POLEMIQUE – Un représentant de l'Alliance anti-corrida a été reçu mardi au siège de l'Unicef France après une action de l'association contre le renouvellement par l'agence de l'ONU du label "Ville amie des enfants" à Nîmes. Entre les opposants à la tauromachie, qui estiment que la municipalité fait du prosélytisme pour inciter les jeunes à fréquenter les arènes, et la mairie qui met en avant la valorisation de la culture tauromachique, le torchon brûle plus que jamais.

"A Nîmes, tout est fait pour attirer les jeunes sur les gradins des corridas, dont la fréquentation chute depuis plusieurs années". Claire Starozinski, présidente de l'Alliance anti-corrida, ne manque pas d'exemples pour dénoncer "l'offensive absolument inimaginable" menée selon elle par la municipalité du Gard, et même son "prosélytisme", pour initier les enfants au spectacle des taureaux dans les arènes.

Une exposition "Tauromachies universelles" organisée en janvier dans la ville, "sans avertissement à destination des mineurs" alors que les écoliers qui l'ont visitée y ont, assure Claire Starozinski, été confrontés à des scènes "d'une violence rare" (l'action en justice engagée alors par l'association est pour l'heure restée sans suite). Des manifestations comme les "rendez-vous en Terre d'Aficion" d'avril dernier, où petits et grands étaient invités à venir gratuitement participer à des ateliers ou assister à des spectacles dans les arènes. Des "stages" associatifs "d'initiation à la tauromachie" menés dans les quartiers, "avec l'aval et les subventions de la mairie", "où l'on apprend aux enfants à mettre à mort un animal". Ou encore une fresque contenant une scène de corrida dessinée sur le mur d'une école de la ville, que l'association est parvenue à faire effacer avant qu'elle ne soit redessinée.

Une cyberaction auprès de l'Unicef

Alors quand elle a vu en février dernier que l'Unicef renouvelait jusqu'en 2020 l'attribution à Nîmes de son label "Ville amie des enfants", Claire Starozinski a vu rouge. Une première lettre étant restée sans suite, les militants de l'Alliance anti-corrida - l'association revendique "2.200 adhérents à jour de cotisation" et "17.000 sympathisants actifs" - ont mené une cyberaction pour que l'agence des Nations unies chargée de la protection de l'enfance retire cette "honteuse caution". Certains allant jusqu'à la menacer de ne plus lui faire de dons.

Le président de l'Unicef a finalement envoyé début juin une lettre au maire de Nîmes , Jean-Paul Fournier, dans laquelle il rappelle à l'élu LR que le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a récemment recommandé à la France son devoir de "s'engager à faire des efforts pour faire évoluer les traditions qui peuvent porter atteinte au bien-être de l'enfant", et éviter que celui-ci ne soit ne soit exposé "directement à la tauromachie". Et l'un des vice-présidents de l'Alliance anti-corrida, Laurent Bodin, a été reçu au siège de l'Unicef mardi après-midi. Un rendez-vous déceptif : le label ne sera pas remis en cause selon lui, et l'agence de l'ONU ne devrait pas faire de communication publique sur le sujet. Claire Starozinski réfléchit déjà aux suites à donner à ce "manque de courage" d'une organisation qui "sait désormais qu'elle cautionne la tauromachie".

"Nous n'épiloguerons pas sur ce sujet"

En attendant, à la mairie de Nîmes, on reste droit dans ses bottes. Notre interlocutrice soupire en apprenant l'objet de notre appel. "C'est comme d'habitude… Nous n'épiloguerons pas sur ce sujet", prévient-elle d'emblée. Cette porte-parole du cabinet du maire nous indique toutefois que celui-ci a bien répondu il y a quelques jours au courrier de l'Unicef. Et que de toute façon, l'organisation "a toujours été au courant de ce qui se passe à Nîmes en matière de tauromachie : la Ville a une politique culturelle qui valorise sa culture et ses traditions. Oui, nous avons une culture taurine, cela fait partie de notre héritage".

Dans des manifestations comme "le printemps des aficionados", "les enfants découvrent comment manier une cape, visitent les arènes et leurs coulisses, mais il n'y a pas de taureau au milieu et ce ne sont en aucun cas des 'stages', poursuit-elle. On ne force personne à acheter un billet pour aller voir des corridas, il n'y a aucun prosélytisme". Le bras de fer entre les défenseurs de la "culture tauromachique" et les anti-corridas semble bien loin d'être terminé.

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Gilles DANIEL

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