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Guerre en Ukraine : observe-t-on un retour en force des centrales à charbon à travers l'Europe ?

Thomas Deszpot
Publié le 27 juin 2022 à 18h50
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Alors que les craintes d'un "blackout" énergétique se multiplient, le gouvernement a décidé de redémarrer la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle.
L'Allemagne, de son côté, a également expliqué qu'elle allait recourir au charbon pour garantir sa production en énergie.
Il ne s'agit pas de cas isolés en Europe, souligne une chercheuse, bien que ces réouvertures soient des solutions de court terme.

Engagée aux côtés de ses partenaires européens à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, la France se résout aujourd'hui à relancer... une centrale à charbon. Si la fermeture du site de Saint-Avold, en Moselle, avait été actée à la fin mars après 71 ans d'activité, la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine est passée par là. Le gouvernement fait ainsi machine arrière en ce début de semaine, expliquant envisager une reprise ponctuelle de l'activité de la centrale en vue de passer l'hiver prochain.

 Il y a moins de dix jours, c'est l'Allemagne qui prenait une décision similaire : Berlin a ainsi annoncé que cinq sites, promis à la fermeture entre fin 2022 et fin 2023, allaient rejoindre "une réserve de réseau", conçue pour être mobilisable en cas de pénurie d'énergie. Une décision "amère", de l'aveu du ministre de l'Économie et du Climat, l'écologiste Robert Habeck. Si nos voisins font, comme en France, ce choix à reculons, ils ne sont pas les seuls en Europe à s'y résoudre.

De l'Italie aux Pays-Bas, en passant par la Grèce

Ce recours au charbon se révèle être une tendance très marquée, observent les spécialistes. Chercheuse au Centre Énergie de l'Institut français des relations internationales (IFRI), Carole Mathieu note auprès de TF1info que "la France n'est à l'heure actuelle pas du tout isolée, puisque cela concerne tous les pays qui ont des capacités de production basées sur le charbon". Nous nous trouvions "ces dernières années sur un calendrier de fermetures un peu partout en Europe", fait-elle remarquer, "mais là, les plans de sortie sont progressivement reconsidérés".

Outre la France et l'Allemagne, citons ainsi l'Autriche, qui va relancer sa centrale à charbon située à Mellach, au Sud du pays.

La Tribune rappelle qu'en mars, l'Italie a approuvé des mesures d'urgence, prévoyant de réagir à une potentielle pénurie de gaz. Des mesures parmi lesquelles figure clairement l'option de rouvrir les centrales à charbon. Censées fermer, les centrales bulgares ont, elles aussi, vu leur durée de vie prolongée, le gouvernement décidant d'un report des fermetures prévues initialement. 

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La Royaume-Uni, au cours des dernières semaines, a différé la fin annoncée du charbon sur son sol. Prévue en septembre, elle est repoussée afin de permettre l'exploitation de trois centrale dans le contexte actuel. "N'oublions pas non plus la Grèce", glisse Carole Mathieu. La chercheuse indique en effet que le pays va doubler sa production de charbon, conséquence directe du conflit en Ukraine. "Pour ce qui est du Portugal, qui a déjà acté sa sortie du charbon, il n'est aujourd'hui pas question de faire machine arrière, mais on peut y voir un choix subi". En effet, des installations fermées définitivement ne peuvent pas toujours être réhabilitées en quelques semaines ou quelques mois. "En pratique, c'est surtout qu'ils ne peuvent pas", note l'experte de l'IFRI, soulignant que peuvent aussi se poser des problèmes de ressources humaines. Les salariés compétents qui se sont reconvertis suite à la fermeture des centrales ne sont pas forcément disponibles quand l'activité reprend de longs mois, ou années, plus tard.

En ce premier semestre 2022, comment expliquer le retour en grâce du charbon ? Avant tout chose, Carole Mathieu insiste sur le fait qu'il s'agit de mesures temporaires : "Considérons cela comme une forme de sursis plutôt qu’une renaissance", estime-t-elle, "la priorité était de sortir du charbon dans l'UE, mais à l'heure actuelle une autre priorité s'est imposée, à savoir sortir du gaz russe". Au bout du compte, ces décisions conjointes prises à travers l'Europe seraient avant tout une forme de pragmatisme. "On dispose de peu d’options sur la table, à court terme, d'où ce retour au charbon. Il est en pratique assez facile de réactiver des centrales et l'on est ici face à l'un des rares scénarios pouvant être déployé en quelques mois. Clairement, nous sommes aujourd'hui dans une phase de transition, qui a pour vocation à être temporaire". L'Allemagne a en effet réaffirmé qu'elle comptait respecter scrupuleusement ses engagements en matière de transition énergétique, et que la guerre en Ukraine ne devait pas l'empêcher de respecter les calendriers déjà fixés.

Notons enfin que contrairement à d'autres modes de productions d'énergie et malgré son caractère très polluant, le charbon présente l'avantage d'être extrait par de multiples pays de par le monde. Si environ 45% du charbon consommé en Europe est produit à l’échelle de l’UE une grande diversité de producteurs alimentent la demande. Dès lors, les possibilités d’importation se révèlent assez large et ne suscite pas trop d’inquiétudes majeures. 

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