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Le ministère de l'Intérieur héberge-t-il ses données sur des serveurs à l'étranger ?

Thomas Deszpot
Publié le 28 avril 2022 à 16h26
JT Perso

Source : JT 20h WE

Des publications sur les réseaux sociaux assurent que le ministère de l'Intérieur stocke ses données à l'étranger.
Si des serveurs à l'étranger sont bel et bien utilisés, ils servent surtout de "relais", sans que soient hébergées des données.

Avocat italien, Carlo Alberto Brusa s'est bâti une certaine notoriété depuis 2020 et le déclenchement de l'épidémie de Covid-19. Populaire au sein de la mouvance covido-sceptique, épinglé à plusieurs reprises pour avoir propagé des fake news, il étend aujourd'hui le champ de sa contestation à des sujets autres que ceux liés à la politique sanitaire. Ces derniers jours, c'est la sécurisation des données du ministère de l'Intérieur qui l'a préoccupé. Ces dernières, croit-il savoir, seraient hébergées à l'étranger. Sur des serveurs situés aux États-Unis, comme il l'a indiqué à ses milliers abonnés sur les réseaux sociaux.

Il dénonce au passage une "violation de l’article 411-6 du Code Pénal", portant sur le fait de livrer ou de rendre accessibles à une puissance étrangère des documents ou informations sensibles. Le peuple français, par ailleurs, serait "vendu par ses gouvernants". Le ministère, contacté, dément formellement de telles "informations".

Des données hébergées en France

TF1info, après avoir découvert ces publications, a interrogé le ministère de la Défense. Qui s'est empressé de faire remarquer qu'il "n'héberge aucune donnée à l'étranger". En revanche, indique-t-il, "notamment pour la diffusion des résultats des élections, il utilise les services d'un réseau de diffusion de contenu (CDN) qui permet de diffuser l'information rapidement dans le monde entier". Une manière aussi d'éviter des attaques informatiques de type "denial-of-service", nous glisse-t-on. 

Les CDN dont il est ici question servent essentiellement à réduire les délais de latence. Le site de la société Akamai tente d'en résumer le principe de la sorte : "Si vous êtes à New York et que vous souhaitez consulter le site Web de votre magasin préféré à Londres, qui est hébergé sur un serveur au Royaume-Uni, le chargement du contenu sera lent si la requête doit traverser l'océan Atlantique. Pour remédier à ce problème, un CDN stocke une version en cache du contenu du site Web londonien sur plusieurs sites géographiques dans le monde, également appelés 'points de présence' (PoP). Ces points de présence contiennent leurs propres serveurs de mise en cache et sont chargés de diffuser ce contenu à proximité de l'endroit où vous vous trouvez à New York."

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Des "copies" des sites ministériels sont ainsi hébergées sur serveurs ne se trouvant pas en France, mais il s'agit uniquement de la partie "visible" desdits sites. Le cœur du réacteur, pour ainsi dire, et notamment les stockages de données sensibles, se voient conserver sur des serveurs situés en France. 

"Certains usagers ne connaissant pas ce type de technologie sont donc induits en erreur et pensent que le ministère de l'Intérieur héberge des données à l'étranger alors que leur requête a été redirigée aléatoirement sur un des serveurs du CDN", conclut le ministère, balayant d'un revers de main les mises en garde des internautes sur de potentielles ingérences étrangères et/ou des failles de sécurité.

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