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Des places d'hébergement réservées aux Ukrainiens sont-elles vacantes ?

Publié le 16 décembre 2022 à 18h46, mis à jour le 19 décembre 2022 à 10h28

Source : Sujet TF1 Info

Ian Brossat dénonce des capacités d’hébergement vides, accordées aux réfugiés ukrainiens.
Saisi par des associations, le Conseil d’État doit rendre une décision la semaine prochaine.
Depuis samedi 17 décembre, 200 places ont été réquisitionnées au centre de la Villette.

Mise à jour du 19/12 : 200 places ont été ouvertes au GL Events samedi 17 décembre pour des familles à la rue et des femmes isolées.

Des centaines de personnes dorment-elles dehors tandis que des places sont disponibles, mais réservées à des Ukrainiens absents ? C’est ce que dénonce Ian Brossat, adjoint à la ville de Paris en charge du logement, sur Twitter, alors que les températures ont chuté en dessous de 0 degré cette semaine. 

Depuis, plus de 700 personnes migrantes et sans solution d'hébergement à Paris ont été mises à l'abri. Mais ici, l’adjoint d’Anne Hidalgo vise le Paris Event Center, un centre de premier accueil situé Porte de la Villette et géré par le GL Event. Disposant d’une capacité de 250 places, la société privée a été missionnée par l’État à la mi-mars pour "mettre à disposition des espaces et aménager des sites dédiés pour accueillir des réfugiés en France, notamment en région parisienne". Problème, "tous les soirs, 100 places ne sont pas utilisées alors même qu’à quelques mètres, des personnes dorment dehors", déplore Ian Brossat. 

En effet, la préfecture de Paris refuse d’ouvrir ce centre d’hébergement d’urgence à toutes les nationalités pour pouvoir gérer un éventuel afflux de ressortissants ukrainiens si cela se présentait. Le 5 décembre dernier, la justice administrative en a décidé de même en rejetant la demande de deux associations, Utopia 56 et Médecins du monde, estimant que le dispositif d’accueil prévu ici était "spécifique de manière à ne pas saturer les dispositifs de droit commun de l'hébergement d'urgence". 

Un nombre de places pas communiqué

Une incompréhension pour les associations."Le ministère a décidé de mettre en place un système parallèle au 115 pour l’accueil des personnes ukrainiennes, argue Nikolaï Posner, chargé de communication à Utopia 56. Ce qui nous aurait paru logique aurait été d’augmenter les moyens accordés au 115 (numéro d’urgence pour les personnes sans abri, ndlr) et les capacités d’accueil pour répondre à tous les besoins." Ayant fait appel de la décision, les associations étaient face au Conseil d’État ce vendredi 16 décembre. Elles demandent non seulement l’ouverture de ces centres à toutes les nationalités quand les places sont disponibles, mais aussi la communication par l’État du nombre de places laissées vacantes.

Car à l’échelle nationale, les données manquent. Compétent en la matière, le ministère de l’Intérieur ne fournit plus de chiffres aux associations, ce qu'il a pourtant pu faire par le passé. "Au 15 juillet dernier, près de 84.770 places d’hébergement sont comptabilisées, avec un taux moyen d’occupation de 49%, soit 43.036 places disponibles", selon la place Beauvau. Contacté, le ministère n’était pas revenu vers nous dans l’immédiat. 

Selon nos informations, un autre centre dispose de places inoccupées en région parisienne : un hôtel à Pantin (limitrophe de Paris en Seine-Saint-Denis), géré par Emmaüs Solidarités. Chaque soir, une cinquantaine de lits restent vides dans ce centre de premier accueil, réservé aux Ukrainiens les plus vulnérables. Dans leur requête devant le Conseil d’État, les associations se concentrent cependant sur le centre de la Villette (19e arrondissement parisien). Où elles demandent donc plus de transparence sur le taux d’occupation réel pour pouvoir remplir les places vides à la tombée de la nuit.

"Le ministre de l'Intérieur nous donne une moyenne de places occupées mais on ne peut pas vérifier puisque rien n'est versé au contradictoire, soutient Me Samy Djemaoun, avocat d’Utopia 56 et de Médecins du monde. Au plus haut de la crise, en septembre, le ministre de l'Intérieur nous indique qu'il y avait jusqu'à 162 places occupées sur un total de 250. Aujourd’hui, il est avancé qu'en moyenne, 121 déplacés ukrainiens sont hébergées chaque nuit au centre des Congrès. Médecins du monde s’est rendu sur place cette semaine et il en est ressorti un constat clair : les arrivées sont de plus en plus insignifiantes et se font de manière très individuelle."

Les associations ne sont pas les seules à s’être battues pour que le centre de Porte de la Villette s'ouvre au plus grand nombre. Avant l’été, Ian Brossat a écrit à la préfecture de Paris en ce sens. Ce qui lui a été refusé de la même manière. Sollicitée, la préfecture n’a pas encore répondu à nos questions. Mais elle a infléchi sa position samedi 17 décembre, tandis que la décision du Conseil d’État est attendue la semaine prochaine, en ouvrant 200 places au GL Events pour des femmes isolées et des familles à la rue. Des places d'hébergement qui ont été libérées dans un hangar à proximité du dispositif réservé aux Ukrainiens. 

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Caroline QUEVRAIN

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