Lutte contre les violences faites aux femmes : où en est la France ?

Caroline Quevrain
Publié le 24 novembre 2022 à 16h39, mis à jour le 25 novembre 2022 à 8h37
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Le 25 novembre met à l'honneur la lutte mondiale contre les violences faites aux femmes.
L'occasion de dresser un bilan des féminicides, de l’action engagée et de sa traduction dans les tribunaux.

Vendredi 25 novembre, Emmanuel Macron est attendu à Dijon (Yonne) pour revenir sur la lutte contre les violences faites aux femmes, décernée "grande cause du quinquennat" précédent. À l’occasion de cette journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, retour sur un bilan en demi-teinte en France, qui nécessite de nombreux moyens financiers et humains, selon les associations.

121 féminicides en 2022

À ce jour, et depuis le 1er janvier 2022, 121 femmes ont été victimes de féminicides, selon le décompte du collectif "Nous Toutes". Un bilan désormais élargi à l’ensemble des meurtres de femmes et plus seulement à ceux commis par des conjoints ou anciens conjoints, comme peut le faire le compte "Féminicide par Compagnons ou Ex". Si ce décompte risque malheureusement de dépasser celui de l’année 2021, où 122 femmes avaient été victimes de féminicides, il est donc difficilement comparable à l’année précédente, qui se limitait aux seuls meurtres dans le cadre conjugal ou ex-conjugal. 

1,3 milliard d’euros investis

À ce jour, l’État investit environ 1,3 milliard d’euros dans cette lutte, tous ministères confondus, selon le ministère dédié à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Mais, comme le constate la Fondation des femmes, "si, en additionnant tous les crédits d’aide internationale, 1,3 milliard d’euros sont aujourd’hui inscrits pour l’égalité femmes-hommes dans les documents budgétaires du Gouvernement, les associations ont de nombreuses fois souligné l’incohérence de ce chiffre par rapport aux manques constatés sur le terrain dans la lutte contre les violences faites aux femmes en France". Depuis plusieurs années, les associations réclament 1 milliard de budget pour lutter contre les violences faites aux femmes, selon des recommandations formulées en 2018 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

14% d’appels en hausse au 3919

La Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), à l'origine de la création du numéro d'urgence 3919 pour les femmes victimes de violences, a analysé l'ensemble des appels passés au cours de l'année 2021. Avec 92.674 appels pris en charge en un an, elle constate une augmentation de 14% par rapport en 2019. Parmi eux, 50.931 appels ont concerné des violences à l’encontre des femmes, soit + 13% comparé à 2019 (+ 5993 appels).

Le chiffre est en baisse par rapport à 2020, année particulière marquée par deux confinements au cours desquels les sollicitations avaient explosé (99.538 appels). Cependant, l’analyse des appels révèle une aggravation des violences sexuelles (+47% par rapport à 2020), des menaces de mort et des tentatives de féminicide. Avec l’ouverture fin juin 2021 tous les jours et à toute heure, "le trafic d’appels se situe entre 10.000 et 12.000 appels mensuels", d’après la FNSF.

14% de victimes de violences conjugales

14%, c’est aussi le nombre de femmes en France, qui déclarent être victimes de violences au sein de leur couple, toujours selon la FNSF dans un sondage commandé à l’Ifop. Elles n’étaient que 9% à le déclarer à la fin du confinement de novembre 2021. "Ces données éclairent à nouveau le fléau des violences sexistes contre lequel nous luttons, et sont accablantes", a souligné Françoise Brié, directrice générale de Solidarité Femmes, dans un communiqué. "Ce sondage nous montre que le chemin à parcourir sera encore long, même si nous mesurons des évolutions positives accomplies depuis quelques années. Des efforts accrus sont encore nécessaires."

919 bracelets anti-rapprochement actifs

Pour prévenir les violences physiques et sexuelles, ainsi que les féminicides, le dispositif de bracelets anti-rapprochement a été mis en place par les autorités. En 2021, 1000 bracelets sont disponibles auprès des juridictions, selon le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, et "un plan d’accélération est lancé par le Garde des Sceaux pour faire en sorte que les magistrats s’emparent davantage de ces dispositifs". Concrètement, 919 bracelets anti-rapprochement sont actifs à ce jour.

80% de classements sans suite

L’un des obstacles majeurs à la prise en charge des violences faites aux femmes se passe dans les tribunaux. Il y a le coût de l’accès à la justice pour ces victimes, comme le révèle la Fondation des femmes, mais aussi le taux de condamnations de ces affaires. En l’espèce, 80% des plaintes pour des faits de violences au sein du couple sont classées sans suite par les magistrats, selon des données de l’Inspection Générale de la Justice relayées par les associations

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S’agissant des viols, moins de 1% d’entre eux se traduisent par une condamnation. Pour lutter contre ce fléau, Isabelle Rome envisage de créer des juridictions spécialisées pour traiter ces affaires de violences. 


Caroline Quevrain

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