TRANSPORT - Les mesures anti-pollution mises en oeuvre dans une semaine à Paris vont se traduire par un casse-tête pour des milliers de propriétaires de vieilles voitures, mais les avis divergent quant aux conséquences sur le marché de l'occasion.

Fini les vieilles voitures dans Paris. Sur le papier, cette mesure prise par la Ville pour lutter contre la pollution a l'air simple. En pratique, c'est plus compliqué pour les milliers d'automobilistes concernés.

"Je comprends la démarche au niveau de la pollution, mais c'est arrivé de façon assez abrupte", explique ainsi Isabelle, 44 ans, à l'AFP. Elle habite dans le 15e arrondissement et est propriétaire depuis 20 ans d'une Citroën 2CV de 1982. Et elle ne voit pas comment elle pourra la remplacer. "Je suis au RSA", raconte-t-elle. "Ca veut dire que ma voiture, qui ne me coûte pas cher, je ne peux pas la remplacer". Et ce, même si elle ne se sert de son auto qu'en appoint en semaine, et pour sortir de Paris le week-end.

"On n'a pas les moyens de changer"

Un peu plus loin, Caroline Khebbache, une gardienne d'immeuble de 41 ans qui circule dans Paris en Renault Twingo de 1994, indique qu'elle va continuer à rouler avec. "Ils ne se rendent pas compte que l'on n'a pas les moyens de changer". En cas d'infraction, elle s'expose à 35 euros d'amende dès cette année puis à 68 euros en 2017.

Et il y a autant de cas différents que de personnes. L'association 40 millions d'automobilistes, qui tente de liguer les propriétaires s'estimant lésés pour lancer une action juridique, cite l'exemple d'un homme "qui emmène sa soeur à l'hôpital chaque semaine pour de la chimiothérapie", ainsi que "des serveuses qui travaillent la nuit" à Paris, quand les liaisons avec la banlieue sont plus ardues. Ils ont rejoint l'action collective de l'association devant le tribunal administratif. Ils vont tenter d'obtenir des dédommagements de la Ville de Paris.

"Un impératif de santé publique qui nous concerne tous"

Pour Flavien Neuvy, directeur de l' Observatoire Cetelem de l'automobile , "ceux qui possèdent les vieux véhicules aujourd'hui en France sont ceux qui n'ont pas les moyens, ça relève moins d'un choix personnel que d'une contrainte économique".
Dès ce vendredi, une trentaine de policiers ont commencé les premiers contrôles, sur la place de la Nation à Paris. Pour l'instant, pas encore de verbalisation, mais de la sensibilisation. "C'est un impératif de santé publique qui nous concerne tous, nous avons une responsabilité collective. Si on a un véhicule polluant, il faut penser à le laisser au garage en semaine", a déclaré l'adjoint EELV aux Transports Christophe Najdovski, présent sur place.

Reste qu'il est difficile de savoir exactement combien de voitures seront concernées, et combien cela leur coûtera. Selon une étude du site européen d'annonces AutoScout24 , sur 6,12 millions de véhicules immatriculés en Ile-de-France, près de 700.000 ont plus de 19 ans, dont 74.900 à Paris.

Conséquences dures à prévoir sur le marché de l'occasion

Mais la part modale de l'automobile au sein de la capitale est faible : 7% des déplacements, indique une étude de la direction de l'Equipement de 2013. De même, seuls 26% des Parisiens possédaient une voiture en 2010, et 65% de ces automobiles n'étaient pas utilisées lors des jours ouvrés. Pour les déplacements banlieue-Paris, la part de l'auto monte à 25%, en forte baisse sur dix ans toutefois (-10 points).

D'ailleurs, pour Jérôme Ponsin, directeur général de LaCentrale.fr , spécialiste des petites annonces auto, ces nouvelles règles vont provoquer "un changement de comportement" chez les propriétaires de vieux véhicules venus de banlieue : ils les gareront aux portes de Paris et poursuivront en transport en commun. Pour lui, il n'y aura donc pas tellement d'arrivée massive de véhicule sur le marché de l'occasion, ce qui ferait baisser les prix, comme le prédisent 40 millions d'automobilistes ou AutoScout24. Les propriétaires de ces véhicules "vont continuer à en avoir besoin en dehors de Paris et les conserver", assure-t-il.

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La rédaction de TF1info

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