Les enseignants se sentent de plus en plus exposés aux atteintes à la laïcité, selon un sondage Ifop.
Celui-ci relève que plus de la moitié des enseignants se sont déjà autocensurés pour éviter d'éventuels incidents.
Les professeurs regrettent par ailleurs le manque de réaction de la part de l'Éducation nationale, notamment deux ans après l'assassinat de Samuel Paty.

C'est un sujet sur lequel le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, a promis "la transparence". Alors que les atteintes à la laïcité seraient en baisse significative en novembre, selon ses propos mardi 6 décembre lors de la séance de questions au gouvernement, un sondage Ifop, réalisé pour la revue "Écran de veille", à l'occasion de la journée nationale de la laïcité, a mis en avant les atteintes à la laïcité auxquels sont confrontés les enseignants.

Autocensure et contestations de l'enseignement

Selon ce sondage, 52% des enseignants se sont déjà autocensurés dans leur enseignement. Un pourcentage en hausse puisqu'il était de 43% en 2020. Cette autocensure se retrouverait particulièrement en cours d'histoire-géographie, durant lesquels 64% des enseignants disent éviter certains propos afin de ne pas provoquer de possibles incidents. Elle se retrouverait également en lettres (58%), en langues (56%) ou en EPS (51%). 

Tous les établissements, quelle que soit leur localisation, seraient touchés par ce phénomène, même si le sondage relève que le nombre d'enseignants confrontés à des contestations a augmenté fortement dans le public depuis 2020. Par ailleurs, 58% des enseignants ont déjà observé au moins une contestation de leur enseignement au nom de la religion.

Depuis septembre 2021, 45% des enseignants a observé au moins une atteinte à la laïcité. En se concentrant sur les enseignants du public, l'Ifop souligne que ce sont 71% d'entre eux qui ont été dans ce cas. Parmi ces atteintes, l'Ifop cite le port du voile ou de la kippa par des élèves, des élèves qui refusent d'ôter leur vêtement à caractère religieux ou encore des élèves qui encouragent les autres à porter des vêtements marquant une appartenance religieuse.

Peu de signalements malgré des atteintes constatées

Par ailleurs, à peine la moitié des enseignants ont signalé à l'administration les élèves qui portaient une tenue religieuse dans l'enceinte d'un établissement, alors que le corps enseignant se montre très partagé sur l'action du ministre de l'Éducation nationale sur les questions de laïcité et de fait religieux à l'école. Si 51% des enseignants approuvent l’action du ministre sur les questions de laïcité et de fait religieux à l’école, certains, et notamment les plus jeunes, se montrent plus ouverts à un assouplissement des règles de laïcité. 

40% des enseignants interrogés autoriseraient les cantines scolaires à proposer aux élèves qui le souhaitent un repas qui correspond à un régime confessionnel, contre 62% chez les moins de 30 ans. 26% des enseignants souhaitent autoriser le port de signes religieux aux parents accompagnateurs lors de sortie scolaire, un pourcentage qui monte à 51% chez les moins de 30 ans.

En général, 77% des enseignants considèrent que le ministère n'a pas tiré les enseignements de l'assassinat de Samuel Paty. 59% des enseignants craignent de devoir gérer des situations d'élèves qui veulent porter des tenues traditionnelles ou religieuses dans leur classe et 62% appréhendent de présenter des caricatures de personnages religieux aux élèves.

Enquête menée auprès d'un échantillon de 1.009 enseignants représentatif des enseignants des 1er et 2e degrés en France métropolitaine, selon la méthode des quotas après stratification par académie, et réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 octobre au 7 novembre 2022.


A. Lo.

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