Fête de la Gastronomie : les Français sont-ils vraiment fous de cuisine ?

par Virginie FAUROUX
Publié le 22 septembre 2017 à 8h00
Fête de la Gastronomie : les Français sont-ils vraiment fous de cuisine ?

Source : ERIC FEFERBERG / AFP

GOUT - Alors que la Fête de la Gastronomie se tient du 22 au 24 septembre, et que l'opération "Tous au restaurant" bat son plein jusqu'au 1er octobre, LCI s'est penché sur quelques indicateurs pour savoir si la France était toujours à la hauteur de sa réputation en matière de cuisine.

De 1953 (date à laquelle les premières émissions de cuisine apparaissent sur les écrans de télévision) à nos jours, bien manger a toujours été la première préoccupation des Français - après la météo et les bouchons sur la route des vacances, bien sûr. Et la Fête de la Gastronomie, qui se tient du 22 au 24 septembre dans toute la France, est assurément là pour le rappeler. Mais qu'en est-il vraiment du lien entre les Français et la cuisine ?

Le plaisir des fourneaux toujours là...

Depuis une dizaine d'années, cuisiner est une activité qui a bien évolué. De savoir-faire réservé à quelques chefs, elle est devenue accessible à tout un chacun. On serait même tenté de parler de phénomène de société. A la maison, celui qui cuisine ne s'astreint plus à une corvée ménagère, mais prend - aussi - du plaisir. Selon une enquête de l'institut d'études de marché Gfk, parue en 2015, les Français sont ceux, après les Chinois, qui prennent le plus de plaisir à mitonner fréquemment des petits plats. Plus de 62% le font au moins une fois par semaine, et 27% tous les jours. Signe d'inégalités persistantes, les femmes en France sont 33% à le faire tous les jours contre 21% d’hommes.

Le Français cuisine deux fois moins que l'Ukrainien

Pour autant, les Français ne sont pas ceux qui consacrent le plus de temps à cuisiner. La palme revient aux Indiens et aux Ukrainiens (13 heures par semaine); vient ensuite l’Afrique du Sud avec 9,5 heures. L’Indonésie suit avec un peu plus de 8 heures, puis l’Italie avec 7 heures et la France avec 6,7 heures. Les pays dont les habitants déclarent passer le moins de temps à cuisiner chaque semaine sont le Brésil (un peu plus de 5 heures), la Turquie (un peu moins de 5 heures) et la Corée du Sud qui suit de très loin avec moins de 4 heures, chiffre peut-être expliqué par le succès des plats à emporter à tout petit prix proposés par les vendeurs ambulants.

Autre paradoxe, les Français sont près d’un quart (24%) à se déclarer réellement passionnés par l’alimentation et la cuisine, mais de manière étonnante, ils ne se considèrent pas comme des experts et seulement 20% s’estiment connaisseurs et expérimentés en la matière. A l'inverse des Italiens et des Sud-Africains qui se disent les plus passionnés par l’alimentation et la cuisine (43 et 42% respectivement).

Un appétit toujours aussi grand pour les émissions de cuisine

Voilà peut-être pourquoi les émissions culinaires cartonnent autant ? De "Top Chef" à "Petits plats en équilibre", en passant par "Un Dîner presque parfait", les petits écrans regorgent, depuis plusieurs années, de chefs et de marmitons en tout genre, élevés pour certains au rang de stars. On ne présente plus les Cyril Lignac, Philippe Etchebest ou encore Julie Andrieu. Une mode qui vient indirectement... du Royaume-Uni ! Et du chef Jamie Oliver qui, avec son allure de bon copain, a su promouvoir dans ses émissions une cuisine simple et accessible à tous. Il "servira" en quelque sorte de modèle aux émissions de télévision françaises.

Mais la télé n'est que la partie émergée de l’iceberg. Les cours de cuisine, eux aussi, ont le vent en poupe. Selon le baromètre BVA de la vie quotidienne, publié en 2016, 1 Français sur 7 a déjà suivi un cours de cuisine (14%) et les trois-quart d'entre eux (75%) seraient favorables à la création de cours de cuisine à l’école. Un engouement qui déborde aussi sur internet. Comme le montre bien cette enquête, 46 % des recettes sont désormais inspirées par les différents sites. Le vieux bouquin de cuisine a du souci à se faire : il n'est plus utile que pour 38 % d'utilisateurs.  

