Covid-19 : le défi de la vaccination

"Emmerder" les non-vaccinés : qui sont les 5,3 millions de Français visés par Emmanuel Macron ?

Virginie Fauroux
Publié le 5 janvier 2022 à 17h29, mis à jour le 5 janvier 2022 à 23h34
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Source : JT 20h Semaine

PROFILS - Emmanuel Macron assume, il continuera à faire peser la "contrainte" sur les personnes non-vaccinées pour freiner l’explosion du nombre de cas de Covid-19. À ce jour, 5,3 millions de Français n'auraient pas initié leur schéma vaccinal. Qui sont-ils ?

"Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder", a clamé mardi 4 janvier le chef de l'État dans un entretien au Parisien. Ses propos vont-ils produire un électrochoc sur les réfractaires ? Tout dépend à qui l'on s'adresse parmi les 5,3 millions de Français éligibles à la vaccination, mais qui n'ont pas encore initiés cette étape. 

D'après les estimations de plusieurs chercheurs, environ 2% de la population française est considérée comme antivax à proprement parler. Toutefois, ce chiffre pourrait être supérieur si l'on en croit une étude d’opinion publiée par le cabinet Odoxa le 1er juillet 2021 : 11% des personnes interrogées assuraient qu’elles ne se feraient "certainement pas" vacciner contre le Covid-19. A l'image de ces manifestants se revendiquant antivax qui ont pris à partie samedi 1er janvier le journaliste politique de LCI Paul Larrouturou n'hésitant pas à le menacer. "On tue avec cette injection expérimentale. On tue des enfants, on tue tout le monde", lui a lancé l'un d'eux, alors que d'autres lui reprochaient de véhiculer de fausses informations sur la campagne vaccinale.

Les indifférents

Mais tous ne sont pas de farouches antivax, loin de là. Ainsi, selon le sociologue Jeremy Ward, chargé de recherche à l’Inserm, les multiples facettes de la culture vaccinale française relève plus de l’hésitation ou de la crainte que du rejet. En termes de catégorie d'âge, par exemple, la tranche la moins vaccinée est celle des mineurs avec les 12-17 ans, peu concernés par les formes graves de la maladie. Selon CovidTracker, 18,46 % ne sont pas vaccinés. Pour autant, c'est chez ces jeunes que l'on retrouve la progression la plus importante, précise le ministère de la Santé, car la vaccination s'est ouverte plus tardivement pour eux.

La plus grande défiance face au vaccin se trouve en réalité chez les 30-49 ans parmi lesquelles 9,56% ne sont pas vaccinés. C'est une population "plus ou moins indifférente" sur la vaccination, selon les termes d'Olivier Véran, qui ne se sent pas concernée, qui n'a pas peur d'être malade, et qui possède une vie sociale et professionnelle active se disant : "je n'ai pas le temps, je vis ma vie", selon le ministre.

Les isolés

Alors que le gouvernement en a fait le public prioritaire, ce sont ensuite les 75 ans et plus qui arrivent sur la troisième marche du podium : ils sont encore 8,40% à refuser de recevoir le vaccin anti-Covid. Ce sont souvent des gens isolés, éloignés d'un médecin et pour lesquels se déplacer est compliqué. Ou qui ne voient absolument pas l'intérêt de se faire vacciner parce qu'ils ne croisent personne. Ce sont les Français "qui sont loin de tout", indique Olivier Véran, comme beaucoup de personnes âgées. Pour celles-ci, le plus important est de poursuivre les campagnes d'information avec une forte présence sur le terrain, selon le ministre de la Santé.

Les précaires

Parmi les non-vaccinés, on retrouve également des sans-emploi ou à revenus très faibles. Selon une étude du ministère de la Santé, les populations qui bénéficient d'une Complémentaire Santé Solidaire (une aide de l’État destinée aux personnes aux faibles revenus) ont un taux de vaccination plus faible que la population générale de l'ordre de 40 %. Plus on est jeune, plus les revenus du ménage sont faibles et plus ces réticences sont fortes. Même constat d'après les chiffres de Santé Publique France qui montrent que l'adhésion à la vaccination contre le Covid-19 est plus forte chez les personnes habitant en ville plutôt qu’en milieu rural et chez les catégories socioprofessionnelles favorisées et supérieures.

Les Sudistes

Les données de CovidTracker permettent aussi de constater une disparité territoriale. Ainsi, le Sud-Est et la Corse restent les régions où l'on vaccine le moins. Au sein de ces régions, c'est le département de Haute-Corse qui décroche le bonnet d'âne avec un taux de vaccination à 65,50%, suivie de la Corse-du-Sud à 68,30%. Puis on trouve les Alpes-de-Haute-Provence  à 69,20%, suivi des Bouches-du-Rhône à 70,30%. Sur tout le territoire, un autre département fait aussi pâle figure : la Seine-Saint-Denis à 65,90%. Au contraire, il reste très peu de personnes non vaccinées en Vendée et dans le Finistère avec un taux de vaccination record de plus de 83 %.

Il est important de noter également que les Outre-Mer sont de loin les territoires français les moins vaccinés. La Guyane et Mayotte affichant par exemple un taux de vaccination respectivement de 24,40% et 26,40%. Plusieurs facteurs, notamment logistiques, expliquent ce retard, mais l'identité locale pourrait par ailleurs jouer un rôle très important.

Les irréductibles

Cette carte géographique de la défiance contre la vaccination anti-Covid-19 se superpose de manière troublante à celle de la défiance vaccinale historique. Comme l’a relevé la géographe de la santé Lucie Guimier sur Franceinfo, les explications sont autant politiques que culturelles. "Dans le Sud-Est, on a un vote écologiste et Rassemblement national très fort, deux spectres politiques historiquement pourvoyeurs d’antivax en France, avec d'un côté des environnementalistes et de l'autre des électeurs frontistes. Cet électorat RN en Provence-Alpes-Côte d’Azur est largement composé de professions libérales, chez qui la question de la liberté individuelle, notamment en termes de santé, est très prégnante", indique la spécialiste. 

"Pour raisons médicales"

Selon le ministre de la Santé, Olivier Véran, ils ne seraient que "quelques centaines" à ne pas pouvoir se faire vacciner pour "raisons médicales". Pourtant, de nombreuses autres personnes (difficile à quantifier) ne peuvent pas non plus, d’après l’avis de leurs médecins, se faire vacciner. Il s’agit notamment de patients qui suivent des traitements pour des maladies immunodépressives, ou qui souffrent de Covid long.

Officiellement, le gouvernement a fixé trois contre-indications à la piqûre : les personnes qui ont des réactions allergiques connues au PEG2000, ou polyéthylène glycol, des composants des vaccins anti-covid à ARN messager ; les personnes ayant fait "une réaction type myocardite, péricardite et hépatite sévère ayant nécessité une hospitalisation et faisant suite à une première injection de vaccin d’ARNm" ; et les jeunes ayant fait un "syndrome PIMS" (syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique), une complication "extrêmement rare" qui a touché certains enfants et adolescents à la suite d’une infection par le coronavirus, précise le site Vaccination Info Service. 

Un décret publié le 8 août indique que les personnes qui présentent ces contre-indications à la vaccination sont exemptées de pass sanitaire. 


Virginie Fauroux

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