La colère des Gilets jaunes

Gilets jaunes : e-commerce, sociétés de sécurité privées... qui sont les grands gagnants de la crise ?

La Rédaction de LCI
Publié le 18 décembre 2018 à 12h46
JT Perso

Source : JT 20h WE

REPORT - Achats reportés sur internet, vigiles sollicités tous azimuts... dans un climat social sous tension, clients et commerçants n'ont eu d'autre choix que s'adapter ces dernières semaines. Au lendemain du cinquième samedi de mobilisation nationale, certains secteurs ne peuvent que se satisfaire des effets de la gronde sur leur chiffre d'affaires, tandis que pour d'autres le sujet est tabou.

C'est ce que l'on appelle la relation de cause à effet. Depuis près d'un mois, la "crise des Gilets jaunes" semble profiter à certains secteurs. Ainsi, tandis que le mouvement commence à peser sur l'économie du pays, les petits commerces accusant notamment un recul de 40% de leur activité et la grande distribution une baisse de 15% de ses ventes, il est aussi quelques exceptions qui, au contraire, bénéficient de la gronde. Samedi 15 décembre, jour choisi par les manifestants pour "l'acte V", Agnès Pannier-Runacher a chiffré la perte d'activité pour les commerces : "En moyenne de -25%, avec des pointes à -50, -70, (et) dans certains endroits -90%", a indiqué la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, sur à BFMTV.

Les plateformes de vente en ligne

"Il y aura, en raison des blocages, des reports de ventes sur internet et Amazon sera probablement le grand gagnant de ce qui se passe en ce moment", expliquait déjà il y a quelques jours Denis Ferrand, directeur général de l'institut Coe-Rexecode. Une crainte partagée par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud qui, dès le 7 décembre, appelait les consommateurs empêchés d'accéder aux magasins, à privilégier pour leurs achats de Noël les "petits commerces" plutôt que les géants de la distribution en ligne. Les Français, "parce qu'ils ont peur, ils ne vont pas dans les petits commerces",  et font "massivement" leurs courses sur des plateformes comme Amazon, avait en effet déploré  la ministre se disant "inquiète" pour la situation du petit commerce. Présentant, lui aussi, Amazon comme "le premier bénéficiaire en termes de commerce" au lendemain du quatrième samedi de protestation des Gilets jaunes, le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, était allé jusqu'à évoquer des mesures d'accompagnement pour les commerçants qui subissent une perte de chiffre d'affaires en raison de la crise et des blocages. Un coup de pouce à destination des professionnel impactés qui se concrétise ce 18 décembre, par une aide d'un million d'euros, sous la forme d’exonération de taxes et d’un fonds d’urgence, annoncée par Anne Hidalgo. Par la même occasion, cette dernière a d'ailleurs appelé les Parisiens à apporter leur soutien, en faisant leurs achats de Noël dans les enseignes de proximité.

Si Philippe Prétat, président de DHL express France interrogé par Le Figaro, estime l'impact du report à "7% de croissance supplémentaire", les professionnels du secteur de l'e-commerce refusent d'être présentés comme les gagnants de cette crise sociale. "Je ne vois aucun transfert ou accélération, nous faisons une saison normale", a ainsi assuré Frédéric Duval, patron de la filiale française d'Amazon, à l'instar du constat rapporté par CDiscount.

Pour rappel, face aux blocages et fermetures par mesure de sécurité, près de 700 entreprises ont eu recours au chômage partiel ces dernières semaines, réduisant ainsi le temps de travail de 19 000 salariés. Le manque à gagner pour les commerçants est estimé entre 400 millions à un milliard d'euros. 

Sociétés de sécurité privées

À la veille de la nouvelle journée mobilisation du 8 décembre, les sociétés de sécurité privées ont été sollicitées tous azimuts par les commerçants, hôteliers et autres lieux d'accueil du public, aussi bien en Ile-de-France, qu’en région. En témoigne, l’état des lieux dressé par différents quotidiens, notamment régionaux, ces dernières semaines."La demande est plus importante depuis deux semaines. La période de Noël et le mouvement des gilets jaunes poussent les commerçants à prendre des précautions pour protéger leurs clients", témoignait notamment en fin de semaine dans Sud-Ouest la gérante d'une société de Gironde. Dans Le Parisien, le vice-président du Syndicat national des entreprises de sécurité privée (Snes), évoquait pour sa part "un niveau de renfort jamais égalé" dans certaines villes et un "degré d’alerte proche du niveau attentat". Celui qui dirige  également une société de sécurité privée a par ailleurs expliqué avoir doublé, voire triplé ses effectifs par endroits. "Dans les lieux où il peut y avoir des casseurs, des troubles et des problèmes, un certain nombre de clients ont demandé des effectifs supplémentaires", confirmait Cédric Paulin, délégué général du Snes, à Franceinfo vendredi. Objectif ?Les protéger de la casse et des pillages. Pour rappel, les 170 000 agents de sécurité privée en France, dont la présence est surtout dissuasive, ne sont pas habilités au maintien de l'ordre et ne sont pas armés.

Armureries

Du côté des armureries parisiennes, si l'on ne note "pas d'augmentation notoire des demandes", quelques achats spécifiques tendent tout de même à être assimilés aux récentes manifestations qui ont agité la capitale. Le 10 décembre, le Président de la Chambre Syndicale des Armuriers Yves Gollety observait ainsi "une augmentation du nombre de ventes sur les bombes lacrymogènes au gaz CS et quelques demandes pour l'achat de Flashball "principalement de la part de bijoutiers". C'est d'ailleurs à l'aide d'un de ces lanceurs qu'un bijoutier du XVIIe arrondissement de Paris avait repoussé, le 8 décembre dernier, les casseurs qui s'en prenaient à sa vitrine


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