L'info passée au crible

La chasse ne cause-t-elle la mort que d'une personne par an ?

Thomas Deszpot
Publié le 7 mai 2022 à 15h33
Les statistiques des accidents de chasse sont à prendre avec des pincettes pour les dernières années, en raison de l'épidémie de Covid.

Les statistiques des accidents de chasse sont à prendre avec des pincettes pour les dernières années, en raison de l'épidémie de Covid.

Source : SEBASTIEN BOZON / AFP

Président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen juge négligeables les risques liés à la chasse.
Seule une personne par an décède de la chasse, a-t-il assuré lors d'une interview.
Si l'on constate une diminution des accidents, ce constat se révèle trompeur, notamment parce qu'il ne prend pas en compte les chasseurs tués.

Invité cette semaine sur le plateau de LCP, le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen a manifesté un certain agacement à l'égard des responsables politiques qui s'attaquent aux chasseurs, dans les rangs des écologistes en particulier. Il a notamment tenu à minorer les risques induits par cette activité. "On peut toujours se prendre une balle perdue", a-t-il convenu, "mais rassurez-vous, vous avez beaucoup plus de chance d'être tué par un assassin en France que par un chasseur." Et de souligner que "moins d'une personne par an [...] décède à la chasse"

Les chasseurs tués exclus de son calcul

Willy Schraen, dans sa démonstration, se base sur des données fournies par l'Office français de la biodiversité (OFB). Celui-ci met à jour chaque année depuis 1999 un "bilan des accidents-incidents de chasse". Le dernier en date, portant sur la saison 2020-2021, a recensé 80 accidents en France, dont 7 mortels. Si le président de la Fédération nationale des chasseurs évoque un chiffre bien moins important, c'est parce qu'il se focalise uniquement sur les décès excluant les chasseurs eux-mêmes. L'essentiel des accidents n'implique en effet pas des promeneurs. 

S'il apparaît difficile de faire abstraction des morts parmi les chasseurs, il faut aussi souligner qu'une certaine prudence doit être observée par rapport aux données récentes. En effet, l'OFB met en avant le fait que les chiffres pour 2020-2021, les plus bas jamais enregistrés, peuvent en partie s'expliquer par une "activité cynégétique impactée par la crise sanitaire". Les chiffres relatifs à la saison 2021-2022 seront donc à scruter avec attention pour savoir si une remontée des accidents de chasse est à déplorer.

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Des associations ouvertement anti-chasse mettent en avant une autre limite aux données disponibles. Elles déplorent en effet que les rapports "n’incluent pas les décès survenus longtemps après l’accident". Ces derniers ne seraient "comptabilisés que comme 'blessures', dont le nombre est environ 10 fois supérieur à celui des décès". 

Notons enfin que les statistiques fournies par l'OFB se focalisent sur les accidents survenus dans un strict cadre cynégétique. D'aucuns estiment qu'il serait judicieux de se pencher plus largement sur l'usage des armes destinées initialement à la chasse, et sur les risques qu'elles peuvent faire courir. Le recours aux armes de chasse serait observé dans 25% des féminicides en France ces dernières années. Si l'on s'intéresse à l'ensemble des homicides, les données manquent pour évaluer le recours aux armes de chasse, bien que des estimations évaluent leur nombre annuel à plus de 1000. Outre les cas mortels, l'OFB note dans son rapport que "les tirs en direction des routes ou habitations qui sont à l’origine d’accidents, mais également d’incidents (pas de victimes physiques) restent encore trop nombreux".

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