Le Vieux continent n'a pas échappé à l'onde de choc Metoo, parti d'un simple hashtag sur Twitter il y a cinq ans jour pour jour.
Avec cette libération de la parole, les comportements ont changé, trouvant un écho dans la loi.
Des avancées en faveur des droits des femmes et contre les violences sexuelles, accélérées par Metoo, dans de nombreux pays de l'Union européenne.

Cinq petits caractères, qui continuent d’avoir un impact planétaire. En explosant sur Twitter le 15 octobre 2017 sous la plume de l'actrice américaine Alyssa Milano, Metoo a bouleversé durablement la société. Aux quatre coins du monde, ce mouvement de libération de la parole s’est ancré dans le quotidien des femmes et des hommes, bousculant les codes en place, dans de nombreux milieux, du cinéma à la politique, en passant par la restauration, pour n'en citer que quelques-uns.

En Europe, le Vieux Continent n’a pas échappé à l’onde de choc, le hashtag se déclinant selon les langues, mais portant le même message. En Suède, en Espagne, en France, au Royaume-Uni… Les comportements ont changé. Des bouleversements qui ont trouvé leur écho dans la loi, en faveur de la protection des droits des femmes et de l'égalité hommes-femmes. Cinq ans après Metoo, le mouvement est parvenu à trouver des traductions concrètes dans la législation de certains pays de l’Union européenne.

"Metoo a servi de catalyseur"

Les avancées en faveur des droits des femmes et contre les violences sexuelles "allaient finir par arriver sur un plan juridique", note Eulalie Deneuville, juriste en droit des femmes auprès de TF1info, prenant en exemple la législation française, qui est en "constante évolution depuis les années 2000". "Tour à tour, les États membres viennent compléter leurs législations. Ce qui a été très fort, dans Metoo, c’est à la fois de dénoncer l’impunité, mais aussi l’absence de prise en compte du consentement, qui est une notion un peu oubliée", déroule la spécialiste. 

"En cela, le mouvement Metoo a servi de catalyseur", insiste la juriste, doctorante en droit européen. "C’est un accélérateur de la prise en compte sociale, politique et juridique", ajoute-t-elle. Si les avancées dans les différents pays de l’Union européenne sont "disparates, on a vu, en France, et dans d’autres pays européens, des lois qui sont venues redéfinir le viol ou introduire le consentement", poursuit-elle.

L'Espagne et la Suède "bons élèves"

Ainsi, un an après Metoo, le mouvement a trouvé un fort écho, notamment en Suède, où le gouvernement a débloqué des fonds pour défendre la cause des femmes et où une loi sur le consentement a été votée. Un retentissement très présent aussi en Espagne, marquée en 2016 par l'affaire du viol collectif de "La Meute", qui avait déchaîné la colère des Espagnoles. 

"En revanche, l'Allemagne n'a pas attendu Metoo pour légiférer sur le consentement", précise Eulalie Deneuville. Outre-Rhin, les lignes avaient en effet déjà bougé depuis 2013, suite à une vague de témoignages sur Twitter faisant état de harcèlements sexuels (ces témoignages étaient accompagnés du hashtag "aufschrei ", cri d’alerte, en français).

La France aussi, en 2019, a adopté deux lois, dans le cadre du Grenelle des violences conjugales. Si le pays ne fait pas partie du club restreint des pays européens qui introduisent la notion de consentement dans la loi, les textes adoptés "renforcent l’arsenal juridique existant pour la lutte contre les violences sexuelles et sexistes", estime Eulalie Deneuville. "Ce qui est nouveau, c’est que l’on va prendre en compte la dimension sexiste, genrée", ajoute-t-elle. Une prise en compte des inégalités qui illustre, selon la chercheuse, un "mouvement normatif qui tend à s’accélérer au fil des années".

"Réponse tardive de l'Union européenne"

Si, en matière de violences sexistes et sexuelles, qui relèvent du domaine pénal, la compétence revient en grande partie aux États-membres de l’UE, "il y a une volonté d’unification des législations sur ce plan", explique Eulalie Deneuville. En 2021, le Parlement européen a ainsi demandé à la Commission européenne (qui propose les textes de loi) de légiférer sur les violences sexuelles et de présenter une directive, à valeur contraignante pour les États membres. 

La commission souhaite notamment "ériger en infraction pénale le viol – qui sera défini selon les termes de la convention d’Istanbul, selon laquelle le consentement doit être donné volontairement -, les mutilations sexuelles ou encore la cyberviolence... tout un panel de mesures pour aider les victimes", résume la spécialiste. Une réponse "tardive" à Metoo, mais qui montre la volonté de Bruxelles de faire entrer certains "standards juridiques" dans la législation des États membres.

Que ce soit au niveau européen ou national, un long travail reste à faire pour la poursuite de ces avancées juridiques. "Aujourd’hui, on entre dans le deuxième temps du chapitre Metoo", analyse Eulalie Deneuville. Outre les lois, il faut des moyens pour ancrer les comportements. Pour faire appliquer ces avancées législatives dans la société, la "question du budget est fondamentale, comme celle de la prise en charge des victimes, et du soutien aux associations de terrain", conclut la juriste spécialisée. 


Sébastie MASTRANDREAS

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