Indignation à Amboise après les dégradations de la sculpture en hommage au héros algérien Abdelkader

La rédaction de TF1info
Publié le 5 février 2022 à 15h56
La sculpture vandalisée sera refaite à l'identique par l'artiste Michel Audiard.

La sculpture vandalisée sera refaite à l'identique par l'artiste Michel Audiard.

Source : Guillaume SOUVANT / AFP

Une sculpture représentant le héros national algérien Abdelkader a été vandalisée dans la nuit de vendredi à samedi à Amboise (Indre-et-Loire).
Le maire, qui inaugurait l'œuvre ce samedi matin, a fait part de son "indignation".
Une enquête a été ouverte.

L'œuvre d'art a été découpée à la disqueuse dans la nuit, à la veille de son inauguration. À Ambroise (Indre-et-Loire), la colère règne suite à la dégradation de la sculpture en hommage à l'émir Abdelkader dans cette ville où le héros national algérien a été détenu de 1848 à 1852, suscitant une large condamnation.  

Cette œuvre, réalisée pour les 60 ans de l'indépendance de l'Algérie, avait été proposée par l'historien Benjamin Stora dans son rapport sur "Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie", remis à Emmanuel Macron en janvier 2021. La sculpture, qui représente l'émir découpé dans une feuille d'acier rouillé, est signée de l'artiste tourangeau Michel Audiard.

Une enquête ouverte pour "dégradation grave de bien destiné à l'utilité publique"

Peu avant la cérémonie, samedi matin, les passants et la centaine de personnes présentes ont découvert que l'œuvre, intitulée "Passage Abdelkader", avait été largement dégradée dans la partie basse de la structure. "L'œuvre était en parfait état depuis sa mise en place il y a dix jours. La police municipale a constaté ce matin, un peu après 8 heures les dégradations. Il n’y a pas de revendication", a indiqué à l'AFP le chef d’escadron de la gendarmerie Hugues Loyez.

Le procureur de Tours Grégoire Dulin a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "dégradation grave de bien destiné à l'utilité publique et appartenant à une personne publique".

C'est un acte de lâcheté.

Michel Audiard, auteur de la sculpture

Si l'inauguration de la stèle a été maintenue, le maire d'Amboise Thierry Boutard (DVD) a fait part de son "indignation". "J’ai eu honte qu'on traite une œuvre d’art et un artiste de cette sorte. Le deuxième sentiment est bien sûr l’indignation. C’est une journée de concorde qui doit rassembler et un tel comportement est inqualifiable", a-t-il dit à l'AFP. 

"C’est une période politiquement tendue ou que certains se plaisent à tendre. (...) Nous résisterons contre ces propos calomnieux, ces actes inqualifiables, souvent teintés d’intolérance et de racisme", a-t-il ajouté

L'artiste Michel Audiard a confié sa peine de voir son œuvre en partie détruite. "C'est réellement un saccage prémédité. Il faut une disqueuse, il faut couper, il faut tordre. C'est un acte de lâcheté (...) Ce n'est pas signé, c'est gratuit. On était là pour fêter un personnage emblématique dans la tolérance et là, c'est un acte intolérant. Je suis atterré", a-t-il lâché. 

L'ambassadeur d'Algérie en France Mohamed Antar Daoud a dénoncé de son côté "un acte de vandalisme d'une bassesse inqualifiable". "Il faut dépasser cela (…). Le rapprochement franco-algérien continue. Il y a une dynamique, une volonté de part et d'autre d'aller de l'avant." L'historien Benjamin Stora a de son côté dénoncé "l'obscurantisme et l'ignorance" de ceux qui ont vandalisé l'œuvre. "L'émir Abdelkader a eu plusieurs vies. Il a combattu la France bien sûr, mais il a été aussi un ami de la France. Ceux qui ont fait ce geste ne connaissent rien à l'histoire de France, ce sont des analphabètes, des incultes qui ne savent pas ce qu'a été l'émir", a-t-il regretté. 

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La sculpture refaite "d'ici un mois"

Le maire d'Amboise a indiqué que l'œuvre serait "restaurée et refaite", quand l'artiste a estimé que cela pouvait être réalisé d'ici à un mois.

L'émir Abdelkader ibn Mahieddine est une figure de l'histoire de l'Algérie. Celui qui était surnommé "le meilleur ennemi de la France" a joué un grand rôle dans le refus de la présence coloniale française en Algérie. Il est considéré comme l'un des fondateurs de l'Algérie moderne. Après sa reddition, il a été emprisonné à Pau, Toulon, puis au château d'Amboise de 1848 à sa libération en 1852. Il s'est ensuite exilé à Damas, où il s'est illustré en 1860 en défendant les chrétiens de Syrie, en proie aux persécutions. Cet acte fera de lui un symbole de tolérance. Il sera récompensé de la Grand Croix de la Légion d'honneur.


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