Une campagne de communication du gouvernement accusée de détourner le sens de la laïcité

Aurélie Loek, avec AFP
Publié le 27 août 2021 à 23h25

Source : TF1 Info

ÉCOLES - Une campagne nationale du ministère de l'Éducation nationale pour promouvoir la laïcité à l'école fait débat sur les réseaux sociaux depuis son lancement jeudi. Syndicats et politiques dénoncent un "dévoiement raciste" de la laïcité.

Cette campagne, amorcée sur internet et les réseaux sociaux, doit être diffusée dans les établissements scolaires et par affichage. Elle a été présentée jeudi par le ministre Jean-Michel Blanquer lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée. Sur une des affichettes, une petite fille blanche échange avec complicité avec un petit garçon noir. On peut alors lire en bas de la photo : "Permettre à Eva et Kellijah d'être inséparables tout en étant différents, c'est ça la laïcité." 

"Un dévoiement raciste et xénophobe de la laïcité"

Une définition qui ne passe pas pour certains syndicats. "En mélangeant religion, couleur de peau, origine géographique supposées (...), la campagne d’affichage est sur une pente dangereuse, celle d’un dévoiement raciste et xénophobe de la laïcité, appuyé sur un imaginaire colonial", signale ainsi le syndicat Sud Éducation (minoritaire) dans un communiqué.  

La CGT-Educ'action (minoritaire) a dénoncé sur Twitter une "scandaleuse campagne", mêlant "poncifs et instrumentalisation d'un concept apparemment mal digéré", tandis que l'essayiste et journaliste Mona Chollet se désole d'un "gloubiboulga néocolonial".

Sur le plateau de LCI, l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie (vidéo en tête de cet article) a tenu à revenir sur ce qu'il qualifie de "confusion mentale de l'Éducation nationale", rappelant que la laïcité, c'était "la neutralité religieuse de l'État". Prenant l'exemple d'une des pancartes, il souligne : "C'est une affiche antiraciste, ce n'est pas une affiche religieuse, ça n'a rien à voir avec la religion." 

"Cette série d'affiches (...) va une fois de plus perturber le travail des enseignants et enseignantes qui s'efforcent de faire comprendre et appliquer ce principe de la République dans sa définition la plus précise (historique et juridique)", s'est à son tour désolé le groupe histoire-géo du Snes-FSU (principal syndicat du secondaire).

Du côté des politiques, le conseiller régional d'Ile-de-France (PS) Jérôme Guedj a regretté "une campagne (...) hallucinante", qui réussit "la prouesse de présenter la laïcité sans parler religions, séparation des Églises et de l’État, protection juridique pour les croyants et les non-croyants".

Florian Philippot, chef de file du mouvement d'extrême droite les "Patriotes", a, lui, estimé sur le même réseau que les affiches n'avaient "strictement aucun rapport avec la laïcité". Et d'ajouter : "Si Blanquer le pense, c'est grave. Juste du communautarisme d'État. Ni plus ni moins."

Face à ces réactions multiples, quel que soit le bord politique, le ministre de l'Éducation avait lancé : "N'allons pas chercher de nouvelle polémique, cette campagne est faite pour unir et pour rappeler que la laïcité est au cœur du pacte social français et que nous devons tous la respecter."

Son ministère, dans un communiqué, a précisé que "cette campagne fait le choix d'inscrire le récit de la laïcité dans le quotidien des élèves en s'appuyant sur ses effets concrets, incontestables et partagés, tels qu’ils les vivent tous les jours à l’école, au collège et au lycée".


Aurélie Loek, avec AFP

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