Un rapport de l'enquête sur le meurtre du professeur d'histoire-géographie le 16 octobre 2020 par un jeune homme radicalisé a été dévoilé.
Il a révélé la "vive inquiétude" de Samuel Paty, quelques jours avant d'être tué.
Se disant "menacé par des islamistes locaux", il demandait notamment à des collègues de le raccompagner à son domicile après les cours.

Quelques jours avant d'être assassiné, Samuel Paty semblait vivre avec l'effrayant pressentiment qu'il était en danger. L'enquête sur le professeur d'histoire-géographie a souligné sa "vive inquiétude ressentie" avant son assassinat le 16 octobre 2020 dans les Yvelines, "devant l'ampleur et l'agressivité de la polémique" qui le visait, selon un rapport d'enquête dévoilé par Le Parisien lundi et consulté par l'AFP.

Dans ce "rapport de synthèse" final de la Sdat (Sous-direction anti-terroriste) daté du 28 juin, un enquêteur résume les investigations sur l'assassinat du professeur d'histoire-géographie de 47 ans, poignardé puis décapité près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe d'origine tchétchène, tué peu après par la police. Le jeune homme de 18 ans, radicalisé, lui reprochait d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression, et avait revendiqué son geste en se félicitant d'avoir "vengé le prophète".

Il avait pris connaissance de la polémique visant le professeur quelques jours plus tôt via les réseaux sociaux, où avaient été diffusées des vidéos de Brahim Chnina, le père d'une collégienne visée par une exclusion pour indiscipline et qui prétendait avoir assisté au cours et accusait à tort le professeur d'avoir stigmatisé les élèves musulmans de la classe, en leur demandant de sortir de la classe pendant la projection. La polémique a ensuite été amplifiée par le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.

"Je ne le reconnaissais pas"

Selon le rapport, Samuel Paty se sentait traqué dans les derniers jours avant son assassinat. Le 10 octobre, il écrit à des collègues par e-mails être "menacé par des islamistes locaux", rapporte Le Parisien, qui cite le rapport. Il "s'en ouvrait à au moins deux collègues, à qui il demandait de le véhiculer au collège et/ou à son domicile" deux jours avant les faits, alors qu'il avait l'habitude de rentrer à pied.

"Je ne le reconnaissais pas", a témoigné l'un de ces collègues, un professeur d'anglais, toujours cité par le quotidien. "Il avait clairement peur. Il était emmitouflé (...), il cachait son visage." "Je pense clairement qu’il avait des craintes pour sa vie", confie un autre de ses collègues, un professeur de mathématiques. Le 14 octobre 2020, selon le rapport, il effectuait des recherches internet "sur lui-même et la polémique dont il faisait l'objet", d'après son historique de navigation, et aussi "sur la définition juridique d'une menace à l'ordre public".

Le jour des faits, le 16 octobre, le professeur de mathématiques qui témoigne décrit un homme "très tendu", "il tournait en rond dans la salle des profs". D'après la vidéosurveillance, Samuel Paty est rentré cette fois à pied chez lui et a "rabattu la capuche de son manteau sur la tête dès sa sortie de l'établissement, pour potentiellement se dissimuler", avant d'être agressé et tué, note le rapport. Les enquêteurs retrouveront "un marteau" dans son sac à dos "sans qu'il ait été possible de déterminer l'usage auquel il était destiné".

Dans ce dossier, 14 personnes sont mises en examen. Les magistrats instructeurs ont signifié récemment la fin des investigations, et le parquet national antiterroriste doit rendre très prochainement son réquisitoire définitif, avant une décision finale des juges d'instruction. Après une plainte de proches de Samuel Paty, une autre enquête a été ouverte en avril par le parquet de Paris pour non-assistance à personne en péril et non empêchement de crime. 

Leur avocate Me Virginie Le Roy avait pointé des "fautes (...) tant du côté de l'Éducation nationale que du côté du ministère de l'Intérieur". D'après Le Parisien, la principale du collège avait alerté les autorités, la police et le rectorat, mais le professeur n'avait bénéficié d'aucune protection particulière. 


M.L (avec AFP)

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