Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance a lancé un appel à la mobilisation ce jeudi.
Les professionnels revendiquent, entre autres, une revalorisation des salaires et une amélioration des conditions de travail.

"La couche est pleine", ironise-t-on dans le secteur. De Paris à Marseille en passant par Lyon, Nice, Bordeaux, Nantes ou encore Le Mans et La Roche-sur-Yon, une trentaine de cortèges ont défilé ce jeudi 2 février à l'appel du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE). Leurs revendications portent sur les salaires et les conditions de travail, mais aussi sur les retraites, le syndicat exigeant "un départ anticipé avant 60 ans" prenant en compte la pénibilité du métier.  

"Comment envisager de travailler jusqu'à 64 ans dans ce secteur quand on commence souvent à 18 ans", résume Véronique Escames, Cosecrétaire générale du SNPPE. "Au bout d'un certain temps, on est abimée", ajoute celle qui, aujourd'hui âgée de 55 ans, a elle-même débuté comme auxiliaire de puériculture à 21 ans et se trouve aujourd'hui en invalidité. Sur son site, le syndicat souligne que les professionnels accueillent généralement des enfants de 0 à 3 ans, "pesant en moyenne 11 kilos à 18 mois" et qui "sont portés en moyenne six fois par jour". Tout au long de leur carrière, ces derniers cumuleraient ainsi respectivement pas moins de "4 millions de kilos" de charge soulevée.

"Etre un peu plus visibles"

Outre les manifestations organisées dans plusieurs de villes de France, de nombreuses crèches étaient entièrement ou partiellement fermées ce jeudi, un préavis de grève ayant été déposé. "Dans certaines structures, il arrive aussi que du personnel non gréviste sensibilise les parents via des bandeaux et des panneaux d'affichage", ajoute Véronique Escames. En écho à la mobilisation de mardi dernier, elle rappelle que dans "des professions où on est déjà pas très cher payés, certains ne peuvent pas se permettre deux jours de grève la même semaine".

C'est le cas d'Audrey, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche municipale des Yvelines et membre du bureau du SNPPE, qui souhaitait prendre part aux deux mais a dû faire un choix. Elle a pris part à la manifestation parisienne ce jeudi, partie à la mi-journée du centre de la capitale pour prendre la direction de l'hôtel Matignon sous le mot d'ordre "La précarité c'est dégueulasse, le social c'est trop la classe". "Dans la petite enfance, on est assez noyés dans la masse, on a besoin de mobilisations représentatives du secteur comme celle d'aujourd'hui pour être un peu plus visibles", estime-t-elle. La jeune femme pointe elle aussi des conditions de travail difficiles. "On dit que pour qu'un enfant soit bien traité, il faut que les adultes qui s'occupent de lui soient bien traités, et bien nous professionnels de la petite enfance, on se sent maltraités", poursuit-elle en écho à la charte nationale de l'accueil du jeune enfant. "Au niveau de notre ergonomie par exemple, parce qu'on doit souvent faire vite et qu'on n'est pas toujours assez nombreuses, de plus en plus de collègues ont des problèmes de dos, des hernies, des tendinites à répétition".

"Un épuisement général"

Elle évoque aussi la fatigue psychique. "Il y a peu, dans la structure où je travaille, on s'est retrouvés à trois pour s'occuper de 22 enfants dont un enfant avec des troubles autistiques. Légalement, on était dans les clous, mais en pratique c'est trop peu, un enfant est monté sur un meuble et est tombé, il s'est blessé, légèrement heureusement, mais on a toutes eu vraiment peur", illustre-t-elle, déplorant que le manque de personnels nuise au bon accueil, voire à la sécurité des plus petits. "Il y a un épuisement général', abonde Véronique Escames qui se réjouit elle aussi que cette journée de mobilisation permettre de rendre plus visible le secteur de la petite enfance qui passe trop souvent "inaperçu". 

Ce jeudi à la mi-journée, le syndicat commençait toute juste à analyser les remontées de terrain de ses adhérents pour évaluer l'ampleur de la mobilisation. En pratique, les parents d'enfants en bas âge déjà confrontés à des fermetures partielles ou totales mardi dernier, ont dû s'organiser. Concernant l'"accueil municipal, il arrive que les communes ferment certaines structures pour en maintenir d'autres ouvertes en regroupant le personnel non grévistes. Sur d'autres, il arrive que toutes les structures soient fermées", illustre encore la Co-secrétaire générale. "Les professionnels des structures privées nous ont donné l'impression de ressentir davantage de pression par rapport à cette grève, certains s'étant entendus dire qu'ils ne pouvaient pas faire grève car le syndicat majoritaire du groupe concerné n'avait pas déposé de préavis ce qui n'est pas nécessaire puisqu'un préavis national a été déposé", souligne-t-elle enfin. 


Audrey LE GUELLEC

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