Le bac 2020, un bac au rabais ? L'exemple de 1968 prouve le contraire !

Publié le 5 avril 2020 à 19h35, mis à jour le 5 avril 2020 à 20h27

Source : TF1 Info

EXAMEN – Le baccalauréat de 2020 ne se fera que sous la forme du contrôle continu en raison du coronavirus. Pour autant, faut il craindre un bac avec une "valeur différente", comme le soutient Jean-Luc Mélenchon ce dimanche sur LCI ? Une étude sur la réussite de la classe d'âge du bac 1968 bat en brèche les idées reçues.

Le bac 2020 sera-t-il un nouveau "bac 1968" ?  Depuis l'annonce faite par Jean-Michel Blanquer d'annuler les épreuves écrites et orales du baccalauréat 2020, la comparaison avec 1968 est courante. A l'époque, l'examen avait été bousculé par le mouvement social du mois de mai et les épreuves écrites remplacées par des oraux. Ici, la situation est légèrement différente puisqu'en raison de l'épidémie qui circule sur le territoire et des mesures de confinement qui ont suivi, c'est le contrôle continu qui fera foi.  

Le bac de 1968, qui a affiché un taux de réussite exceptionnel pour l'époque de 81,3 %, a souvent été décrit comme "donné" aux candidats. Prenant pour exemple l’examen de l'époque, dimanche dans le Grand Jury sur LCI, Jean-Luc Mélenchon s’est dit "extrêmement réticent" au contrôle continu  : "Sur le bac, je suis pour une épreuve commune. Les jeunes, pensez-y, si vous avez un diplôme avec lequel certains vous rient au nez parce qu'il a été obtenu par contrôle continu plutôt que par concours, ça ne vous aidera pas."

Mélenchon : "Le bac en contrôle continu aura une valeur différente"Source : TF1 Info

Un taux de réussite en hausse de 30%....

Si l'on en croit les données de l'Ined, l'Institut national d'études démographiques, 167.422 lycéens ont obtenu l'examen cette année-là, contre 132.257 l'année précédente et 137.015 l'année suivante. Soit un nombre de lauréats de 30 % supérieur aux années 1967 et 1969. "Il faudra attendre les années quatre-vingt pour retrouver les taux de réussite proches de 80 % observés en 1968", indiquent les économistes Eric Maurin et Sandra McNally dans une étude sur la cohorte des diplômés de 1968, intitulée "Vive la Révolution ! Les bénéfices de long terme de mai 1968". 

... Qui se traduit dans la poursuite des études

Force est de constater que les bacheliers de 1968 ont connu un sort différent de celui de leurs prédécesseurs et successeurs. Pour autant, ont-ils su en tirer un avantage dans la réussite de leurs études et de leur carrière ? Dans cette même étude, Eric Maurin et Sandra McNally démontrent que le fait d’accéder plus facilement à l’enseignement supérieur permet de mieux réussir sa carrière professionnelle : "Le cas 68 devrait être considéré comme le laboratoire d’une expérience décisive", qui "suggère notamment que faciliter l’accès à l’université aux personnes qui aujourd’hui restent à son seuil et leur permettre d’y poursuivre des études peut entraîner pour elles des bénéfices tout à fait notables sur le marché du travail". 

L’âge moyen des candidats au bac de 1968 étant de 19 ans, si l’on tient compte des redoublements, c’est l’année de naissance 1949 qui nous intéresse ici. A partir des données de l’INSEE, les économistes indiquent "un accroissement significatif de la proportion de salariés possédant au moins un diplôme universitaire (bac +2), avec un pic pour la cohorte de 1949. La proportion de bac +2 est de 2,7 points plus élevée pour ceux nés en 1949 que pour ceux nés en 1946 ou 1952". 

La proportion de bac +2 est de 2,7 points plus élevée pour ceux nés en 1949 que pour ceux nés en 1946 ou 1952
La proportion de bac +2 est de 2,7 points plus élevée pour ceux nés en 1949 que pour ceux nés en 1946 ou 1952 - Enquête Emploi / La République des Idées

S’appuyant sur les chiffres des diplômes obtenus et des carrières professionnelles de la génération 68, les économistes expliquent que "le surcroît de formation dont a bénéficié ce petit groupe s’est traduit par la suite par des salaires significativement plus élevés et des accès plus nombreux aux fonctions d’encadrements". Au journal 20 minutes, l'historien Bruno Poucet s’appuie lui aussi sur cette étude pour estimer que non, "le bac 2020 ne sera pas un diplôme au rabais" et que non, l’examen n’a pas été "offert" en 1968 aux candidats. "Les lauréats n’ont eu aucun mal à se faire embaucher ensuite et ont exercé pour beaucoup des fonctions de cadres", assure-t-il.

Le fait d'avoir été affecté par le relâchement des examens observé en 1968 a un impact positif sur le niveau de diplôme obtenu mais aussi sur les salaires et la probabilité d'être cadre
Le fait d'avoir été affecté par le relâchement des examens observé en 1968 a un impact positif sur le niveau de diplôme obtenu mais aussi sur les salaires et la probabilité d'être cadre - Enquête Emploi / La République des Idées

De fait, les jeunes "affectés par le relâchement des examens observé en 1968" ont alors connu des effets positifs sur le niveau de diplôme obtenu mais aussi sur leurs salaires et la probabilité d'être cadre. On constate en effet "une prime de salaire comprise entre 2 et 3 % pour ceux qui sont nés en 1948 ou 1949" par rapport aux autres générations, mais aussi "une probabilité supérieure d’être cadre pour ceux qui sont nés en 1949". De plus, "pour ceux de ces étudiants devenus pères", il apparaît que "les effets se sont même transmis à la génération suivante puisqu’il est montré que leurs enfants ont moins redoublé à l’école". 


Caroline QUEVRAIN

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