comme en témoigne son compte Instagram. Sa présence lors du match est attestée par plusieurs contenus qu’il a postés, à l'instar d'une photo de lui dans les gradins ou une vidéo avec Cyril Hanouna. Nous évoquions d’ailleurs sa présence aux côtés de l’animateur de C8 dans un article publié dimanche.

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Depuis, l’entourage de Cyril Hanouna a indiqué au Figaro que ce dernier n’avait aucun lien avec l’influenceur. Il faut dire que le jeune homme a un profil sulfureux. La veille de la finale, Ibrahim a partagé à ses 82.000 abonnés sur Instagram un clip vidéo dans lequel il tire à la Kalachnikov. Ce sont ces images qui ont été reprises notamment par Gilbert Collard.

Dans un clip publié le 28 mai sur Instagram, Ibrahim alias Challenger 67 se met en scène en tirant à la kalachnikov - Instagram / Challenger 67

D’autres vidéos éphémères, provenant de Snapchat, ont depuis émergé sur d’autres réseaux sociaux. Toutes montrent des séances de tirs dans le désert menées par Ibrahim, son acolyte Rayan aux près de 100.000 abonnés sur Instagram et le deuxième homme mentionné plus haut, mais aussi un certain Amir. Les trois compères ont largement relayé des images de leur récent voyage, qu'ils situent d'abord en Syrie, et notamment leur maniement d'armes, du lance-roquettes au bazooka, disent-ils.

Dans une séquence, elle aussi, diffusée sur Snapchat et partagée ici sur Twitter, Rayan se filme pour ses abonnés : "Bon l’équipe, on est bien arrivés en Syrie avec Chall (Challenger 67, ndlr), aucun snapeur n’est venu ici, on est venus voir de nous-même." Et Challenger 67 de l’interrompre : "Il n’y a pas la guerre ici en tout cas." "N’écoutez pas la télé", abonde alors Rayan. "Ici tout se passe bien, c’est super cool en fait, on va faire un petit barbecue." Avant d’être interrompu par une rafale de tirs. Dans une autre publication, leur ami Amir met en scène leur venue en dévoilant le SMS de bienvenue de son opérateur téléphonique, "Welcome to Syria" ("Bienvenue en Syrie").

"Je suis juste un snapchateur"

Mais depuis que leur profil est médiatisé et récupéré politiquement, c’est le rétropédalage. Après avoir vu son visage sur la chaine CNews, Rayan minimise ses récents faits d’armes sur son compte Snapchat, lundi 30 mai. "Je ne suis pas un terroriste, je ne cautionne pas le terrorisme. On est contre le terrorisme. Je ne suis pas allé en Syrie, j’étais au Liban, j’ai tiré dans un stand de tirs encadré comme j’ai pu tirer à Dubaï. (…) Je suis juste un snapchateur qui snap son quotidien", répète-t-il dans plusieurs vidéos. Le compte Snapchat d’Ibrahim est, lui, resté inactif depuis lundi. Contactés, les deux influenceurs ne nous ont pas répondu. 

Sur Snapchat, Rayan se rétracte et assure ne jamais être allé en Syrie, ni être "un terroriste" - Snapchat / Rayan PSN

Alors, qui croire ? Difficile à dire. Mais les versions des influenceurs comportent des incohérences. D’abord, Rayan explique que leur voyage s’est soldé par une arrestation par l’armée syrienne puis une expulsion du territoire à cause des tirs dans le désert. Mais sur Telegram, le jeune homme envoie un message vocal le 23 mai à son millier d’abonnés, impatient de partager avec eux sa récente expérience : "J’ai trop de contenus, il y a des vidéos de ouf qui vont arriver, il n’y a aucun influenceur qui l’a fait. Mais je dois d’abord quitter le territoire libanais pour tout poster parce que sinon ils vont me bloquer à la douane." 

Des images sont finalement postées quatre jours tard, sans que mention soit faite des péripéties racontées plus haut. Parmi ces publications, une vidéo de tir à la Kalachnikov dans laquelle il s’exclame : "J’espère que je vais croiser tous mes ennemis." Puis des photos et une vidéo de l’essai d’un bazooka.

Amir donne lui aussi des versions différentes selon les jours et les vidéos publiées. Alors qu’il partageait à tous le SMS reçu par son opérateur, attestant de sa présence en Syrie, il ne fait plus référence à son escapade, une fois rentré à Dubaï. Le 31 mai sur Snapchat, il revient sur ses derniers voyages : "Le Liban, ensuite Paris. J’ai bien aimé, ça m’a fait du bien. Mais là je suis de retour au taff, au charbon (au travail, ndlr)."

Sur Telegram, Rayan s'affiche aussi fièrement avec des armes. Des contenus qu'il a publiés après son départ du Liban, le 27 mai - Telegram / Rayan PSN

Les jeunes hommes pourraient donc avoir menti pour se faire bien voir de leurs abonnés et être restés dans le désert, du côté de la frontière libanaise. "Aucun influenceur ne l’a fait", s'amusent-ils d'ailleurs à répéter en publiant leur séance de tirs. Ils pourraient aussi s’être rendus sur le territoire syrien pendant un temps bref, cherchant désormais à minimiser leurs actes depuis que les médias se sont pris d’intérêt pour leur parcours. Selon Le Figaro, le ministre de l'Intérieur a demandé à ses services de travailler avec le parquet pour enquêter sur leur cas.

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Caroline Quevrain

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