EN DIRECT - "Sécurité globale" : le Conseil de l'Europe tacle à son tour l'article 24

Publié le 18 décembre 2020 à 12h54

Source : TF1 Info

PROTESTATION - Des scènes de vandalisme et de violence ont émaillé la manifestation contre la loi "sécurité globale" samedi à Paris, reposant la question de l'appréhension des éléments les plus violents des cortèges.

Ce live est à présent terminé. 

SONDAGE

Dans le même temps, dans un questionnement parallèle à cet article 24, qui prévoyait initialement d'interdire la diffusion d'images de policiers non-floutées lorsque cette diffusion est accompagnée "d'intentions malveillantes", une étude relevait que près d'un jeune sur deux jugeait la police "raciste". Un sondage qui intervient alors que c'est précisément pour relever et résoudre les dysfonctionnements des forces de l'ordre que les opposants à la loi se sont mobilisés aussi massivement.

CONSEIL DE L'EUROPE

L'article 24 de la proposition de loi "Sécurité globale", promis à réécriture, fait toujours polémique. Cette fois, c'est le Conseil de l'Europe et sa Commissaire aux droits humains Dunja Mijatovic, qui a sonné l'alarme dans une lettre envoyée aux sénateurs de la commission des lois, chargés de sa réécriture.


 "Le texte de cet article tel qu'il est soumis à votre examen demeure, à mon sens, insatisfaisant du point de vue du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. [...] Je considère que l'interdiction érigée par l'article 24 (...) constitue une atteinte au droit à la liberté d'expression, laquelle inclut la liberté d'informer, et que la compatibilité d'une telle ingérence avec l'article 10 de la (convention européenne des droits de l'homme), qui garantit ce droit, apparaît pour le moins douteuse".


Pour la haute fonctionnaire, "resserrer les liens entre les forces de l'ordre et la population implique d'améliorer la protection effective et harmonieuse des droits des unes et de l'autre", estime encore la Commissaire Dunja Mijatovic, qui exhorte les sénateurs à veiller à "la compatibilité de ce texte avec les normes relatives aux droits de l'homme auxquelles la France est partie" et à "supprimer cette interdiction".

VIOLENCES

En pleine polémique sur les violences policières, concept qu'il récuse pour le caractère systémique qu'il suppose, Emmanuel Macron a décidé de rénir un "Beauvau de la Sécurité" en janvier, afin d'améliorer les conditions de travail des policiers et consolider leurs liens avec la population. Le ministre de l'Intérieur, qui s'en fait l'écho, a assuré qu'il s'agirait là de "la première pierre de la grande loi de programmation de la sécurité intérieure que les forces de l'ordre méritent depuis longtemps".


La réunion aura aussi pour but d'adresser les sept péchés capitaux listés par le ministre lors de son audition par la commission des lois de l'Assemblée : formation, encadrement, moyens, captation vidéo des interventions, inspection, effectifs et lien entre police et population.


Une annonce accueillie avec satisfaction et circonspection côté syndicats de police, où l'on n'accepte en aucun cas les accusations de racisme et de violence faites à l'encontre de l'institution.

LALLEMENT

Trois jours après la violente manifestation contre la loi "Sécurité globale", émaillée par des attaques contre des biens matériels et du mobilier urbain, mais aussi des charges de la police contre la manifestation, des élus écologistes, Génération.s et communistes de Paris ont réclamé la démission du préfet Lallement, jugé responsable, par ses consignes en matière de maintien de l'ordre, de ce fiasco.


Parmi eux, la conseillère de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu qui, sur LCI ce matin, a rappelé cet appel à Emmanuel Macron, formulé dans une lettre ouverte. "Depuis son arrivée en réalité, que ce soit sur le maintien de l’ordre, la gestion des effectifs, la gestion des moyens ou sur la gestion des procédures disciplinaires, on a un préfet de police de Paris qui est totalement inconséquent."

