LE WE 20H

VIDÉO - Les écrans, un vrai danger pour les jeunes enfants

V.F
Publié le 11 octobre 2021 à 9h46
JT Perso

Source : TF1 Info

SANTÉ - Retard du langage, régression dans la communication... Plusieurs professionnels de la petite enfance lancent l'alerte : la surexposition des tout-petits aux écrans peut avoir des conséquences dramatiques sur leur développement.

Près de 9 enfants sur 10 âgés de deux ans regardent la télévision, dont 68% tous les jours. Une exposition précoce alors que les autorités de santé déconseillent son usage, comme celui de tous les écrans, avant l'âge de 3 ans. Car son recours, et c'est maintenant prouvé, retarde l'acquisition du langage, rend l'enfant passif et peut perturber sa motricité.

Le JT de 20H de TF1 a suivi une petite fille de quatre ans qui ne communiquait pas avec les autres et ne répondait pas à sa mère. Pourtant aujourd'hui, en arrivant dans le cabinet de la psychologue scolaire, c'est elle qui invite à jouer. Que s'est-il passé ? Sa mère répond : "Ça fait un an qu'elle a arrêté les écrans", avance-t-elle. Résultat, son comportement a radicalement changé. "Avant, elle n'avait pas l'habitude de me regarder quand je parlais, c'est-à-dire que quand je l'appelais, elle regardait ailleurs donc elle était là sans vraiment être là", admet-elle. 

Le quotidien de cette petite fille, c’était des dessins animés depuis l'âge de six mois, sur toutes sortes d'écrans, plusieurs heures par jour, jusqu'à son entrée en maternelle et le signalement de la maîtresse à la psychologue scolaire. "Elle ne soutient pas le regard, elle peut réagir avec violence", étaient quelques une des remarques que cette professionnelle de santé avait annotées la concernant. 

En trois ans, c'est le cinquième enfant qu'elle prend en charge pour les mêmes raisons : une exposition aux écrans précoce et excessive. Elle n'en avait jamais croisé les vingt années précédentes. Son ordonnance est la même à chaque fois : arrêt des écrans, jouer en nommant les choses et pâte à modeler pour certains. "Les enfants qui sont beaucoup sur tablettes, on voit que devant un livre, ils ne vont pas tourner les pages, ils vont essayer de faire glisser les images. Et quand ils arrivent à l'école et qu'on leur met un crayon à la main, ils n'ont pas de force", explique Catherine Vidal, psychologue de l'Éducation nationale à Meung-sur-Loire. 

"Une augmentation de 94% des troubles du langage"

Car tout le temps passé devant les écrans, c'est du temps que l'enfant ne passe pas à expérimenter à l'aide de tous ses sens. De zéro à cinq, chaque interaction crée une connexion et construit ainsi son cerveau puis son langage. C'est aussi parce que la mère parle à son enfant de ce qu'il est en train de faire que les mots prennent tout leur sens et s'impriment dans son cerveau. "Les expériences qui permettent de créer des connexions cérébrales dans le cerveau sont uniquement celles qui sont créées dans un monde réel en trois dimensions", confirme le médecin Anne-Lise Ducanda. 

En 2017, dans une vidéo devenue virale, elle a lancé l'alerte constatant dans son cabinet de plus en plus d'enfants avec les mêmes troubles. "Nous voyons des enfants qui comptent jusqu'à 100, mais si nous leur demandons 'donne-moi deux cubes', ils sont incapables de savoir ce que le chiffre deux représente", soulignait-elle dans sa vidéo. Depuis son témoignage en ligne, elle est submergée d'appels à l'aide de parents qui ayant reconnu dans cette vidéo les troubles de leur enfant ont arrêté les écrans. Anne-Lise Ducanda est convaincue que cette surexposition précoce explique les chiffres de l'Éducation nationale sur la situation de handicap dans le premier degré. 

"Entre 2010 et 2018, pour les enfants de 3 à 11 ans, on a une augmentation de 24% des troubles intellectuels et cognitifs, une augmentation de 54% des troubles du psychisme et une augmentation de 94% des troubles du langage", détaille-t-elle. Les orthophonistes d'ailleurs s'inquiètent de l'explosion des consultations pour ces troubles. Autant de constat fait par différents professionnels de l'enfance. Des études scientifiques réalisées dans le monde entier interrogent également sur cette surexposition. Plusieurs d'entre elles établissent un lien entre l'utilisation excessive des écrans et "le retard de la parole" (Canada, 2017), concluent que la surexposition est un risque pour "le développement langagier, social et émotionnel" (États-Unis, 2019), "préjudiciable au développement des enfants" (Chine, 2020), associés à "des retards cognitifs" (Inde, 2021). 

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En France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, veut se saisir du sujet et rappelle que l'Organisation mondiale de la Santé déconseille les écrans avant trois ans. Il différencie toutefois "un outil éducatif qui passerait par du numérique ou un écran, avec une bonne gestion", de ce qui consiste "à laisser un enfant derrière un écran toute une partie de la journée sans avoir de régulation du contenu". "On ne connait pas les conséquences chez les tout-petits donc il faut aussi qu'on développe la recherche, qu'on travaille avec les industriels et qu'on régule ce qui doit l'être", ajoute-t-il.


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