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En Ile-de-France, Valérie Pécresse finance-t-elle des associations anti-IVG ?

Caroline Quevrain
Publié le 21 janvier 2022 à 17h59, mis à jour le 24 janvier 2022 à 17h27
Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et candidate LR en 2022

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et candidate LR en 2022

Source : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

BUDGET - L’opposition écologiste à la région accuse Valérie Pécresse d’avoir accordé des subventions à deux associations qu’elle considère comme opposées à l’avortement. L’une a été financée en 2017 tandis que l’autre était encore subventionnée en 2021.

Mise à jour du 24/01 : la réaction de l'association Marthe et Marie a été intégrée au papier.

C'est sur son bilan à la tête de la région Ile-de-France que Julien Bayou attaque la candidate à la présidentielle Valérie Pécresse. Sur Twitter, le porte-parole d’EELV l'accuse, parmi d’autres griefs, de financer des associations anti-IVG, dans un post publié mercredi 19 janvier.

Après avoir interrogé Julien Bayou ainsi que François Damerval et Pierre Serne, du groupe Socialiste Ecologiste Progressiste d’Ile-de-France, nous avons déterminé que deux associations sont visées : la maison de Marthe et Marie et AFC 92, la fédération des Associations Familiales Catholiques des Hauts-de-Seine. Selon les dires de ces élus, ces structures sont financées par la région depuis 2016 malgré leur opposition, affichée ou non, à l’avortement. 

Ces critiques ne sont pas nouvelles. En 2018, le groupe d’opposition se demandait dans un communiqué si le droit des femmes était "une vraie priorité" pour Valérie Pécresse en dénonçant ces subventions d’un montant de 200.000 euros à la maison de Marthe et Marie et de 50.000 euros à AFC92. "Valérie Pécresse ne s’est jamais cachée des relations qu’elle entretient avec le milieu catholique. En faisant la danse du ventre entre Sens Commun et des milieux plus progressistes héritiers de Simone Veil, elle a réussi à mener sa barque", estime pour sa part François Damerval. Des accusations également portées par le Front de gauche en 2017, comme le rapportait La Croix à l’époque.

Des colocations pour femmes enceintes

Concrètement, la Maison de Marthe et Marie vient en aide aux femmes enceintes en leur permettant d’accéder à un logement, une colocation avec d’autres femmes, et ainsi de pouvoir gérer leur grossesse. AFC92, quant à elle, est l’antenne locale d’une confédération d’associations catholiques qui, comme son nom l’indique, a pour adhérents des familles pieuses. Il s’avère qu’elles ont été financées par la région. Sur le site de Marthe et Marie, on apprend que l’association "bénéficie d’une subvention publique de la Région Île-de-France dans le cadre de son action pour les femmes en difficulté." 

Contactée, l’équipe de campagne de Valérie Pécresse nous confirme les subventions accordées à Marthe et Marie ainsi qu’à AFC92 au titre du "libre choix pour les femmes de garder ou non leur enfant". Dans le détail, AFC92 a bénéficié de 5000 euros en 2017 pour financer un "projet d’aide à la parentalité pour des femmes isolées". Marthe et Marie, elle, a eu des aides régionales en 2017, 2018 et 2021. L’an dernier, la structure a reçu 20.000 euros pour une "colocation solidaire pour des femmes enceintes en situation de précarité" dans le 11e arrondissement de Paris. 

Pour Othman Nasrou, porte-parole de la candidate et deuxième vice-président à la région, "ces associations donnent une perspective, une aide, un accompagnement à des femmes qui souhaitent garder leur enfant. Nous finançons un projet, pas la structure elle-même. Nous ne finançons pas d’actions anti-IVG, c’est un mensonge". Assumant parfaitement les financements qui ont pu être versés à ces deux associations, le porte-parole en profite pour défendre le bilan de la présidente de l’Ile-de-France en matière d’accès à l’IVG : "Les budgets d'équipement des centres ont été multipliés par trois et nous avons notamment signé une convention avec le planning familial". Un partenariat qui a d'ailleurs été communiqué par la région

Mais alors, quel est le positionnement de ces associations sur l’avortement ? D’abord, AFC92 s’affiche comme une structure "pro-vie" du fait de son attachement à la religion catholique. Le 16 janvier dernier, elle appelait par exemple à une marche pour la vie à Paris contre la loi Gaillot et l’allongement du délai de l’IVG porté à 14 semaines. Elle ne se cache donc pas de son opposition à l’IVG. Par ailleurs, son financement a duré un an seulement, d’après la région.

Des liens avec Alliance VITA ?

La position de Marthe et Marie est plus complexe. Si pour Pierre Serne, ancien conseiller régional écologiste, il n’y a pas de doute sur ses opinions, "c’est ce que l’on appelle une vitrine légale", l’association ne se revendique pas comme opposée à l’IVG. En 2017, le Front de gauche dénonce les financements alloués à Marthe et Marie pour une raison en particulier : le magazine Familles Chrétiennes l’aurait référencé comme "l’une des structures les plus actives en matière d’initiatives qui disent non à l’IVG" (à lire dans La Croix, plus haut). Nous n’avons retrouvé aucune trace de ce référencement par Familles Chrétiennes. En revanche, l’association entretient des liens certains avec des structures ouvertement anti-IVG, comme Alliance VITA ou IVG.net. 

Dans une fiche de poste de responsable d'antenne, parmi les missions demandées, il y a notamment la capacité à "établir des relations au niveau local avec les associations alliées ou travaillant dans le même secteur (exemple : Société Saint Vincent de Paul, Mère de Miséricorde, Alliance VITA, IVG.net, etc) en coordination avec la directrice".

Sollicitée, Marthe et Marie nous indique d'abord n'avoir pas eu connaissance de cette fiche de poste, datant de 2014, avant de la voir relayée dans cet article. Et s'explique sur les mots choisis : "8% des femmes enceintes nous sont envoyées par des associations partenaires.  Le terme 'associations alliées' donne l’impression d’un combat qui n’est pas du tout l’objet de notre association. Dans les nouvelles fiches de postes, les associations ne sont plus citées". Cette fiche a depuis été supprimée par l'association, qui revendique n'avoir aucune "opinion politique ni parti pris". Par ailleurs, la structure bénéficie du soutien de l’État, qui lui délivre des agréments pour ses colocations à Paris, Nantes, Lyon et Strasbourg, comme elle le précise sur son site. En 2021, l’association était listée parmi les opérateurs agréés par la préfecture de Loire-Atlantique.

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Caroline Quevrain

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