Livres de cuisine : ils maquillent et photographient les platsSource : JT 20h WE
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Viandes, lait et plats préparés : en baisse après les scandales

Cuisiner, c'est désormais faire appel aux bons produits et au "fait maison". Le scandale de la viande de cheval dans des plats surgelés, et plus récemment du Fipronil dans les préparations à base d'oeufs, suscitent de plus en plus la méfiance des consommateurs. Selon le magazine de la grande consommation LSA, les plats cuisinés surgelés sont toujours dans le rouge, à -3,1% (chiffres de 2015). D’autres produits ont subi de plein fouet les crises alimentaires : la viande au premier plan, avec 32% des Français déclarant en consommer moins souvent qu’il y a 2 ans, suivie par le lait avec 27% de déconsommation par rapport aux 2 précédentes années, selon un sondage Harris Interactive publié au début de l'année.

"Faire soi-même est le meilleur moyen de manger sainement, et les gens l’ont compris. C’est aussi la façon la plus économique. Enfin, la cuisine possède un caractère rassembleur, authentique, et véhicule des notions de partage qui font mouche", explique Nicolas Bergerault, le cofondateur de L’Atelier des Chefs dans le Nouvel Economiste. Une vision que partage Yves Camdeborde, le chef de file de la "bistronomie" : "En période de crise, les gens ont tendance à se replier vers les fondamentaux : le bien-manger en fait partie. L’autre aspect, c’est que la cuisine procure un plaisir immédiat, pour celui qui prépare et celui qui mange".

Preuve de ce retour à l'authentique, toujours selon le baromètre BVA, 6 Français sur 10 cultivent des fruits, des légumes ou des herbes que ce soit dans leur jardin, leur terrasse ou balcon ou dans un jardin partagé (61%). Et 3 Français sur 10 consomment régulièrement des aliments bios (30%). En outre 3% des Français se disent végétariens et 11% pourraient envisager de le devenir. Par ailleurs, si manger végétarien ou ne pas manger de gluten n'est pas récent, de nouvelles modes "gastronomiques" émergent tels que les végan, crudivore, chrono nutrition, paléo ou encore flexitarien. Selon Harris Interactive, 4 à 5 % de la population sondée suivraient l'un de ces régimes mais plus de la moitié d'entre eux auraient commencé il y a moins de six mois.

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Un budget en perpétuelle hausse

Consommer de manière plus durable, certes, mais les Français restent préoccupés par leurs finances. Selon une note de l'Insee publiée en 2015, les ménages français ont consacré 232 milliards d'euros à leur budget "alimentation" en 2014, à domicile ou hors domicile, soit 3600 euros en moyenne par habitant. Et globalement, les Français prennent moins leurs repas à l'extérieur, surtout depuis la crise. Il faut dire que manger à l'extérieur coûte de plus en plus cher : depuis 1960, les prix ont augmenté de 5,9 % par an en moyenne, soit davantage que les prix de l'alimentation au domicile (+ 4 % par an)". L'an dernier, les Français ont dépensé 59 milliards d'euros dans les restaurants, cantines ou débits de boissons.

Pour autant, pour fêter un anniversaire de mariage, conclure un repas d'affaires important ou tout simplement vivre un moment exceptionnel, certains n'hésitent pas à se tourner vers les établissements triplement étoilés. Et avec 27 adresses en 2017, la France est le deuxième pays le mieux loti de la planète en la matière derrière le Japon et ses 32 "3 étoiles". De manière générale, les prix constatés dans un grand établissement 3 étoiles au Guide Michelin s'étalent de 80 à 250 euros en moyenne. Mais pour se faire plaisir à moindre frais, tablez sur le midi et ses tarifs plus décents (de 50 à 120 euros).

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Et qu'on se le dise, le repas gastronomique ne consiste pas qu'à manger : il faut d'abord "acheter de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble, choisir attentivement les mets, parmi tout un tas de recettes qui ne cessent de s'enrichir, savoir marier les mets et les vins, bien décorer sa table"... Ce sont toutes ces composantes qui ont poussé en 2010 l'Unesco à classer le repas gastronomique des Français sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.  C’est la première fois que la gastronomie d’un pays accède à ce statut.


Virginie FAUROUX

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