La colère des Gilets jaunes

"Jacquerie", "colère d'exclus", "blessure d'automobilistes"... que dit la presse étrangère des Gilets jaunes ?

Felicia Sideris
Publié le 20 novembre 2018 à 14h06, mis à jour le 20 novembre 2018 à 14h50
JT Perso

Source : Sujet Digital LCI

L'essentiel

VUS D'AILLEURS - Après un week-end de mobilisation qui a rassemblé près de 282.000 manifestants dans toute la France ce samedi, le mouvement se poursuit ce mardi avec plusieurs points de blocage. Un mouvement d'ampleur qui a fait couler beaucoup d'encre à travers le monde.

Alors que le mouvement des Gilets jaunes fait toujours autant parler de lui, Bruno Le Maire a évoqué ce mardi 20 novembre "une déchirure territoriale" du pays. Une opinion du ministre des Finances, interrogé sur France Info, qui est partagée par le correspondant en France du Times, le quotidien britannique.

Dans son édition du 13 novembre, le journal libéral-conservateur décrit ainsi ce mouvement qui a "divisé la France" à mesure que "la colère monte dans les zones rurales et les petites villes, où la plupart des gens prennent la voiture pour aller au travail”. De quoi s’interroger sur ce que pensent nos voisins de cette mobilisation inédite.

Vus de l'étranger, les Gilets Jaunes sont le peuple oublié

Le Times mentionne d'ailleurs ce caractère inédit de la mobilisation et l’impuissance de l’Etat à le juguler. Le quotidien souligne que le mouvement n'est pas constitué des "manifestants habituels". L'absence de syndicats, interlocuteurs ordinaires lors des mouvement sociaux, provoque "l’angoisse" d’un pays qui se dirige "vers l’inconnu, alors que les ministres tentent de comprendre ce qu’il se passe". Pour démontrer qu’une forme de chaos s’est emparée de la France, le journaliste anglais décrit donc un mouvement "tentaculaire et amorphe". Et dont la figure de proue, Jacline Mouraud, est une "théoricienne du complot devenue célèbre, avec des penchants pour le paranormal". 

De l’autre côté de l’Atlantique,  le New York Times propose une analyse différente. Face à ce mouvement, il explique à ses lecteurs le système des cotisations sociales en France, ce système mutualiste qui permet de "couvrir les soins de santé, l’assurance chômage et d’autres services" et "peuvent aller jusqu’à 40% du salaire" brut (que le gouvernement a toutefois entrepris de supprimer en grande partie, ndlr). Alors, selon le quotidien américain, pour ceux qui vivent hors des grandes villes et loin des services publics, "il est souvent difficile de sentir qu’ils en ont pour leur argent". Dans son édition du 17 novembre le journal cite ainsi de nombreux exemples de structures administratives défaillantes, comme les hôpitaux ou les mairies, faute de moyens dévolus. Et considère que la colère des Français provient d’une taxation trop importante par rapport à la disponibilité des services publics dans les communes les plus rurales.

Aucun des deux quotidiens anglo-saxons n'estime que la hausse du carburant soit le réel problème des Français qui participent à la mobilisation, contrairement à l’Italie et à l’Espagne, qui titrent sur ces taxes. En Italie, où le carburant est plus cher qu'en France, La Reppublica, considère ainsi que "la rage d’une classe sociale sans avenir explose" à cause d’un carburant trop cher. Le quotidien, classé plutôt à gauche, décrit la mobilisation des Gilets jaunes comme "la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre", des "exclus". 

De son côté, El País rappelle que, si le prix du carburant cristallise les problèmes des Français, la "liste des réclamations est longue". Selon le journal espagnol, tout a effectivement commencé avec les "blessures des automobilistes" comme la vitesse réduite à 80km/h avant "d’aller plus loin". Le titre de presse espagnol explique donc comment "la hausse des charges et la réduction de l’impôt sur la fortune en passant par l’arrogance supposée de Macron" sont toutes des raisons qui justifient la "colère contre les dirigeants du pays". 

Une crispation typiquement française

Le Temps, quotidien suisse

Enfin, nos voisins francophones ont également beaucoup traité la mobilisation. Le Temps évoque par exemple une "crispation typiquement française". Le quotidien suisse est assez virulent avec un mouvement à l’aspect "irrationnel". Dans son édition du 18 novembre, le quotidien suisse écrit donc : "Le fait que le prix du foncier soit bien moins élevé dans les campagnes et les villes moyennes que dans les métropoles – facteur clé pour le pouvoir d’achat – n’empêche pas le ressentiment d’une partie de la population française tributaire de sa voiture, et persuadée d’être ‘méprisée’ par les élites parisiennes." Mais si le journal décrit des "jacqueries" et des "poussées de fièvre populaires, sociales et populistes" assez classiques au sein de la population française, il reconnaît également que, avec 25% d’opinions favorables selon tous les sondages, Emmanuel Macron est "aspiré vers le bas". Et il lui revient alors de faire des "concessions significatives – et compréhensibles par tous – de son gouvernement".

Du côté de la Belgique, la hausse du carburant a été la "goutte de pétrole qui fait déborder le vase taxatoire", ose Le Soir dans un néologisme. Dans un pays où les Gilets jaunes se mobilisent également,  le quotidien admet que "la voiture pollue. Et parce qu’elle pollue, tout doit être mis en œuvre pour que ses impacts négatifs soient réduits au maximum", la taxe sur le carburant étant l'un des moyens de freiner le "gâchis environnemental". Cependant, un éditorialiste du quotidien rappelle que cette affirmation ne peut "occulter les préoccupations des 'Gilets jaunes'", d'autant plus, conclut-il qu'il y a en France un "climat d’exaspération et d’écœurement ambiant" dans lequel "la moindre étincelle peut provoquer un incendie".