Isolement, troubles du langage, manque d’empathie… comment l’exposition aux écrans affecte le développement psychologique des enfants ?

par Marjorie RAYNAUD pour TF1 INFO
Publié le 13 juin 2023 à 8h15

Source : JT 20h Semaine

Un enfant de 2 ans passe en moyenne 56 minutes par jour sur les écrans
Une trop grande exposition aux écrans impacte négativement le développement du langage
Les écrans peuvent nuire à la mise en place du cerveau empathique

L’Organisation mondiale de la santé préconise de ne pas exposer les enfants de moins de 2 ans aux écrans. En avril 2023, l’étude Elfe, portée sur le suivi de plus de 18 000 enfants sur une durée de 20 ans, révélait que cette recommandation n’était pas du tout respectée en France. Les résultats sont édifiants : un enfant de 2 ans passe en moyenne 56 minutes connecté par jour, et plus il grandit, plus son temps d’écran augmente : 1 h 20 à 3 ans et demi et 1 h 34 à 5 ans et demi. 

Outre le risque de dépendance, une exposition prolongée aux écrans peut générer de nombreux désordres sur le plan physique, mais aussi psychologique et social de l’enfant. Les spécialistes de santé invitent les parents à surveiller attentivement l’accès aux écrans, surtout pour les plus jeunes. D’après une étude réalisée par Santé publique France (SPF) et parue en janvier 2020, ceux qui sont exposés de façon précoce aux supports numériques et qui ne discutent pas de ce qu’ils voient ont six fois plus de risques de développer des troubles primaires du langage. Une surexposition a aussi un impact négatif sur le fonctionnement du cerveau des enfants, alors qu’elle favorise aussi l’isolement social.

Retards de langage : la surexposition aux écrans peut en être la cause

Si chaque enfant y va à son rythme, la médecine scolaire évalue l'âge de l'acquisition du langage à 4 ans. Pourtant, selon les données récoltées par SPF, 4 à 6% des enfants français présentent des troubles primaires du langage, non liés à une pathologie. Bien qu’il soit difficile de prouver leur lien direct avec la surexposition aux écrans, elle représente pourtant de sérieux facteurs de risque. L’étude alerte notamment sur la télévision dès le matin avant l’école : l’enfant va être tellement stimulé par le contenu qu’il va visionner qu’il ne sera plus concentré pour le reste de la journée. De plus, le fait de ne pas discuter avec lui de ce qu’il a vu aura un impact négatif sur le développement du langage. Cumulés, ces deux facteurs multiplient les risques par six que votre enfant développe des troubles primaires du langage.

Les écrans peuvent-ils modifier le fonctionnement du cerveau des enfants ?

Pour se développer, le cerveau des enfants a besoin d’être sans cesse stimulé. À l’instar de notre corps, il se nourrit de ce que lui donne à ingérer. Plus c’est varié et équilibré, mieux c’est. Si les écrans peuvent être d’excellents outils en matière d’éducation, ils ne doivent pas être prédominants dans la vie d’un enfant. S’ils sont utilisés de manière excessive, ils peuvent s’avérer dangereux pour le développement du cerveau des plus jeunes. Comme le précise le Professeur Pierre-Marie Lledo, directeur du département des Neurosciences à l’institut Pasteur et membre de notre Observatoire sur le bon usage des écrans, ils peuvent “nuire à la mise en place du cerveau empathique”. La spécialiste prend pour exemple les jeux vidéo, dans lesquels il est courant de tuer ses adversaires pour détruire leur monde. S’ils doivent être adaptés à l’âge de l’enfant, “ils peuvent entraîner des écueils sur la mise en place des différentes formes d’empathie qui accompagnent le développement de l’enfant”.

Vivre hyperconnecté favorise l’isolement social

En ligne, tout est plus beau, du moins, c’est l’illusion donnée par certains films, jeux vidéo ou autres contenus disponibles sur la Toile. À vivre trop connectés, les enfants s’éloignent finalement de l’essentiel : les interactions sociales, les vraies. Comme vous pouvez vous en douter, plus ils passeront du temps dans un monde où ni la timidité ni la pudeur n’existent, plus il sera compliqué de s’exprimer face à des personnes. Cette préférence pour le monde virtuel peut conduire progressivement à un isolement social. Si les écrans sont trop présents dans leur vie, ils risquent de se replier de plus en plus sur eux-mêmes, considérer qu’ils représentent leur unique source de satisfaction et se couper du monde extérieur. Isolement, stress, agressivité, symptômes dépressifs et baisse des résultats scolaires sont donc les troubles psychologiques et sociaux résultant d’une exposition prolongée aux écrans.


Marjorie RAYNAUD pour TF1 INFO

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