L'ancien pape Benoît XVI accusé d'avoir fermé les yeux sur des actes pédocriminels

La rédaction de LCI
Publié le 20 janvier 2022 à 15h44
Le pape Benoît XVI au Vatican le 8 décembre 2015.

Le pape Benoît XVI au Vatican le 8 décembre 2015.

Source : Vincenzo PINTO / AFP

PÉDOCRIMINALITÉ - Un rapport commandé par l'Église met en porte à faux le pape Benoît XVI. Ses auteurs le chargent d'inaction face à des prêtres pédophiles. Le pape à la retraite, lui, rejette ces accusations.

S'il nie en bloc sa responsabilité, un rapport commandé par l'Église l'épingle. Les avocats du cabinet Westpfahl Spilker Wastl (WSW), qui l'ont rédigé, accusent l'ancien pape Benoît XVI de ne pas avoir levé le petit doigt pour empêcher des prêtres de commettre des violences sexuelles sur mineurs dans l'archevêché allemand qu'il dirigeait dans les années 80.

Le cardinal Joseph Ratzinger, avant qu'il ne devienne pape, n'a pris aucune mesure pour écarter quatre ecclésiastiques soupçonnés de violences sexuelles sur mineurs, affirment-ils.

Un pape dans l'ignorance malgré les gros titres

Dans une prise de position transmise aux avocats, le pape émérite de 94 ans, qui vit retiré au Vatican depuis sa démission en 2013, rejette "strictement" toute responsabilité, une position que les experts ne jugent "pas crédible", a déclaré l'avocat Martin Pusch. Car dans deux cas, il s'agissait de membres du clergé qui avaient commis plusieurs agressions attestées, y compris par des tribunaux, souligne-t-il. Les deux prêtres sont restés au sein de l'Église et rien n'a été entrepris.

Les auteurs se disent notamment "convaincus" que Mgr Ratzinger, qui a dirigé l'archevêché de Munich et Freising, était ainsi au courant du passé pédophile du prêtre Peter Hullermann. Ce dernier était arrivé en 1980 de Rhénanie du nord-Westphalie en Bavière, où il a commis des sévices pendant des décennies sans être inquiété. En 1986, un tribunal bavarois l'a pourtant condamné à une peine de prison avec sursis. Mais il a été transféré dans une autre ville bavaroise, où il aurait récidivé. Il a fallu attendre 2010 avant qu'il soit contraint à la retraite.

Malgré les gros titres dont il a fait l'objet cette année-là, qui est aussi celle du pontificat de Benoît XVI, Joseph Ratzinger nie avoir connu le passé de ce prêtre.

Les auteurs du rapport ont également épinglé le cardinal Reinhard Marx, actuel archevêque de Munich et Freising, pour avoir fait preuve de négligence dans deux cas de prêtres soupçonnés d'agressions sexuelles sur des enfants. C'est précisément le cardinal Marx qui avait commandité le rapport. Il doit s'exprimer brièvement sur ses conclusions vers 15h30 (GMT).

Le phénomène effrayant des dissimulations

Globalement, l'avocate Marion Wetspfahl a dénoncé "le phénomène effrayant des dissimulations" systématiques de cas de violences sur mineurs entre 1945 et 2019 - période couvert par le rapport - visant avant tout "à protéger l'institution Église". "La prise en compte" des victimes "reste insuffisante à de nombreux points de vue, également après 2010", quand furent révélés les premiers scandales de pédophilie dans l'église allemande, a ajouté Martin Pusch. Il y a quatre ans, un rapport a dévoilé qu'au moins 3677 enfants avaient été victimes d'agressions sexuelles commises depuis 1946 par plus d'un millier de membres du clergé allemand. La plupart n'ont jamais été sanctionnés.

Ce jeudi, le Vatican a redit jeudi son "sentiment de honte et de remords" pour les violences sexuelles commises par des clercs sur des mineurs. "Le Saint-Siège estime devoir accorder toute l'attention nécessaire au document, dont il ne connait pas encore le contenu. Dans les prochains jours, après sa publication, il en prendra connaissance et pourra en étudier correctement les détails", a-t-il précisé.


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