Une étude de la Fondation Jean Jaurès met en lumière les mouvements de population en France depuis le Covid-19.
Enviées pendant les confinements, les campagnes perdent toujours des habitants, selon ces résultats.
Les Français ayant changé de vie ont plutôt privilégié la côté atlantique ou la mer Méditerranée.

Le Covid-19 a bousculé leur vie. Le 16 mars 2020, lorsque le chef de l'Etat Emmanuel Macron décide de confiner la France pour lutter contre la pandémie, de nombreux Français ont eu le déclic : vivre dans les grandes métropoles ne les intéresse plus et ils veulent des grands espaces, loin des vastes zones résidentielles. Mais entre les paroles et les actes, il y a parfois de la marge. D'après une analyse de la Fondation Jean Jaurès publiée ce vendredi 12 avril, les campagnes n'ont pas été franchement bénéficiaires de ces mouvements de population.

Les Français ayant changé de vie ont plutôt choisi... la mer. Pour parvenir à ce constat, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'Ifop, s'est appuyé sur des cartes du géographe Sylvain Manternach. Tous deux ont comparé le nombre d'habitants dans chaque canton entre 2017, trois ans avant le début de la pandémie, et 2021, un an plus tard. La quasi-totalité des cantons au bord de la Méditerranée ou de l'Atlantique ont vu leur population progresser.

"Croissant fertile" contre "déprise démographique"

"Les littoraux atlantiques", du Morbihan au littoral aquitain en passant par la Vendée, "et, avec une intensité moindre, méditerranéen", de la côte languedocienne à l'ouest des Alpes-Maritimes en passant par le Var, ont tous connu un bond de population de 2 à plus de 5%, selon les auteurs. "Les littoraux avaient vu arriver de nombreux 'réfugiés du Covid' venus passer le confinement au bord de l'eau dans des résidences secondaires. Manifestement, certains d'entre eux ne sont pas repartis et ont décidé d'y rester désormais à l'année."

Fondation Jean Jaurès

Dans certaines grandes villes, les Français ont aussi décidé de s'éloigner du centre. "Les couronnes périurbaines ressortent assez nettement sur la carte", fait savoir Jérôme Fourquet. "C'est le cas autour de Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Orléans, Tours, Poitiers, Clermont-Ferrand, mais aussi autour de Lyon, Reims, Metz ou Strasbourg." La bande frontalière autour de la Suisse "constitue le troisième type d'espace tirant son épingle du jeu", est-il également indiqué dans cette note de la Fondation Jean Jaurès.

Ces trois secteurs constituent, selon les auteurs, le "nouveau croissant fertile". En revanche, d'autres territoires, pourtant loués pour leurs espaces durant le confinement, n'ont pas franchement été pris d'assaut. "Apparaît sur la carte un vaste espace central dans lequel la population a diminué, parfois assez significativement", peut-on lire. "Cette France de la déprise démographique part des Vosges pour aller jusqu'aux campagnes mayennaises et de l'Artois jusqu'à la Creuse."

Dans ces territoires, la plupart des cantons ont perdu jusqu'à 5% d'habitants entre 2017 et 2021, parfois plus. "Ce vaste espace central à dominante rurale, peu valorisé touristiquement, ne parvient pas à enrayer la chute de sa population", note Jérôme Fourquet. "Manifestement, ceux qui ont quitté l'Île-de-France lors du Covid-19 ne se sont pas arrêtés dans ces confins, mais sont allés plus loin." En clair, s'ils l'enviaient pendant les confinements, les Français boudent toujours la campagne.


Idèr NABILI

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