INVESTISSEMENT - Coupé en deux par le tracé d'une future ligne LGV, un domaine viticole de Gironde a été racheté à une coquette somme par SNCF Réseau. Une acquisition très contrôlée, dont le budget est compris dans le montant initial du projet.

Après les réseaux ferrés, la SNCF va-t-elle se lancer dans l'exploitation du vin ? En Gironde, la presse régionale s'est en effet fait l'écho d'une étrange acquisition, pour un montant assez considérable : 6,4 millions d'euros. Pourquoi débourser une telle somme ? Pour mettre la main sur un domaine viticole, ainsi que sur les quelque 50.000 bouteilles qui dormaient sagement dans sa cave.

Si l'entreprise n'a aucune intention de produire ses propres cuvées, elle confirme cet achat, lié au développement d'une future ligne LGV. Le domaine, qui sera coupé en deux et traversé dans les années à venir, a été acquis à l'issue d'une procédure très stricte et a vocation à faire l'objet d'une revente dans le futur. Les milliers de bouteilles, eux, ont déjà trouvé preneur.

Une procédure habituelle, des montants qui le sont moins

Comment la filiale "Réseau" de la SNCF s'est-elle retrouvée propriétaire du domaine de Château Méjean, qui bénéficie de l'appellation AOC Graves ? L'entreprise, sollicitée par LCI, explique que ces terres seront "coupées en deux par le 'Grand Projet Sud Ouest' (GPSO), futures lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax". Le projet ayant "été déclaré d’utilité publique par décret du 10 juillet 2016", SNCF Réseau a été missionné par l'État pour "commencer à acquérir les propriétés traversées par la ligne". Impossible en effet de réaliser de larges détours lorsque l'on connaît le prix au kilomètre d'une ligne à grande vitesse et les contraintes logistiques qui l'entourent.

C'est ainsi, dans ce contexte d'extension du réseau, que la SNCF "peut être amenée à acquérir des parcelles ou des propriétés privées le long des tracés prévisionnels". Les sommes évoquées, plus de 6 millions d'euros, peuvent logiquement surprendre, mais elles correspondent à "des montants d’indemnisation très divers, selon la typologie du bien et les enjeux liés : habitation, activité industrielle ou tertiaire, exploitation agricole". Il faut préciser, comme le souligne SNCF Réseau, que le ministère des Finances s'appuie sur une série d'expertises, afin que ni les propriétaires ni la puissance publique ne soient lésés dans la transaction. Dans le cas précis du domaine de Château Méjean, "un tiers de la propriété se retrouvera d’un côté de la ligne et les deux autres tiers de l’autre côté, ce qui rendait difficile une acquisition partielle". La somme, quant à elle, est intégrée au budget global de la ligne LGV.

Que va devenir ce domaine ? SNCF Réseau explique qu'il va faire l'objet d'une "gestion transitoire". Le bâtiment d’habitation a par exemple "été mis en location par une agence bordelaise spécialisée dans la valorisation de ce type de bien, afin de pérenniser sa valeur et éviter les dégradations, le vandalisme ou le squat". Pour ce qui est des terrains agricoles, ils sont "confiés à la SAFER Nouvelle-Aquitaine (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural)", une structure sans but lucratif chargée de "sélectionner des projets – qu’ils soient agricoles, artisanaux, de service, résidentiels ou environnementaux – en cohérence avec les politiques locales et répondant à l’intérêt général".

Reste la question de la cave, qui contenait pas moins de 50.000 bouteilles. La valorisation de cet important stock, nous apprend-on, "a été faite dans le cadre de l’accord d’indemnisation globale". Une fois acquis par SNCF Réseau, le lot intégral a été revendu "sur les bases fixées par un courtier assermenté, auprès d’un négoce". Ces bouteilles n'ont donc pas vocation à être servies dans la voiture bar du TGV qui vous emmènera en vacances cet été. Notons enfin que "la gestion de ce patrimoine est contrôlée et n’intervient qu’à titre transitoire, jusqu’à la mise en service de l’infrastructure". De fait, la mise en location de ce bien de prestige (460 mètres carrés, 15 pièces, terrasse et parc, trois niveaux, explique Sud Ouest) est temporaire. "Le domaine restera traversé par la ligne à grande vitesse, mais la bâtisse elle-même, qui se trouvera à 150 mètres environ de la future ligne, sera ainsi revendue à l’issue des travaux, de même que les terres agricoles résiduelles", fait remarquer l'entreprise ferroviaire.

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Thomas DESZPOT

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