Salaires, charge mentale, représentativité... qu'est-ce qui s'est amélioré (ou pas) ?

Publié le 8 mars 2024 à 7h00

Source : TF1 Info

Ce 8 mars marque la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
L'occasion de voir comment ces droits évoluent en France, à travers plusieurs thématiques.
Car que ce soit au niveau du salaire, des tâches ménagères ou de la représentativité aux élections ou dans les entreprises, l'égalité est encore loin d'être acquise.

Moins bien payées que leurs collègues masculins, moins représentées au sein des différentes institutions politiques, plus victimes de violences dans leur foyer ou dans l'espace public... Les inégalités dont souffrent les femmes continuent de s'observer dans tous les domaines de la vie quotidienne en France. Retour, en ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, sur plusieurs repères, qui montrent que s'il y a des avancées ces dernières années, la lutte doit se poursuivre pour atteindre l'égalité entre les hommes et les femmes.

Les femmes sont-elles plus représentées en politique ?

Si les femmes s'impliquent de plus en plus en politique, les hautes instances restent "majoritairement l'apanage des hommes", note ainsi une note de la Direction générale des collectivités locales, datant de mars 2022. À l'échelle locale, 79,9% des maires, 57,8% des conseilleurs municipaux et 88,2% des présidents d'intercommunalité sont des hommes. C'est un peu mieux que lors des précédentes élections municipales, en 2014, (84% des maires, 60% des conseillers municipaux et 92% des présidents d’intercommunalités sont des hommes), mais cela reste, encore, peu.

À l'échelle nationale, la parité n'est pas non plus atteinte. Du côté de l'Assemblée nationale, si Yaël Braun-Pivet est devenue la première femme à présider l'hémicycle, le nombre de femmes élues députées a baissé en 2022, par rapport à 2017. Sur 577 sièges, 224 étaient occupés par des femmes en 2017 (38,7%) contre 215 en 2022 (37,3%). Du côté du Sénat, 36,2% est aujourd'hui occupé par des femmes, contre 35,2% lors de la précédente mandature. Au sein du gouvernement actuel, si une parité semble avoir été atteinte, avec sept hommes et sept femmes nommés, sans compter le Premier ministre Gabriel Attal, la répartition montre que tous les ministres régaliens ont été attribués à des hommes.

Sont-elles enfin mieux payées ?

En 2015, les hommes gagnaient encore 24% de plus que les femmes, selon une étude de l'Insee prise en référence pour les chiffres du gouvernement. Un écart qui passe à 18,5% en tenant compte uniquement des contrats à temps plein, et à 9% à poste et compétences égales. Les dernières données montrent que les inégalités salariales se réduisent légèrement, bien qu'elles existent toujours. 

Selon les derniers chiffres de l'Insee, qui remontent à 2022, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 23,5 % à celui des hommes dans le secteur privé. À temps de travail identique, l'écart passe à 14,9 %. Les femmes vont gagner en moyenne 2401 euros contre 2795 euros pour les hommes. À temps de travail et à poste comparable, l'écart de salaire, en équivalent temps plein, se réduit à 4,0 %. De même, dans la fonction publique, les femmes gagnent en moyenne 296 euros de moins par mois que les hommes.

En plus de cet écart salarial, les chiffres clés du ministère de l'Égalité entre les hommes et les femmes montrent que le monde du travail reste très genré. Ainsi, près de 8 salariés sur 10 exercent un métier non mixte, c'est-à-dire où plus de 65% des salariés sont exclusivement des hommes ou exclusivement des femmes. Les femmes représentent ainsi 91 % des aides-soignants, mais seulement 18 % des ingénieurs de l'informatique.

Plus d'égalité dans les tâches domestiques ?

S'il y a bien un sujet sur lequel la situation change très peu, c'est en manière de répartition des tâches domestiques. "Dans ce domaine, les choses n'évoluent que très lentement", note ainsi Ariane Pailhé, directrice de recherche à l'Institut national d’études démographiques. Elle rapportait ainsi qu'en février 2023, en France, les femmes d'âge actif passent en moyenne chaque jour trois heures aux tâches domestiques quand les hommes y consacrent 1h45. Concernant les tâches parentales, les mères y consacrent 1h35 contre 41 minutes pour les pères.

L'économiste souligne par ailleurs qu'en plus de ces écarts de temps passé, demeure une différence dans les tâches effectuées par les hommes et par les femmes. Ainsi, si les hommes réalisent plutôt des tâches à la frontière du loisir (bricolage, les courses, les jeux avec les enfants), les femmes, elles, continuent à prendre en charge les tâches les moins plaisantes, durables, répétitives et routinières (préparation des repas quotidiens, les lessives, les soins aux enfants, le suivi des devoirs et le ménage...). C'est à elles qu'incombent en plus toute l'organisation généralement de la vie familiale, ce qu'on appelle "la charge mentale".

Selon une étude d'Ipsos à ce sujet datant de 2018, ce décalage d’implication dans le quotidien est pesant pour 62% des femmes, qui souhaiteraient que les choses changent. Et une femme sur deux désirerait que son compagnon propose de lui-même une évolution. À l'extrême opposé, sept hommes sur dix (69%) ne souhaiteraient rien modifier dans l'organisation du foyer. "Un vrai paradoxe quand 87% des hommes interrogés se déclarent prêts à s'impliquer davantage au quotidien", conclut l'étude Ipsos sur la charge mentale.

La lutte contre les violences physiques

Ce sexisme ordinaire peut mener jusqu'à des violences physiques envers les femmes, aussi bien dans l'espace public qu'au sein de leur propre foyer. Aujourd'hui, les femmes sont toujours les premières victimes des violences sexistes et sexuelles. En 2017, 213.000 femmes déclaraient avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint. Durant l'année 2022, ce sont 244.301 victimes de violences conjugales qui ont été enregistrées par les services de sécurité en France. Parmi elles, 86% étaient des femmes, soit près de 210.000 femmes. Les chiffres évoluent guère ces dernières années, alors même que la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée "grande cause du quinquennat" par le président français Emmanuel Macron.

Une lutte nécessaire alors même que certaines femmes meurent de ces violences. En 2018, les données officielles du secrétariat d'État, qui s'appuyaient sur une enquête de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, notaient ainsi que 121 femmes étaient décédées suite à des violences au sein du couple. En début de cette année 2024, le ministère de la Justice a annoncé que 94 féminicides avaient été recensés par ses services en 2023. "C'est très loin d’être satisfaisant", avait alors estimé Eric Dupond-Moretti, tout en se félicitant que "l'engagement de la justice française pour endiguer les féminicides porte ses premiers fruits."

Ce bilan a cependant été pris avec prudence par de nombreuses associations féministes, notamment le collectif #Noustoutes ou l'association Féminicides par compagnon ou ex, qui tiennent leur propre décompte. Cette dernière association a de son côté recensé, par voie de presse, 102 féminicides conjugaux en 2023, et alors que "plusieurs enquêtes pour mort suspecte sont toujours en cours." Les chiffres officiels consolidés sont généralement publiés, au plus tôt, durant l'été.


Aurélie LOEK

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