Pour la première fois, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives a fait une étude sur la consommation de substances psychoactives en prison.
Les résultats montrent un usage de ces produits à des niveaux plus élevés qu'au sein de la population générale.
C'est le cas du cannabis, consommé quotidiennement par plus d'un quart des détenus.

L'incarcération n'empêche pas la consommation. Dans la première étude sur le sujet, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a analysé la prise des sept substances psychoactives les plus couramment consommées (tabac, alcool, cannabis, cocaïne, crack, MDMA/ecstasy, héroïne) en prison.

Se basant sur une étude menée en 2023 auprès de 1094 hommes détenus, représentatifs de la population carcérale, les résultats montrent que ces produits, qu'ils soient prohibés ou non, sont généralement consommés à des niveaux sensiblement plus élevés en prison que dans le reste de la population.

L'usage du cannabis largement répandu en prison

Le tabagisme quotidien en prison atteint les 63%, un pourcentage 2,5 fois plus élevé qu'à l'extérieur. De même, le rapport note que l'usage de cannabis est largement répandu en prison. La moitié des détenus (49%) déclare avoir déjà consommé cette drogue au cours de leur détention, quelle que soit la durée effective de celle-ci. 39% consomment du cannabis au moins une fois par mois, 34% au moins une fois par semaine, et 26% chaque jour. Ce niveau de consommation quotidien est huit fois plus élevé que dans la population générale. 

De manière générale, près de quatre détenus sur cinq (77%) ont déjà consommé au moins une fois du tabac, de l'alcool, du cannabis, de la cocaïne, du crack, de la MDMA/ecstasy ou de l'héroïne au cours de leur détention. Par ailleurs, 24% assure n'avoir consommé que du tabac, souligne le rapport. Ces niveaux élevés de consommation sont expliqués par l'Observatoire par une "continuité des usages". Selon l'organisme, une grande majorité de ceux qui ont consommé en prison des substances psychoactives le faisait déjà avant leur incarcération. Concernant le cannabis, 25% des détenus consommaient cette substance soit quotidiennement, soit régulièrement (au moins 10 fois par mois) avant d'être emprisonnés.

L'étude note une exception concernant la consommation d'alcool, dont l'acquisition et la consommation sont interdites en prison. Ce produit connait des niveaux de consommation parmi les détenus "nettement" plus faibles que dans la population générale. En 2023, 16% des personnes interrogées ont déclaré avoir déjà consommé au moins une fois de l'alcool au cours de leur détention, une consommation qui est qualifiée de "plutôt occasionnelle". 

L'ensemble de détenus interrogés note ainsi que le cannabis est plus accessible en prison que l'alcool, bien que ce produit reste la troisième substance la plus consommée en prison. Une précédente enquête de l'OFDT observait que la taille des bouteilles d’alcool et son indivisibilité est un argument fréquemment mentionné par les détenus pour expliquer la circulation moins importante de ce produit par rapport au cannabis. Autre raison avancée, l'existence de réseaux de trafic, parfois très organisés, spécialisés dans la revente de cette substance, et qui permettrait une plus grande disponibilité du cannabis par rapport à l'alcool.


Aurélie LOEK

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