Un antidiabétique fait actuellement fureur sur les réseaux sociaux pour ses propriétés amaigrissantes.
Le phénomène engendre des tensions d'approvisionnement et inquiète pour ses effets secondaires.
L'Agence nationale du médicament (ANSM) a rappelé à l'ordre les médecins.

Il incarne un remède miracle pour les uns mais un potentiel risque pour la santé publique selon les autres. Le produit injectable Ozempic fait actuellement fureur sur TikTok pour ses propriétés amaigrissantes, suscitant dans le même temps des tensions d'approvisionnement et l'inquiétude des médecins. 

Et pour cause : cette supposée pilule minceur est à l'origine un antidiabétique indiqué pour "le traitement du diabète de type 2 insuffisamment contrôlé" chez les adultes, précise le laboratoire Novo Nordisk, qui le commercialise en France depuis 2019.

Perte de poids de l'ordre de 10% en un an

Son principe actif, le sémaglutide, agit en se fixant sur les récepteurs d'une hormone qui a un rôle dans le contrôle de la glycémie et stimule la libération d'insuline lorsque le taux de glucose dans le sang est élevé. Mais il ralentit en effet également la vidange de l'estomac, diminuant de fait l'appétit et engendrant des pertes de poids importantes, de l'ordre de 10% en un an. 

C'est d'ailleurs cette propriété qui a permis à l'industriel d'obtenir la commercialisation du sémaglutide dans de nombreux pays, dont les États-Unis, à une dose plus forte et sous un autre nom, Wegovy, indiqué pour le traitement de l'obésité. En France, le Wegovy a reçu un avis favorable de la Haute autorité de santé (HAS) dans le traitement de l'obésité fin décembre. Il est pour le moment limité aux personnes très obèses avec une maladie associée.

"Ordonnances falsifiées"

En attendant une décision des autorités sur son prix et son remboursement, Wegovy est délivré au compte-gouttes, "contrairement à l'Ozempic qui est disponible avec une ordonnance normale", constate le Pr Jean-Luc Faillie, de l'université de Montpellier. Conséquence ? "Des pharmaciens ont constaté des ordonnances" d'Ozempic pour des personnes non diabétiques ainsi que "des ordonnances falsifiées, utilisées par plusieurs personnes".

L'ANSM a en conséquence rappelé à l'ordre les médecins, leur demandant de respecter strictement l'indication de diabète pour la prescription. Si l'Agence nationale du médicament (ANSM) ne constate pas pour l'heure de "pic particulier ou hausse brutale ces derniers mois de la consommation", l'Ozempic a connu des "tensions d'approvisionnement" dues à l'augmentation de la demande mondiale. Novo Nordisk admet que sa "capacité d'approvisionnement actuelle ne répond pas toujours à cette demande excédentaire", déplorant "une disponibilité intermittente et des ruptures de stock périodiques".

"Risque accru de cancer de la thyroïde"

La capacité d'approvisionnement n'est pas le seul sujet d'inquiétude. Les médecins redoutent aussi des effets secondaires du sémaglutide, "sous-notifiés" selon le Pr Faillie, en charge de sa pharmacovigilance. "C'est le problème 'hors des clous' : ni les patients ni les prescripteurs ne sont motivés pour déclarer" d'éventuels effets secondaires. Outre des nausées, "il existe aussi des risques plus rares mais plus graves comme des pancréatites aigües, qui peuvent survenir même à doses faibles, des troubles biliaires, de rares cas de constipation sévère qui peuvent conduire à l'obstruction intestinale", relève-t-il, pointant aussi un "risque accru de cancer de la thyroïde" après plusieurs années de traitement.

Faut-il craindre un nouveau scandale sanitaire ? "On a plus de recul sur cette classe pharmacologique", rassure le Pr Faillie soulignant les risques du sémaglutide "maîtrisés" au vu des bénéfices dans le diabète. "Si on l'utilise pour perdre quelques kilos, là le bénéfice thérapeutique est nul, c'est juste de l'esthétique alors que les risques sont toujours présents", met-il en garde, alors que des incertitudes demeurent "notamment chez les patients obèses sur le long terme".

"J'ai commencé Ozempic il y a six semaines", raconte en legging et brassière de sport, une tiktokeuse américaine dans une vidéo vue près de 100.000 fois. "Je n'ai fait aucun exercice, je me suis juste injecté le produit !", poursuit-elle visiblement très amincie eu égard aux "avant-après" sur lesquels elle s'appuie. Sur TikTok, le mot-clé #Ozempic culmine à plus de 500 millions de vues.


Audrey LE GUELLEC

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