Toujours coincés en mer, les 234 migrants recueillis par le navire Ocean Viking sont dans l'attente que la situation évolue, alors que l'Italie refuse de les laisser accoster.
Alors que Paris et Rome s'opposent, le président du Conseil exécutif de Corse assure que l'Île se montre prête à accueillir le bateau et ses occupants.
Un message politique fort, mais seul l'État peut en pratique décider d'accueillir ou non des personnes migrantes.

L'Italie refuse d'accueillir le navire Ocean Viking et d'apporter une aide aux 234 migrants rescapés qui sont à son bord. Une situation qui inquiète l'association SOS Méditerranée, qui a demandé à la France un soutien. Alors que Paris et Rome s'opposent et se renvoient à leurs responsabilités, le président du Conseil exécutif de Corse a indiqué qu'il était disposé à accueillir "temporairement" le bateau dans l'un des ports de l'île.

"Conformément à sa tradition d’hospitalité et pour éviter toute perte de vie humaine, la Corse est prête, si nécessaire, à accueillir temporairement l’Ocean Viking dans l’un de ses ports", a expliqué via un message Twitter Gilles Simeoni. Un signal politique fort, mais qui ne signifie pas pour autant que le navire pourra désormais accoster sur les côtes de l'île de Beauté. En effet, seul l'État peut prendre une telle décision.

Avant tout un message politique

La prise de position de Gilles Simeoni signifie-t-elle que l'Ocean Viking pourrait jeter l'ancre dans un port corse au cours des prochains jours ? Pour le savoir, TF1info a sollicité Serge Slama, professeur de droit public à l'université de Grenoble-Alpes et "fellow" à l'institut convergences migrations. D'emblée, le fin connaisseur du droit des étrangers précise que "l’État a une compétence exclusive en matière d’accueil des étrangers sur son territoire". En clair, il est le seul à pouvoir décider d'accueillir ou non un bateau avec à son bord des migrants. "Les collectivités peuvent agir bien sûr en dégageant des moyens matériels pour organiser concrètement l'accueil (gymnase, etc.)", ajoute-t-il, mais ce ne sont pas elles, même en Corse, qui peuvent prendre l'initiative d'autoriser un débarquement. "En revanche, une collectivité locale peut tout à fait mettre en avant qu'elle se porte volontaire pour l'accueil de personnes migrantes sur son territoire – à l'image des villes et territoires accueillants."

En ce qui concerne le cas de la Corse et de l'Ocean Viking, Serge Slama voit dans les propos de Gilles Simeoni un véritable "message politique", qui montre "que la Corse se présente en territoire accueillant". Une position qui fait écho à celle d'autres élus, comme à Grenoble par exemple. 

Notons que dans ce dossier, la France n'est pas censée se positionner pour prendre en charge les migrants recueillis. "Le droit de la mer est très clair : des zones de sauvetage sont définies pour porter assistance aux navires en détresse. Ici, ce serait normalement aux Italiens d’accueillir les gens recueillis à bord de ce navire, et ce même s'il s'agirait rapidement d'un sujet européen, avec la question de la répartition des personnes migrantes".

Gilles Simeoni, en proposant une assistance de la Corse, cherche donc avant tout à faire passer un message à l'État. Il ne peut toutefois pas décider seul de l'accueil de l'Ocean Viking sur l'île, puisqu'il s'exposerait à des poursuites. Serge Slama note qu'un accueil du navire sans autorisation de l'État pourrait être considéré comme "une infraction pénale", parce qu'elle pourrait être assimilée "à une aide à l’entrée irrégulière sur le territoire". Bien entendu, la situation serait différente si le bateau se trouvait en détresse à proximité des côtes corses. Dans ce cas, un devoir d'accueil s'imposerait.

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Thomas DESZPOT

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