MANIFESTANT BLESSÉ

Un manifestant a eu les doigts de sa main droite arrachés, samedi 5 décembre, lors de la manifestation contre la loi "Sécurité globale", a confirmé son avocat à l'AFP. L'incident a eu lieu place de la République. Hospitalisé, il a été remarqué par le journaliste Clément Lanot qui couvrait la fin de manifestation, tendue, sur la célèbre place.


Selon les informations de l'AFP, le parquet a ouvert une enquête pour connaître l'origine des blessures, qui proviennent d'une grenade GM2L, dite de désencerclement, affirme son conseil. Ce dernier indique que son client a ramassé l'engin, pensant qu'il s'agissait d'une grenade lacrymogène.


"Ni antifa ni antiflics, ni black bloc", ce quadragénaire souhaiterais, toujours selon son conseil, que "son cas serve de prise de conscience pour qu'il y ait un apaisement dans les deux sens : qu'on fasse attention dans l'utilisation d'armes de défense côté police et que de l'autre côté on baisse d'un ton dans la violence".

RÉACTION

Invitée de LCI, dimanche soir, la députée d'extrême droite a critiqué les opposants au texte de loi.

RÉPRESSION

Comment répondre à la violence de ces manifestants cherchant l'affrontement avec les policiers et s'inspirant de la méthode "Black Blocs" ? Le sénateur LR Bruno Retailleau a sa petite idée. Invidé de BFM ce dimanche, il a proposé la création d'une brigade spécialisée dans l'appréhension de cette mouvance, qu'il décrit comme "une organisation paramilitaire de gens très bien entraînés".

A noter que cette brigade existe déjà. C'est à ce problème que devait répondre les BRAV, cette unité créée en 2019 par Didier Lallement pour répondre aux violences observées lors des manifestations de Gilets jaunes.

MANIFESTATIONS

C'est une des questions qui se posent, au lendemain de la violente manifestation contre la loi "Sécurité globale". Comment font les éléments les plus violents, au nombre de 300 ou 400 selon le ministre de l'Intérieur, pour échapper si facilement aux policiers ?

SUITES JUDICIAIRES

Quelles suites pour les 26 gardes à vue décidées dans le cadre de la manifestation parisienne contre la loi "Sécurité globale" ? Selon nos informations, le parquet a décidé de 

- huit déferrements, dont trois pour  des convocations par procès-verbal et cinq pour des rappels à la loi

- une convocation devant le tribunal correctionnel

- une convocation devant le tribunal de police

- sept rappels à loi par officier de police judiciaire

- un ordonnance pénale

- cinq classements sans suite

- trois gardes à vue se poursuivent.

DÉCRYPTAGE

RETIRER CET ARTICLE 24 SERAIT UNE VICTOIRE DE "LA GAUCHE ANTI-FLIC" ASSURE MARINE LE PEN


Retirer l'article 24 serait, selon Marine Le Pen, "une victoire à la gauche anti-flic" : "Bien sûr que non, je ne l'accepterai pas", dit-elle ce dimanche soir sur LCI. 


"Le but que cet article poursuit est positif et les critiques" formulées à son endroit "sont de mauvaise foi", assure-t-elle. "Jamais cet article n'a empêché de filmer qui que ce soit. Jamais rien dans ce texte ne permet à un policier d'empêcher de filmer.


"Cet article 24 a été instrumentalisé" dit-elle, déplorant son rejet de la quasi totalité des médias. 

MARINE LE PEN SUR LES BLACK BLOCS 


"Cela fait cinq ans qu'on ne les arrête pas" déplore la présidente du RN. Or, assure-t-elle, "le gouvernement sait qui ils sont, sait où ils habitent" : "Les renseignements français le savent pertinemment, ils connaissent les 300-400 activistes qui viennent agresser la police" dit-elle ce dimanche sur LCI. Elle soutient que les black blocs ne posaient pas de problème au gouvernement lors des manifestations des Gilets Jaunes. 


"Les Français en ont soupé des black blocs et ont l'impression qu'Emmanuel Macron est le président du désordre. Le rôle du président de la République est d'assurer la sécurité de nos compatriotes et il en est incapable" estime-t-elle. Elle regrette que des "législations contre les émeutiers ne soient pas pas mises en oeuvre".

CONTESTATION

Dans un communiqué soulignant "la diversité et l'ampleur des cortèges" et imputant les violences de samedi à "la stratégie délibérée de la terre brûlée mise en place par la préfecture de Paris", la coordination de syndicats, sociétés de journalistes et ONG opposées à la loi "Sécurité globale" a appelé à "poursuivre la mobilisation jusqu'au retrait". 

Le collectif, composé de dizaines d'organisations différentes, a également regretté qu'Emmanuel Macron n'ait "apporté aucune réponse lors de son interview accordée le 4 décembre" et n'ait "pas répondu à notre demande d'entrevue". 

La coordination, où l'on retrouve le SNJ, mais aussi Amnesty International, le SNJ-CGT, le prix Albert Londres ou la Ligue des droits de l'Homme, appelle à la suppression, outre du célèbre article 24, des articles 21 et 22, portant, pour l'un, sur l'élargissement du visionnage des images des caméras piéton et, pour l'autre, sur l'élargissement de l'usage des drones.

BILAN


Au lendemain des manifestations organisées en France pour protester contre la loi Sécurité Globale, le ministre de l'Intérieur a dressé un bilan, ce dimanche : 95 personnes ont été interpellées, et 67 policiers et gendarmes ont été blessés, selon le locataire de Beauvau. 


Sur la seule manifestation parisienne, qui a donné lieu à des scènes de violence et de vandalisme entre la Porte des Lilas et la place de la République, 48 membres des forces de l'ordre ont été blessés.

RÉCAP DE LA JOURNÉE

Un cortège parisien coupé en deux, une mobilisation en baisse, de vives tensions contre les forces de l'ordre : retour sur la nouvelle journée de manifestations contre la loi "Sécurité globale".

RÉACTIONS POLITIQUES

Outre celle de Gérald Darmanin, les réactions politiques ont ponctué la journée. A droite comme à gauche, les auteurs de casse ont été condamnés, qu'il s'agisse d'Eric Ciotti, Alexis Corbière ou Bruno Retailleau. Une différence, cependant, à gauche, où le député insoumis et le sénateur PS Rémi Féraud ont tous les deux pointé du doigt la responsabilité du préfet Lallement dans le fait que les black blocs, "idiots utiles du gouvernement", puissent toujours agir sans "être mis hors d'état de nuire".

RÉACTIONS

Les organisations à l'origine du rassemblement ont mis en cause le rôle du préfet Lallement dans les violences qui ont accompagné le cortège parisien. Partant de la porte des Lilas, il n'a pas pu dépasser la place Gambetta, et a été ralenti par des affrontements entre black blocs disséminés au sein du cortège et forces de police chargeant ce dernier pour mettre fin aux attaques venant des casseurs. 

Du côté du SNJ CGT, on s'est ainsi plaint que les forces de l'ordre aient envoyé du gaz lacrymogène sur les banderoles, suscitant la panique dans les rangs des manifestants, qui plus est sur un parcours nettement plus étroit que les habituels boulevards où se déroulent d'ordinaire les manifestations.

L'avocat Arié Alimi, membre de la Ligue des droits de l'Homme, lui-même membre de la coordination, a dénoncé les méthodes du préfet Lallement, après l'usage de gaz lacrymogène sur la foule compacte.


Côté police, le délégué national Alliance pour les CRS a également fait valoir, sur le plateau de LCI, que ses collègues avaient la possibilité de procéder à l'arrestation des casseurs sans pour autant charger les manifestants. "Mais il faut qu'on nous en donne l'ordre".